jeudi, juin 24, 2021

En pleine crise sanitaire, une ligne ferroviaire à 23 milliards de dollars indigne les Égyptiens

Frappée de plein fouet par le coronavirus, l’Égypte a annoncé en grande pompe un plan d’investissement de 23 milliards de dollars. Mais cet argent n’est pas destiné aux hôpitaux débordés, qui seraient même dans l’incapacité d’assurer l’approvisionnement en oxygène.

Non, cette somme est consacrée à la construction d’une nouvelle ligne de chemin de fer clinquante, ce qui a laissé certains Égyptiens perplexes quant à cette dépense engagée pour un projet qui semble loin d’être une priorité.

Le gouvernement égyptien soutient cependant que le réseau constituera une avancée fantastique.

Fruit d’un partenariat avec la multinationale allemande Siemens, la ligne se composera de quinze gares et passera par la nouvelle capitale administrative controversée, qui est en construction et n’a pas encore de nom.

Selon les informations relayées, le projet devrait nécessiter un budget de 360 milliards de livres égyptiennes (23 milliards de dollars) et durera deux ans.

Sur un parcours de 460 km reliant Ain Soukhna, sur le littoral de la mer Rouge, à El-Alamein, au bord de la Méditerranée, les trains atteindront une vitesse de 250 km/h.

Le Premier ministre Moustafa Madbouli a dévoilé le projet la semaine dernière, mais au cours des jours suivants, l’appréhension et le scepticisme se sont emparés de la toile.

Traduction : « Combien d’usines, d’écoles ou d’hôpitaux cette somme aurait-elle permis d’ouvrir ? Quelles sont les priorités du pays ? » 

Pour de nombreux internautes, la ligne ferroviaire a été imaginée pour l’élite égyptienne.

Traduction : « Le train transportera ceux qui vivent dans des palais à El-Alamein et qui voudront changer d’air et retrouver leur appartement dans la nouvelle capitale administrative… C’est l’argent des gens qui n’ont pas les moyens de manger ou de se faire soigner et il est dépensé pour leurs loisirs. » 

L’acteur égyptien Amr Waked a souligné l’importance que ces milliards de dollars pourraient avoir dans le système de santé égyptien.

Traduction : « Si, au milieu de cette pandémie, vous aviez 360 milliards de livres égyptiennes à dépenser sur deux ans, choisiriez-vous de les investir dans des bouteilles d’oxygène pour accroître l’efficacité du secteur de la santé ou de financer un train qui effectue la liaison avec Ain Soukhna ? Pouvez-vous imaginer à quel point une telle somme peut aider le secteur de la santé et les citoyens du pays ? »

Au début du mois, un certain nombre de médias et de vidéos publiées en ligne ont montré que des patients atteints du COVID-19 étaient refusés dans les hôpitaux en raison d’un manque de bouteilles d’oxygène.

Il a également été révélé qu’un grand nombre de médecins et d’hôpitaux manquaient d’équipements de protection individuelle et qu’une augmentation du nombre de cas pourrait pousser le système de santé du pays au bord du gouffre.

Selon le ministre égyptien des Transports, Kamel al-Wazir, la nouvelle ligne ferroviaire pourra également transporter des marchandises et le coût du projet dépassera très probablement les 23 milliards de dollars estimés.

Kamel al-Wazir a également précisé que l’Égypte paierait le coût du projet sur une période de vingt ans.

Traduction : « Cette importante somme d’argent constituera une dette pour les générations futures et n’apportera aucun avantage économique. Ce train est un luxe conçu pour les riches. »

Les craintes de voir cette ligne ferroviaire profiter uniquement aux riches et à l’élite du pays ont été renforcées lorsque Naguib Sawiris, un homme d’affaires égyptien de premier plan, s’est exprimé sur Twitter pour demander pourquoi la ligne ne passerait pas par Hurghada, une destination touristique populaire proche d’El-Gouna, une station balnéaire qu’il possède.

« Est-ce que quelqu’un comprend pourquoi le train à grande vitesse va d’Ain Soukhna à El-Alamein et non du Caire à Hurghada, par exemple ? », s’est-il interrogé sur Twitter.

En réponse, Kamel al-Wazir a déclaré que le gouvernement serait heureux de construire une nouvelle gare le long de la ligne pour desservir sa station balnéaire – à condition que Naguib Sawiris la finance.

Certains se sont toutefois montrés plus optimistes au sujet du nouveau projet ferroviaire et ont laissé entendre qu’il apporterait toute une série d’avantages aux habitants du pays.

Icône du football, Ahmed Hossam Mido est intervenu et a insisté sur le fait que le projet créerait probablement de nombreuses opportunités d’emploi pour les travailleurs de toute l’Égypte.

Traduction : « Je ne sais pas où les gens vont chercher l’idée que cette ligne ferroviaire est réservée aux riches. La ligne traverse la région de la mer Rouge, qui regorge de travailleurs dans des secteurs tels que Zafarana, Ras Ghareb, Hurghada et Safaga – cette ligne leur sera utile. En plus, elle créera également des opportunités d’emploi. » 

Le gouvernement égyptien a investi dans une série de projets infrastructurels de grande envergure, dont le plus important est peut-être la nouvelle capitale administrative.

Celle-ci est en cours de construction dans le désert à 45 km à l’est du Caire. Des entreprises de construction privées y travaillent d’arrache-pied sous la supervision de l’armée.

Ce projet ambitieux vise à accueillir le gouvernement, un palais présidentiel, la Cour suprême et la Banque centrale, ainsi qu’un aéroport et un quartier d’affaires.

Les détracteurs de l’initiative soutiennent depuis longtemps que l’Égypte ne peut pas se permettre d’investir dans des projets aussi gigantesques, en particulier à un moment où le système de santé vacille et où le chômage est en hausse.

Ce projet de 45 milliards de dollars, qui devrait être de la taille de Singapour, a suscité de nombreuses inquiétudes quant à sa faisabilité économique.

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