vendredi, août 14, 2020

Iran : nombreuses arrestations d’écrivains et artistes, affirme Amnesty

Les arrestations en Iran se multiplient et les peines sont de plus en plus lourdes. Amnesty international compte plus de 7 000 arrestations au cours de l’année 2018 parmi lesquels plusieurs écrivains, artistes et journalistes…

« Nous sommes inquiets de la condamnation de trois de nos membres », affirme Aida Amidi, poète et membre de l’Association des écrivains iraniens. L’association fondée en 1969 a pour objectif de promouvoir la liberté d’expression et de lutter contre la censure. En mai dernier, alors qu’elle s’apprêtait à fêter ses 50 ans d’existence, trois de ses membres, Baktash Abtin, Keyvan Bazhan et Reza Khandan-Mahabadi, ont été condamnés chacun à six ans de prison. Ils sont inculpés pour « propagande contre le régime » et « rassemblement et collusion dans le but d’agir contre la sécurité nationale ». En cause, leurs activités au sein de l’association et l’organisation d’une cérémonie en hommage au poète iranien Ahmad Shamlou, mort en 2000. Les trois écrivains attendent maintenant de passer devant la cour d’appel iranienne qui généralement confirme ou réajuste la peine principale. Pour Aida Amidi, « les pressions sur l’association ont toujours existées, mais elles sont de plus en plus fortes. »

« La situation des droits de l’homme s’est détériorée en Iran. On voit de plus en plus de personnes arrêtées et les condamnations sont de plus en plus lourdes », affirme Mansoureh Mills, chercheuse spécialiste du Moyen-Orient à Amnesty International. « Cette dernière année pour la première fois nous avons vu des peines de 24, 30 et 33 ans alors que jusqu’à présent elles allaient jusqu’à 10 ou 15 ans et c’était déjà beaucoup (…) de cette manière les autorités veulent montrer l’exemple et faire peur aux gens », ajoute la chercheuse.

Tension politique interne et externe

Depuis la sortie des États-Unis de l’accord sur le nucléaire, la situation économique iranienne et les conditions de vie de la population se sont dégradées. L’augmentation des prix et les salaires impayés entraînent des protestations dans tout le pays : « Les autorités sont terrifiées par toutes formes de contestation publique, ils craignent que les gens aient moins peur de les critiquer », explique Mansoureh Mills. Ainsi, plusieurs journalistes ont été arrêtés pour avoir couvert la manifestation ouvrière du 1er mai dernier ou encore celle, plus tôt dans l’année, des ouvriers de l’usine de canne à sucre Haft Tappeh, située dans la province du Khuzestan.

Face aux pressions extérieures et intérieures, le pays se referme et les conservateurs, à la tête du système judiciaire, ont repris la main, malgré un gouvernement réformateur et à quelques mois des élections législatives de 2020. Le président modéré Hassan Rohani, affaibli, est soumis à l’autorité du Guide suprême. Pour Mansoureh Mills, les lignes rouges sont plus nombreuses : « Le champ des activités pouvant être considérées comme un délit est de plus en plus large », explique-t-elle. « La situation est plus compliquée mais les gens restent fidèles à leurs convictions. Plus leur propos est réfléchi plus ils sont embêtés. », témoigne à demi-mot un acteur sous couvert d’anonymat.

Soutien extérieur

Pourtant, durant le mandat de Rohani, quelques avancées avaient été constatées, notamment la possibilité d’organiser des concerts ou encore l’augmentation du nombre de publications autorisées : « Les autorisations de publication sont en effet soumis au ministère de la Culture et de la Guidance islamique, il y a donc des hauts et des bas, mais notre association s’oppose totalement à la censure. Nous mettons en cause tout le processus. Pourquoi le livre d’un écrivain doit-il être corrigé, pourquoi faut-il obtenir des autorisations selon des lignes rouges décidées par le régime ? Et pourquoi certains écrivains sont sur une liste qui pendant des années leur interdit de publier une oeuvre ?», s’indigne Aida Amidi.

Un manager et organisateur de concert à Téhéran constate lui que les droits des artistes suivent un cycle : huit années de réformateurs et une ouverture pour le cinéma, le théâtre et la musique puis huit années de conservateurs et tout se referme à nouveau. C’est aussi ce qu’éprouve un musicien de Téhéran : « Personnellement, je ne peux plus travailler ni organiser de concert, notamment parce que je fais du rock. La situation est vraiment plus compliquée qu’avant. On ne peut même pas compter sur les autorisations de travail qui sont délivrées, car à chaque instant il est possible qu’elles soient annulées par les autorités gouvernementale ou religieuse ».

« On a besoin de soutiens de l’extérieur »

Une pétition a été lancée par des anonymes sur change.org pour protester contre la condamnation des écrivains de l’association iranienne. Elle a notamment été signée par le réalisateur iranien Jafar Panahi, lui-même sous le coup d’une interdiction de sortie de territoire et de filmer. « On a besoin de soutiens de l’extérieur sur ce dossier pour qu’au moins cela n’arrive pas à d’autres écrivains, car aujourd’hui, je pense qu’au-delà d’être membre de l’association, n’importe quelle personne qui écrit ou croit en la liberté d’expression peut être en danger », conclut Aida Amidi.

SourceRFI

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