C’est à une violente charge contre la méthode Macron à laquelle se sont livrés Les Républicains, lors de la présentation, mardi 9 octobre, des propositions du parti pour baisser la dépense publique. Une réunion maintenue malgré l’annonce imminente du remaniement gouvernemental pour montrer que la droite s’occupe plus du fond que des personnes.

Pour Laurent Wauquiez, le chef de l’État et sa majorité ont renoncé à baisser la dépense publique. Résultat, ils ne peuvent pas vraiment réduire les impôts, et sont réduits à jouer au mécano fiscal : en augmentant la CSG pour baisser les cotisations des salariés, par exemple. « Ils font tout en même temps et, en réalité, ils ne font rien », ironise-t-il. Le président du parti n’hésite pas au passage à lâcher quelques contre-vérités : « Le trend d’évolution de la dépense publique est exactement le même que sous François Hollande », estime-t-il, en citant des chiffres manifestement erronés. Ou encore « la France est le seul pays de la zone euro à ne pas être désendetté ». Peut-être Laurent Wauquiez n’a-t-il pas bien regardé l’endettement italien, qui atteint 132 % du PIB, ou celui de l’Espagne, quasiment au même niveau que celui de la France…

Que proposent Les Républicains pour inverser la tendance ? Des efforts essentiellement portés par la fonction publique, les bénéficiaires de régimes spéciaux de retraite et les résidents étrangers pour parvenir à économiser « 25 milliards d’euros » au bout de « deux ou trois ans ».

Repasser la fonction publique aux 39 heures
Les fonctionnaires devront « progressivement », en 5 ans, travailler 39 heures par semaine. Les agents se verraient imposer trois jours de carence en cas d’arrêt maladie, contre un seul actuellement, « comme dans le privé ». Grâce à cette augmentation du temps de travail, Les Républicains espèrent pouvoir supprimer 400 000 emplois publics, ce qui rapporterait 10 milliards d’euros par an à terme et 2,4 milliards dès la première année, même si une partie des gains était redistribuée sous forme de revalorisation salariale.

Les Républicains citent également la « réduction du train de vie de l’État » grâce à la rationalisation du parc immobilier et automobile, ou à des achats publics ainsi qu’à la digitalisation. « Ça peut paraître très techno, mais c’est très concret », défend Guillaume Larrivé, qui chiffre les économies à 2,5 milliards d’euros par an. Et tant pis si tous les gouvernements sans exception ont mis ce genre de proposition dans la balance depuis des années… Pour les dirigeants des Républicains, la réforme de l’État version Emmanuel Macron est « le grand trou noir de la pensée économique du gouvernement » : « Cap 22, qui aurait dû être un progrès, a été la source d’un échec. Personne n’a assumé publiquement et politiquement les choses. »

Supprimer les régimes spéciaux
Le parti de droite promet ensuite de faire des économies sur les retraites. À ce stade, il se limite à mettre fin aux régimes spéciaux de retraites (SNCF, RATP) que la droite avait déjà commencé à aligner sur le régime général en 2008. D’éventuelles propositions sur l’âge légal de départ sont reportées au moment du débat sur la réforme Macron, en 2019. En attendant, Les Républicains proposent « un seul régime de retraite, simple à gérer, avec un seul logiciel qui permet de supprimer tous les surcoûts selon toutes les évaluations qui ont été faites. » Une proposition qui ressemble beaucoup à celle d’Emmanuel Macron, discutée avec les partenaires sociaux, de créer un régime universel qui supprimerait de fait les 42 caisses de retraite existantes. En attendant, cette révolution doit encore permettre aux Républicains d’économiser entre 3 et 5 milliards d’euros.

Sur la santé, le parti ne se fait pas très original. Il propose de s’attaquer aux coûts de gestion du système et de mettre l’accent sur la prévention, en instaurant, par exemple, une consultation chez le généraliste tous les deux ans entièrement prise en charge par l’Assurance maladie. Autre déclaration de bonnes intentions : « on doit développer l’articulation médecine de ville-hôpital » ou « baisser les abus et les fraudes ». Ça semble tellement simple qu’on se demande pourquoi ils ne l’ont pas fait avant, et surtout comment ils le feront plus que la majorité actuelle qui affirme, elle aussi, qu’elle agit en ce sens.

Sanctionner les demandeurs d’emploi qui ne font pas le job de chercher de job.
Pour faire des économies sur l’assurance chômage, le parti propose d’augmenter les sanctions vis-à-vis « des demandeurs d’emploi qui ne font pas le job de chercher de job », selon la formule de Guillaume Larrivé. L’actuel gouvernement vient pourtant de renforcer le contrôle des chômeurs et de réviser l’échelle des sanctions. Les Républicains n’en promettent pas moins un milliard d’euros d’économies et 500 millions supplémentaires en s’attaquant au régime des intermittents du spectacle. Quant au financement public des syndicats (patronaux et de salariés), il serait abandonné. Ce qui suppose que ces organisations puissent vivre des cotisations de leurs adhérents…

En ce qui concerne les aides sociales, Laurent Wauquiez reprend l’idée de prestation unique annoncée par Emmanuel Macron dans le cadre de son plan pauvreté, mais veut la plafonner à « 75 % du smic » pour que le travail paye plus que l’assistance. Cela suppose d’inclure les aides locales, ce qui pourrait s’avérer complexe, pour une mesure qui est déjà extrêmement difficile à mettre en œuvre, puisqu’elle suppose un gros travail de fusions, et surtout des perdants et des gagnants. Les Républicains réfléchissent même à adapter l’allocation unique en fonction du niveau de vie des foyers. Autrement dit, elle serait plus élevée en Île-de-France, où le coût de la vie est plus cher que dans la Creuse. Cela supposerait de régionaliser le smic… Cette mesure permettrait d’économiser 5 milliards d’euros par an, estiment les dirigeants du parti.

Emmanuel Macron ne fait quasiment rien sur rien.
La droite parlementaire veut également supprimer les « incitations à l’immigration » en réduisant aux cas de maladies contagieuses et aux soins d’urgence l’aide médicale d’État. De quoi, selon elle, économiser 0,8 milliard par an alors que le budget total qui y est consacré est d’un peu plus de 0,9 milliard… « Le moment est venu de conditionner l’accès aux prestations sociales des ressortissants étrangers à une durée minimum de travail légal et de cotisations en France, notamment pour le logement social et les allocations familiales », proposent surtout les dirigeants du parti. Il faudrait désormais avoir travaillé pendant 3 ans pour avoir l’accès aux prestations familiales. « Je signale juste que ce système existe partout en Europe. C’est une évidence », justifie Laurent Wauquiez. Les Républicains en espèrent 2 milliards d’euros.

Tout cet argent récupéré serait pour moitié consacré à la réduction du déficit et de la dette, et pour moitié à la baisse des impôts. « Le changement culturel d’approche, c’est celui qui permet, en baissant la dépense publique, de se donner les marges de manœuvre qu’on n’a pas sur la fiscalité qui pèse sur les entreprises comme sur les ménages », expliquent les dirigeants des Républicains. Une rupture avec Emmanuel Macron qui « ne fait quasiment rien sur rien », fustige Guillaume Larrivé. La droite promet donc carrément d’effacer la hausse de la CSG sans augmenter les cotisations sociales baissées par Macron. En clair, ils ne reprendront pas de pouvoir d’achat aux Français. « Tout ce qui est acquis est acquis », jure Éric Woerth. Bien au contraire, elle veut aussi limiter la hausse des taxes sur les carburants et rétablir la défiscalisation des heures supplémentaires en plus de la suppression des cotisations salariales actée par le gouvernement. Un programme… d’opposition.

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