vendredi, octobre 23, 2020

Hong Kong : la police assiège une université

La police de Hong Kong a assiégé lundi une université où des centaines de manifestants antigouvernementaux étaient retranchés depuis la veille. Quelques heures plus tôt, elle avait annoncé qu’elle envisageait l’utilisation de « balles réelles » face aux « armes létales » utilisées contre elle durant les affrontements autour du campus de l’université polytechnique dimanche. C’est la première fois qu’elle lançait cet avertissement depuis le début des protestations en juin.

Vers 5h30 ce lundi matin (22h30 dimanche, heure française), selon les informations partiellement disponibles ce lundi, la police est entrée dans PolyU. Des policiers, qui appartiendraient au peloton d’élite « raptor », ont été assaillis de cocktails Molotov. Des flèches auraient également été tirées. Une grande partie du hall du bâtiment Chung Sze Yuen a été gagnée par l’incendie. Certains manifestants en chemise noire ont été vus en train d’essayer d’éteindre les flammes. Les pompiers sont arrivés plus tard et ont rapidement maîtrisé l’incendie.

Il y aurait de nombreux blessés mais l’étendue de leurs blessures n’est pour l’instant pas connue. De nombreuses personnes ont aussi été interpellées.

Dans une vidéo postée peu après le début de l’assaut, le président de PolyU, Teng Jin-Guang, a affirmé avoir obtenu l’accord de la police pour qu’elle suspende l’emploi de la force à condition que les manifestants pro-démocratie cessent d’attaquer. « Nous avons également reçu l’autorisation de la police pour que vous quittiez le campus pacifiquement et je vous accompagnerai personnellement au poste de police pour veiller à ce que votre affaire soit traitée de manière équitable », a-t-il déclaré.

«Elevez la voix pour empêcher un nouveau Tian’anmen»

Mais alors que des étudiants tentaient de quitter le campus, ils ont été bloqués et violemment interpellés par la police. Selon Joshua Wong, l’une des figures de la protestation, des secouristes ont également été arrêtés.

La police a procédé à plusieurs arrestations, dans le campus et près de l’université, a rapporté le radiodiffuseur public RTHK, tandis que des activistes du secteur commercial voisin de Nathan Road ont bloqué la circulation et contraint les centres commerciaux et les magasins à fermer. Le mouvement Demosisto, dont Joshua Wong est le secrétaire général, en a appelé « au monde » : « élevez la voix pour empêcher un nouveau Tian’anmen », en référence aux manifestations lourdement réprimées à Pékin en 1989.

Dimanche matin, des partisans du gouvernement pro Pékin s’étaient rassemblés pour déblayer les barricades bloquant l’entrée d’un tunnel routier desservant l’île de Hong Kong, fermé depuis mardi, mais des manifestants pro-démocratie sont intervenus pour les en empêcher, entraînant des heurts avec la police. Ils ont duré toute la journée. Dans l’après-midi, alors que le jour déclinait, les forces de l’ordre qui voulaient reprendre le contrôle d’un pont piétonnier enjambant le tunnel ont été accueillies par un déluge de cocktails Molotov qui ont causé des incendies, brûlant le pont et un véhicule blindé.

La contestation qui bouscule la presqu’île de Hong Kong depuis le mois de juin est montée d’un cran lundi dernier avec une nouvelle stratégie baptisée « Blossom Everywhere » (« Éclore partout »), qui consiste à multiplier les actions de blocages, d’affrontements, de vandalisme, pour éprouver au maximum les capacités de la police. Conséquence : un blocage général des transports en commun.

Quelques heures plus tard, des militants avaient repoussé la police qui tentait de pénétrer sur le campus de l’Université polytechnique de Hong Kong (PolyU), à Kowloon, en tirant des pierres avec une catapulte depuis le toit. Un journaliste de l’AFP a vu sur un toit faisant face à la police un détachement d’archers masqués armés d’arcs de compétition et flanqués de guetteurs utilisant des jumelles. La police, dénonçant l’utilisation d’ « armes létales », a diffusé des photos montrant une flèche plantée dans le genou d’un de ses agents, qui a été hospitalisé.

Dimanche soir, des centaines de protestataires se sont retranchés dans PolyU où ils ont allumé de grands feux pour empêcher la police de la reprendre et maintenir le blocage. Nous avons besoin « d’une base pour entreposer notre matériel et nous reposer la nuit, avant la bataille du lendemain matin », a expliqué Kason, un étudiant. Owen Li, membre du conseil de PolyU et étudiant, a indiqué que la panique s’était emparée des quelques centaines d’occupants du campus. « Beaucoup d’amis se sentent impuissants […] Nous appelons toute la société à sortir et nous aider », a-t-il lancé.

L’incendie a pris de l’envergure. La police a déclaré le secteur zone « d’émeute », menaçant de détruire les barricades érigées par les manifestants, et de tirer à balles réelles. « J’ai peur. Il n’y a pas de sortie, tout ce que je peux faire c’est me battre jusqu’au bout », confiait un militant dans la nuit, alors que les heurts se poursuivaient.

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