jeudi, octobre 29, 2020

Libye: le Caire parie encore sur le maréchal Khalifa Haftar

Malgré les inquiétants revers militaires du maréchal Khalifa Haftar en Libye, Le Caire parie encore sur l’homme de l’est libyen, en tentant de promouvoir un cessez-le-feu entre les pouvoirs rivaux, mais pourrait vite changer ses plans, selon des analystes.

Samedi, alors que son offensive dans l’ouest de la Libye faisait long feu –après plus d’un an de combats aux portes de Tripoli–, Khalifa Haftar rencontrait au Caire le président Abdel Fattah Al-Sissi, un de ses soutiens. Tout sauf un hasard.

« L’Egypte a des intérêts sécuritaires directs en Libye, et avoir un partenaire dans l’est libyen est d’une importance capitale », dit à l’AFP Tarek Megerisi, analyste politique au Conseil européen des relations internationales.

Avec les développements du week-end, qui ont vu le gouvernement d’union (GNA) reprendre le contrôle de l’ensemble de l’Ouest et fondre sur Syrte, ville stratégique en direction de la Cyrénaïque (est), M. Megerisi relève « les inquiétudes » renforcées du Caire « vis-à-vis de l’aventurisme » de Khalifa Haftar.

Après l’échec des pro-Haftar dans leur conquête de Tripoli, « l’instinct de départ du Caire », à savoir « que cette opération était une erreur », s’est trouvé « conforté », confirme Jalel Harchaoui, chercheur à l’Institut Clingendael de La Haye.

A ce jour, l’Egypte reste néanmoins « entièrement investie » diplomatiquement aux côtés du maréchal, à qui elle continue d’offrir « un soutien politique et militaire », note-t-il néanmoins.

Tel est sans doute le sens de « l’initiative du Caire », proclamée samedi au terme de l’entretien entre MM. Sissi et Haftar et qui appelle à un cessez-le-feu ce lundi.

Le militaire libyen s’est aussitôt converti à l’idée, mais le GNA, qui récolte sur le terrain les fruits du soutien accru de la Turquie, fait lui la sourde oreille.

Des Libyens célèbrent à Tripoli, le 5 juin 2020, la reprise du contrôle de tout l’ouest libyen annoncée par le gouvernement d’union nationale (GNA) (AFP – -)

Voilà pour la parole publique égyptienne. Car, parallèlement, l’étoile du maréchal ayant pâli, Le Caire cherche désormais « d’autres options et moyens pour défendre ses intérêts » à sa frontière occidentale.

« Nous voyons déjà l’Egypte et la Russie travailler ensemble à des alternatives politiques à (Khalifa) Haftar qui pourraient sauver leurs sphères d’influence dans l’est libyen », relève Tarek Megerisi.

Aguila Saleh, président du Parlement élu basé en Cyrénaïque et qui se trouvait lui aussi au Caire ces derniers jours, pourrait faire office de plan B.

Dans ce conflit n’ayant cessé de s’internationaliser, trois capitales s’activent principalement en arrière-plan pour préserver leurs intérêts dans l’est libyen: Le Caire, Moscou et Abou Dhabi.

Dans ce jeu à trois, la première sert notamment de « principal point d’accès pour l’aide des Emiratis et des Russes » à Haftar, relève Jalel Harchaoui.

Mais « si, pour une raison quelconque, le conflit s’aggravait sérieusement, (…) l’Egypte ne resterait pas passive. Elle interviendra militairement », ajoute-t-il.

Une telle intervention pourrait prendre la forme de frappes aériennes, comme Le Caire l’a déjà entrepris en 2015 à Derna.

Un expert militaire égyptien utilisant le pseudonyme Egyptian Defense Review souligne pour sa part que l’Egypte est déjà elle-même « un important fournisseur d’armes, de formation et de soutien logistique » pour Khalifa Haftar.

L’expert évoque la ville-frontière de Sidi Barrani comme l' »un des principaux point de passage pour les cargaisons d’armes, les mercenaires russes et l’aide aérienne émirati ».

– « Comptez sur l’Egypte » –

Après la déroute en Tripolitaine, un conseiller du prince héritier d’Abou Dhabi, Mohammed ben Zayed al-Nahyane, a écrit sur Twitter: « Tripoli est devenue la première capitale arabe à tomber sous occupation turque ». Et ce conseiller, Abdulkhaleq Abdulla, d’ajouter: « Comptez sur l’Egypte et son armée pour jouer un rôle décisif (…). Elle dissuadera (le président turc Recep Tayyip) Erdogan et arrêtera l’avancée de ses mercenaires ».

Des combattants loyaux au Gouvernement libyen d’union national (GNA), reconnu par l’ONU, célèbrent la reprise de la ville de Tarhouna, à environ 65 kilomètres au sud-est de Tripoli, aux forces du maréchal Haftar le 5 juin 2020 (AFP – Mahmud TURKIA)

Mais si l’hypothèse d’une implication militaire accrue de l’Egypte existe, elle a ses limites: pas d’affrontement direct avec la Turquie, selon les experts.

Le cessez-le-feu proposé par M. Sissi montre à quel point la perspective d’une « guerre élargie et plus qu’incertaine contre la Turquie (…) est exclue au Caire », avance M. Harchaoui.

Et, selon Egyptian Defence Review, Ankara trouve là un point de convergence avec son rival régional égyptien.

« Les intérêts égyptiens en Libye et en Méditerranée résident essentiellement dans la sécurité de leur frontière occidentale et la souveraineté de la zone économique exclusive », selon lui.

La Turquie « va probablement respecter la sécurité et les intérêts économiques de l’Egypte, évitant toute forme de confrontation directe », juge-t-il.

SourceAgences

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