Des réformes bienvenues à l’égard des femmes ont été ternies par la poursuite des arrestations d’activistes et de dissidents

Les autorités saoudiennes se sont livrées en 2019 à une vaste campagne de répression à l’encontre des dissidents et activistes indépendants, caractérisée notamment par deux vagues d’arrestations massives, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui dans son Rapport mondial 2020.

Ces arrestations et ces actes de harcèlement ont coïncidé avec les progrès les plus considérables réalisés par les femmes saoudiennes ces dernières années, y compris la levée des restrictions de voyage pour les femmes âgées d’au moins 21 ans et l’octroi aux femmes de davantage de contrôle sur des questions relatives à leur statut civil.

« Les réformes adoptées en faveur des femmes saoudiennes ne peuvent effacer les mesures systématiques de harcèlement et les mises en détention d’activistes et d’intellectuels dans le pays, y compris d’activistes des droits des femmes qui n’ont fait qu’exprimer leurs points de vue publiquement ou en privé », a déclaré Michael Page, directeur adjoint de la division Moyen-Orient à Human Rights Watch. « Si l’Arabie saoudite a le moindre espoir de restaurer son image extrêmement ternie, les autorités devraient remettre immédiatement en liberté toutes les personnes qu’elles ont incarcérées uniquement pour avoir émis pacifiquement des critiques. »

Dans l’édition 2020 de son Rapport mondial, la 30ème, qui compte 652 pages (version abrégée en français 153 pages), Human Rights Watch examine les pratiques en matière de droits humains dans près de 100 pays. Dans son essai introductif, le Directeur exécutif Kenneth Roth affirme que le gouvernement chinois, qui s’appuie sur la répression pour se maintenir au pouvoir, se livre à l’offensive la plus intense depuis des décennies contre le système mondial de protection des droits humains.  Il explique que l’attitude de Pékin encourage les autocrates populistes à travers le monde et gagne leur soutien, et que les autorités chinoises utilisent leur puissance économique pour dissuader les autres gouvernements de les critiquer. Il est urgent de résister à cet assaut, qui menace plusieurs décennies de progrès en matière de droits humains, ainsi que notre avenir.

Les dirigeants saoudiens, notamment le prince héritier Mohammed ben Salmane, n’ont pas été sérieusement questionnés par la justice en 2019 pour les abus commis ces dernières années par les agents de sécurité de l’État, y compris pour l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi en octobre 2018 et pour les tortures prétendument infligées à des défenseurs des droits des femmes.

Des dizaines de dissidents et d’activistes saoudiens, dont quatre défenseurs renommés des droits des femmes, sont toujours en détention préventive alors qu’ils sont, avec autres, dans l’attente de procès inéquitables sous des accusations liées uniquement à leurs critiques publiques du gouvernement ou à un travil pacifique en faveur des droits humains. Plus de 20 intellectuels et écrivains saoudiens ont été visés lors d’arrestations massives effectuées en avril et en novembre.

En tant que pays dirigeant de la coalition qui a entamé des opérations militaires contre les forces houthies au Yémen le 26 mars 2015, l’Arabie saoudite a commis de nombreuses violations du droit international humanitaire. Le 20 juin 2019, une Cour d’appel du Royaume-Uni a statué que le refus du gouvernement britannique de prendre en considération les violations des lois de la guerre commises par l’Arabie saoudite au Yémen avant de lui vendre des armes sous licence était illégal, décision qui a abouti à la suspension de toute nouvelle vente d’armes britanniques à l’Arabie saoudite jusqu’à ce que le gouvernement britannique prenne une nouvelle décision, légale cette fois, concernant les licences d’armement ou obtienne une nouvelle décision de justice.

Fin juillet, le Conseil des ministres d’Arabie saoudite a promulgué des amendements qui feront date à trois lois, qui auront pour effet de commencer à démanteler le système discriminatoire de tutelle légale masculine sur les femmes en vigueur dans le pays, notamment en ce qu’ils permettront aux femmes âgées d’au moins 21 ans de voyager à l’étranger et d’obtenir un passeport sans l’approbation d’un tuteur masculin. Ces réformes contenaient également d’importantes avancées pour les femmes sur des questions relatives à leur statut civil, autorisant par exemple les femmes à déclarer officiellement la naissance de leurs enfants auprès du bureau de l’état civil, ce qui était précédemment au père ou à des parents du père. Des changements ont été également apportés au droit du travail, introduisant notamment une nouvelle protection contre les discriminations dans l’emploi fondées sur le sexe, le handicap ou l’âge.

« C’est un cruel paradoxe que les femmes saoudiennes bénéficient maintenant de libertés nouvelles tandis que certaines des personnes qui ont lutté le plus énergiquement dans ce but restent emprisonnées ou menacées de procès manifestement inéquitables », a affirmé Michael Page.

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