Le nouveau Parlement irakien s’est réuni pour la première fois lundi, sur fond de dispute entre deux blocs revendiquant la majorité : l’alliance chiite de Moqtada al-Sadr contre celle de l’ex-Premier ministre Nouri al-Maliki, proche de l’Iran.

La rentrée du Parlement irakien est animée. Alors que les députés élus lors des législatives de mai remportées par le nationaliste Moqtada al-Sadr se réunissaient pour la première fois lundi 3 septembre, deux alliances se disputent toujours le titre de la plus large coalition et donc le droit de former le gouvernement.

L’alliance du chiite Moqtada al-Sadr et du Premier ministre sortant Haïdar al-Abadi, qui entrevoit la possibilité de conserver son poste, revendique 177 députés – soit plus de la moitié des 329 sièges du Parlement – après avoir obtenu les signatures de 16 têtes de listes.

Face à eux, l’ex-Premier ministre Nouri al-Maliki, associé à l’Alliance de la Conquête de Hadi al-Ameri – une coalition d’anciens combattants antijihadistes proches de l’Iran – affirme avoir rassemblé les signatures de 153 députés.

Les deux blocs revendiquent le titre de la plus large coalition. Mais Nouri al-Maliki dit avoir obtenu « les signatures de chaque député » et pas seulement celles des chefs de liste. Or certains députés refuseront de suivre les consignes de liste, expliquent des partisans de Nouri al-Maliki.

Le bloc Maliki-Ameri affirme en outre avoir débauché 21 députés de l’Alliance de la Victoire de Haïdar al-Abadi. Parmi eux, l’ex-chef des unités paramilitaires du Hachd al-Chaabi, Faleh al-Fayadh, que le Premier ministre sortant vient de destituer parce qu’il le soupçonnait de négocier derrière son dos avec ses concurrents. Lundi, Haïdar al-Abadi s’est attribué son titre.

Devant 297 des 329 députés présents au Parlement, dans l’ultra-sécurisée zone verte de Bagdad, Haïdar al-Abadi a défendu son bilan, rappelant avoir hérité du pouvoir en 2014 quand le groupe jihadiste État islamique (EI) « occupait de larges régions tandis que les forces de sécurité étaient presque totalement effondrées ».

Il a également plaidé pour la lutte contre la corruption, ce que ses détracteurs l’accusent de ne pas avoir assez fait. Les députés ont en outre ont prêté serment.

Les Kurdes, faiseurs de roi

La coalition peut toutefois encore changer car les partis kurdes, qui comptent une soixantaine de députés, ne se sont pas encore prononcés et mènent des négociations avec les deux blocs.

Les sunnites, eux, sont jusqu’ici divisés entre les deux blocs qui, en raison de la proportionnelle et pour éviter le retour à une dictature, doivent être le fruit d’alliances.

Le retard de quatre mois dans la tenue de la session inaugurale du Parlement est dû à un nouveau décompte des voix après des allégations de fraude lors des législatives. Les résultats ont confirmé la victoire de Moqtada al-Sadr qui se positionne désormais de manière indépendante vis-à-vis du puissant voisin iranien.

La session du Parlement reprendra mardi à huis clos sous la direction du doyen, Mohammad Zeini, 79 ans. Les députés devront alors élire le président de la Chambre – traditionnellement un sunnite – et ses deux adjoints. Le sortant, Salim al-Joubouri, n’a pas été réélu et sera forcément remplacé.

Une fois le président du Parlement élu, les députés ont 30 jours pour élire le président de la République – traditionnellement un Kurde. Plusieurs noms de candidats circulent, mais aucun n’a jusqu’ici été confirmé officiellement par les grands partis kurdes.

Crise sociale et sanitaire

Le président élu dispose ensuite de 15 jours pour charger la plus large coalition parlementaire de former le gouvernement dirigé, lui, par un chiite, la communauté la plus importante du pays.

Le prochain gouvernement devra faire face à une crise sociale et sanitaire d’ampleur. Depuis deux mois, dans le sud irakien, des manifestants réclament des services publics et des infrastructures dont le pays, en pénurie chronique d’eau et d’électricité, manque depuis des années. Depuis trois semaines,la province de Bassora, l’une des plus peuplées du pays, est en proie à une pollution de l’eau qui a causé l’hospitalisation de quelque 20 000 personnes.

En outre, le futur cabinet devra tenter d’endiguer la menace jihadiste alors que l’EI, chassé de l’ensemble des centres urbains fin 2017, continue de mener des attaques qui ont de nouveau fait huit morts dimanche et lundi dans le nord de l’Irak.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here