dimanche, novembre 27, 2022

La Russie veut montrer qu’elle est toujours incontestable sur la scène militaire mondiale

Ce sont les plus grandes manœuvres militaires de l’histoire russe. Moscou inaugure aujourd’hui, avec la participation des armées chinoise et mongole, une série d’exercices militaires en Sibérie orientale et dans l’Extrême-Orient russe. L’ensemble de ces exercices porte le nom de « Vostok-2018 » (Est-2018) et rassemble près de 300 000 hommes, incluant toutes les composantes de l’armée. Ces manœuvres rappellent celles organisées à l’époque soviétique, où 100 000 à 150 000 soldats du Pacte de Varsovie (alliance militaire entre les pays de l’Est et l’Union soviétique, aujourd’hui dissoute) avaient défilé en Europe orientale dans le cadre de l’opération « Zapad 81 » (Ouest-81). Un souvenir que le ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou, n’a pas hésité à rappeler quelques jours avant le commencement de Vostok-2018. « Il y aura comme un air de Zapad-81, mais en plus imposant d’une certaine manière », se félicitait déjà fin août le ministre russe, détaillant le contingent attendu : 300 000 soldats, 36 000 véhicules militaires, 1 000 avions et 80 navires. « Imaginez 36 000 engins militaires se déplaçant en même temps : des chars, des blindés de transport de troupes, des véhicules de combat d’infanterie. Et tout cela, bien sûr, dans des conditions aussi proches que possible d’une situation de combat », s’était-il réjoui.

Moscou est donc coutumier de ce genre de démonstration militaire, mais c’est la première fois que celle-ci atteint un tel niveau. « Ce genre d’opérations est organisé tous les quatre ans dans une région de Russie, donc le fait que des manœuvres aient lieu n’est pas quelque chose de nouveau. Ce qui l’est en revanche, c’est leur ampleur et la participation de troupes chinoises à certains exercices », confie à L’Orient-Le Jour Isabelle Facon, maître de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique et spécialiste des politiques de sécurité et de défense russes.

L’année 2018 marque une réelle volonté de la part de Moscou de mettre en avant ses capacités militaires. Déjà en mars dernier, à la veille de l’élection présidentielle, Vladimir Poutine avait présenté le nouvel arsenal « invincible » et moderne de son pays. Il répondait à l’époque à l’augmentation du budget de la défense américaine (aux alentours de 650 milliards de dollars actuellement et qui atteindra un montant record de 716 milliards en 2019). « Personne ne voulait nous parler, personne ne voulait nous écouter. Écoutez-nous maintenant ! » avait alors déclaré le président russe, en visant directement les Occidentaux. L’actuel budget russe dédié à la défense est d’environ 66 milliards de dollars, soit plus de dix fois moindre que celui des Américains. Il représente ainsi le quatrième montant des dépenses militaires à l’échelle mondiale, même s’il occupait la troisième place jusqu’à très récemment. Il a en effet reculé d’un rang à cause des sanctions économiques internationales imposées à la Russie. « La Russie a dû baisser son budget de la défense du fait de la situation économique dans le pays. Donc l’un des messages de ces exercices de grande ampleur est de dire : “Attention, on ne baisse pas la garde et on reste une puissance militaire de premier plan”, au cas où le monde n’aurait pas compris que l’armée russe d’aujourd’hui n’est plus celle d’il y a dix ans », poursuit Isabelle Facon.

Messages régionaux et internationaux

Entre le conflit syrien, l’évolution du dossier nord-coréen, les tensions en Ukraine et avec l’OTAN, la Russie veut montrer qu’elle est une puissance à la hauteur des enjeux internationaux. Par ailleurs, dans le cadre de la nouvelle politique de défense américaine décrétée par le secrétaire américain à la Défense James Mattis, au début de l’année, la Russie et la Chine sont vues comme des menaces potentielles pour les États-Unis.

Ainsi, les manœuvres militaires d’aujourd’hui, bien que prévues depuis longtemps, contiennent de nombreux messages. Le premier concerne la relation entre Moscou et Pékin. La participation de plus de 3 000 soldats chinois aux exercices russes traduit la bonne relation entre les deux pays. « Ce sont des exercices qui vont se dérouler à proximité de la frontière sino-russe, donc l’intérêt est de dire que la Russie et la Chine s’entendent bien et entretiennent de bonnes relations militaires et de confiance. Il y a aussi un côté “l’union fait la force” face au Américains (…). Chinois et Russes ont donc un intérêt commun à afficher une certaine concertation de leur partenariat », ajoute Mme Facon.

« Il y a un message plus large qui concerne l’alliance russo-chinoise. Celle-ci a été rebâtie, après plus d’une décennie d’interruption, dans le cadre de l’Organisation de la coopération de Shanghai (OCS) et qui voit des exercices militaires conjoints se dérouler en Asie centrale », estime quant à lui Cyrille Bret, professeur à Sciences Po Paris et spécialiste de la Russie.Par ailleurs, en s’affichant aux côtés de la Russie, puissance militaire incontestable, Pékin espère ainsi promouvoir à son tour son image de grande armée orientale. Mais l’autre message concerne directement les Occidentaux et met en avant l’idée que la Russie se prépare à un conflit de grande envergure. « Vu l’ampleur des manœuvres, l’idée est de dire que la Russie se prépare de toute façon à la perspective d’un conflit majeur. Celui-ci n’aura a priori pas lieu avec la Chine, étant donné la présence chinoise dans les exercices de mardi, donc le conflit serait plus orienté vers la menace de l’OTAN », ajoute l’experte.

SourceAgences

Dernières infos

Cinq Palestiniens blessés lors d’affrontements avec l’armée israélienne à Naplouse

Cinq Palestiniens ont été blessés et des dizaines d'autres...

Algérie : le projet de loi de finances 2023 adopté par la chambre basse du parlement

Le projet de loi de finances 2023 a été...

Jérusalem: deux explosions dans des arrêts de bus font au moins 14 blessés

La police israélienne a annoncé, mercredi, que 14 personnes...

Le Maroc vise à produire 52% de son électricité grâce aux énergies renouvelables d’ici 2030

Le cabinet royal marocain a déclaré que Rabat avait...

À ne pas rater

Le président israélien en visite à Bahreïn et aux Émirats arabes unis en décembre prochain

Le président israélien Isaac Herzog se rendra au royaume...

Netanyahu : « Mohammed bin Zayed m’a invité à visiter Abu Dhabi »

L'ancien Premier ministre israélien, vainqueur des dernières élections législatives...

Le président des Émirats arabes unis en visite en Russie mardi

Le président des Émirats arabes unis (EAU), Cheikh Mohamed...

L’indice PMI des Émirats arabes unis chute pour la première fois en 3 mois

L'agence de notation financière Standard & Poor's Global (S&P)...

France – Gilets jaunes : Affrontements entre policiers et manifestants à Paris

Des violences ont éclaté, ce samedi, entre les forces de l'ordre et les manifestants, au cours d'une mobilisation des Gilets jaunes à Paris. Sur les...

L’Iran interdit l’importation d’automobiles françaises sur fond de tensions entre les deux pays

L'Iran a interdit l'importation d'automobiles françaises en raison du "comportement non professionnel" de ce pays, a annoncé, vendredi, le ministère de l'Industrie, des Mines...

États-Unis : 6 morts suite à la collision en vol de deux avions au-dessus du Texas

Six personnes ont été tuées après qu'un bombardier Boeing B-17 et un petit appareil sont entrés en collision en vol, samedi, dans le Texas,...

Turquie : forte explosion au cœur d’Istanbul, au moins 6 morts et 53 blessés

Le bilan pourrait s'alourdir. Une forte explosion d'origine inconnue a retenti dimanche après-midi dans l'artère commerçante et très fréquentée d'Istiqlal, au cœur d'Istanbul, ont...

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here