Le magazine américain « Foreign Policy » a publié un article signé par la journaliste britannique d’origine égyptienne Ola Salem et le chercheur en droit Abdullah Alaoudh dans lequel ils ont analysé ce qu’ils ont appelé la fausse campagne menée par le prince héritier saoudien Mohammed Ben Salmane contre l’extrémisme.

Ola et Abdullah rappellent qu’au début de la régence de Ben Salmane, celui-ci a annoncé sa volonté de « se tourner vers l’islam modéré qui a été escamoté par les extrémistes en 1979 », selon lui.

Cependant, les deux rédacteurs estiment que les objectifs de cette campagne sont contradictoires, car elle n’a touché que les défenseurs d’un islam modéré, tandis que les extrémistes religieux et ceux qui critiquent ses mesures de réforme ont pu continuer leur activité dans le royaume sans obstacles.

En septembre 2017, les forces sécuritaires saoudiennes ont arrêté des dizaines de journalistes et d’universitaires. L’année suivante, 5000 théologiens ont été forcés à signer un engagement de ne plus critiquer le gouvernement, selon un responsable proche du régime saoudien.

Le meilleur exemple à donner sur cette politique de deux poids deux mesures, ajoutent les deux journalistes, est le Conseil des grands savants saoudiens considéré comme la plus haute institution religieuse dans le pays. La mission du conseil composé de 21 membres éminents est de conseiller le roi concernant les affaires religieuses et de donner des avis consultatifs. Le roi choisit soigneusement les membres du conseil. Leurs salaires sont payés par le gouvernement.

Parmi les membres de cette institution très conservatrice, on trouve deux personnes qui ont suscité une grande polémique à cause de leur idéologie radicale. En premier, Salah al-Fouzan qui a déclaré sur la télévision officielle que les chiites ne sont pas des musulmans.

Quant à Salah al-Lhidan qui était à la tête de l’institution judiciaire jusqu’à 2008, a affirmé qu’il faudrait tuer les propriétaires des médias qui diffusent un contenu contraire à l’islam et aux conventions morales.

De plus, des théologiens proches du prince héritier avaient émis des fatwas interdisant aux musulmans de protester, de critiquer ouvertement le gouvernement, ou de diriger une protestation qui pourrait être utilisé comme un prétexte par les gouvernants pour utiliser la violence contre ceux qui se révoltent.

L’article évoque ensuite le cas de l’universitaire Abdullah Al-Malki qui a affirmé que le droit souverain des hommes de choisir librement doit primer sur l’application de la charia, ajoutant que la liberté de choisir et la justice sont les piliers de toute société politique. L’Arabie Saoudite a considéré ses idées comme menaçantes et l’a arrêté en septembre 2017 et l’a jugé en secret.

Le journaliste saoudien Jamal Khashoggi qui avait des idées similaires a été assassiné d’une manière atroce dans le consulat saoudien à Istanbul l’année passée.

Abdullah Alaoudh, l’un des deux rédacteurs de l’article a parlé de son père Echeikh Salmane Alaoudh arrêté malgré son long combat en faveur de la tolérance religieuse et son hostilité aux appels du Djihad en Syrie, en Irak et ailleurs. Il plaidait pour un changement démocratique et pour l’amélioration de la situation de la femme. Il a également lutté contre le racisme et a appelé au respect des minorités religieuses marginalisées dans le royaume.

Il a été arrêté en septembre 2017 à cause d’un tweet où il s’est interrogé à propos du blocus imposé au Qatar. Il risque la peine de mort  à cause de ses opinions progressistes comme l’a déclaré à son sujet Jamal Khashoggi.

Les deux rédacteurs Ola Salem et Abdullah Alaoudh concluent en affirmant que ce que fait Ben Salmane depuis deux années n’a rien à voir avec la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme.

Au contraire, c’est une campagne menée contre la modération et le discours indépendant qui constituaient historiquement une barrière face au radicalisme. En même temps, Ben Salmane renforce la position des vrais extrémistes qui confèrent une légitimité au régime saoudien répressif. Cette politique, visant à réduire au silence les voix critiques, crée un climat favorable au développement de l’extrémisme dans le royaume.

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