dimanche, octobre 25, 2020

Le Canada vote contre Israël à l’ONU

Le Canada a voté, mardi, en faveur d’une résolution se rapportant à l’autodétermination des Palestiniens, au cours d’une séance de l’Assemblée générale de l’ONU.

Le fait saillant qui se dégage de ce vote n’est pas moins sa teneur que le « changement de cap » diplomatique d’Ottawa.

En effet, c’est la première fois, depuis 13 ans, soit depuis l’année 2006 qui a vu le retour des Conservateurs au pouvoir sous la houlette de l’ancien Premier ministre Stephen Harper que le Canada ne rejette pas cette résolution, après…14 votes ostensiblement hostiles.

Il ressort, notamment, du texte de la résolution, « l’urgence de mettre fin sans délai à l’occupation israélienne qui a commencé en 1967 », appelant « tous les États à continuer à soutenir et à aider le peuple palestinien à réaliser rapidement son droit à l’autodétermination ».

D’aucuns parmi les observateurs locaux, qui ont commenté l’information à chaud, ont voulu voir dans cette prise de position un « changement de cap » d’Ottawa après des années d’alignement diplomatique systématique, dans le domaine de la politique internationale, tout particulièrement, quand il s’agit de la région du Moyen-Orient, sur les positions américaines, et partant, israéliennes.

Le hasard du calendrier onusien a fait que ce vote intervient lors d’une journée « tampon », en l’occurrence, le lendemain de l’annonce par le Secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo, que les colonies israéliennes ne sont pas contraires au droit international, et la veille de la divulgation officielle de la composition du gouvernement Trudeau II (réélu le mois dernier pour un mandat de 4 ans) et la nomination d’un nouveau ministre des Affaires étrangères, en la personne du québécois, François-Philippe Champagne.

L’annonce américaine, qui a soulevé un tollé à travers le monde, comme cela avait été le cas lors du transfert par Washington de son ambassade de Tel-Aviv à la ville sainte de Jérusalem considérée également comme « capitale d’Israël », a, semble-t-il, influencé et orienté quelque part la position canadienne.

Sans s’exprimer officiellement au sujet de la déclaration de Pompeo, le Canada a indiqué, par le biais d’un responsable du ministère des Affaires étrangères, que « ce vote exprime le désaccord du Canada avec les déclarations de M. Pompeo ».

Ce vote, a ajouté le diplomate, qui s’exprimait sous couvert de l’anonymat à un média local, reflète « les principes fondamentaux du Canada sur le conflit israélo-palestinien, qui comprenait l’adoption d’une solution prévoyant la création de deux États avec des frontières viables pour les deux peuples ».

Cependant, des réactions, favorables et hostiles, à cette prise de position ont été mises en exergue, mardi soir.

La première, celle du « Centre [canadien] consultatif des relations juives et israéliennes (CIJA) » dont le co-président national Joel Reitman, s’est, immédiatement, fendu d’un communiqué pour condamner ce vote favorable à l’autodétermination des Palestiniens.

« L’appui du Canada à la résolution représente une rupture radicale avec sa politique des 10 dernières années d’opposition de principe aux résolutions de l’ONU qui condamnent Israël », lit-on dans le communiqué.

De son coté, l’organisme « Canadiens pour la justice et la paix au Moyen-Orient » (CJPMO) a salué le changement de position du « gouvernement libéral par rapport aux années précédentes ».

« Cela pourrait être une gifle pour le gouvernement Trump », a lancé Mirando Gallo, membre du CJPMO.

S’agit-il donc d’un vote de circonstance ou d’un véritable changement de cap diplomatique ?

Une question qui mérite d’être posée, d’autant plus que le Canada s’emploie, sérieusement, à l’instar d’autres pays, notamment la Norvège, avec ce que cela implique en termes d’autonomie et de marge de liberté décisionnelle, à obtenir un siège permanent au Conseil de sécurité des Nations Unies pour s’adjoindre aux Etats-Unis, à la Chine, à la Russie, au Royaume-Uni et à la France.

D’ailleurs, ce vote et cette « opposition » à Israël, ne serait-il pas motivé par la volonté « d’amadouer » certains pays, en prévision du vote fatidique, d’ici 8 mois, au sujet de l’adhésion du Canada au « club des 5 » ? Autant de questions qui trouveraient réponse au cours des prochaines semaines après l’installation du nouveau gouvernement de Justin Trudeau.

Membre du G7, le Canada, un pays-continent, avec ses 10 millions de kilomètres carrés et une puissance économique mondiale, qui se vante, souvent, d’être le chantre d’un « humanisme mondial » en accueillant, notamment, des réfugiés issus de régions dominés par les conflits, (Syrie, Haïti…) et en consacrant une partie de son PNB à l’aide humanitaire, gagnerait pour s’affirmer davantage sur la scène mondiale à réviser certaines de ses positions loin de toute accointance avec les Etats-Unis.

Notons que lors du vote de la résolution sur l’autodétermination des Palestiniens, cinq « Etats » seulement de l’Océan pacifique, qui survivent grâce à l’aide américaine, ont voté contre, à côté des Etats-Unis et d’Israël.

SourceAgences

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