vendredi, octobre 30, 2020

Missiles russes: ultimatum de Washington à Ankara

Les Etats-Unis ont lancé vendredi un ultimatum à la Turquie, lui donnant jusqu’au 31 juillet pour renoncer à l’achat de systèmes de défense russes S-400 qu’ils considèrent comme incompatibles avec le nouvel avion furtif américain F-35 qu’Ankara veut aussi acquérir.

Si, d’ici le 31 juillet, la Turquie n’a pas renoncé au système russe de défense antiaérienne S-400, les pilotes turcs s’entraînant actuellement aux Etats-Unis sur le F-35 seront expulsés, a déclaré à la presse Ellen Lord, ministre adjointe à la Défense chargée des acquisitions.

Le personnel turc du consortium international qui fabrique le F-35 sera remplacé et les contrats de sous-traitance attribués à des entreprises turques pour la fabrication du F-35 seront annulés à la même date. Les bureaux du consortium seront interdits au personnel des forces aériennes turques et les quatre appareils déjà achetés par la Turquie mais encore sur le sol américain ne seront pas livrés, a-t-elle ajouté.

La responsable américaine a justifié cet ultimatum par le fait que la Turquie, alliée des Etats-Unis au sein de l’Otan, avait envoyé du personnel en Russie pour commencer à s’entraîner sur le S-400.

Mais il intervient aussi trois jours après de nouvelles déclarations du président turc Recep Tayyip Erdogan, qui a assuré qu’il ne reculerait pas sur l’acquisition du système russe, ajoutant que la Turquie ne pourrait envisager d’acheter le système antimissiles américain Patriot que si les conditions étaient aussi favorables que celles offertes par la Russie pour ses S-400.

« Mais malheureusement nous n’avons pas reçu de proposition positive de la partie américaine au sujet des Patriot », a-t-il déclaré.

Le chef du Pentagone Patrick Shanahan a indiqué pour sa part avoir envoyé une lettre à son homologue turc Hulusi Akar pour l’informer de ces décisions. Il a précisé à la presse que l’offre américaine pour les Patriot était « très concurrentielle ».

Ankara refuse officiellement de revenir sur l’achat du système de défense antiaérienne et antibalistique russe S-400 et affirme que la livraison des premières batteries est prévue cet été, en juin ou en juillet.

Washington a sommé la Turquie de choisir entre le système de défense russe et les avions de chasse américains F-35, dont la Turquie souhaite acquérir 100 exemplaires.

Quatre de ces appareils conçus pour communiquer en temps réel avec les systèmes militaires de l’Otan, dont ceux de défense antimissiles, ont été livrés depuis juin 2018 mais ils sont restés aux Etats-Unis, officiellement pour toute la formation des pilotes turcs.

Si Ankara n’a pas renoncé au 31 juillet, les entreprises turques –qui fournissent actuellement 937 pièces détachées du F-35, dont 400 qu’elles sont les seules à produire– ne recevront aucun nouveau contrat de sous-traitance et leur part dans la fabrication du F-35 sera attribuée à d’autres entreprises, a précisé Mme Lord.

Les entreprises turques fabriquent notamment des pièces pour le train d’atterrissage et des pales de rotor en titane.

Le constructeur aéronautique Lockheed Martin et le motoriste Pratt and Whitney ont déjà commencé à chercher d’autres fournisseurs potentiels, a-t-elle ajouté, soulignant que les entreprises turques pourraient continuer à fabriquer les pièces déjà commandées jusqu’à la fin du contrat en cours.

L’idée est que la participation des entreprises turques s’achève début 2020.

Ces mesures, qui « n’auront aucun impact sur le programme du F-35 » en général « ne sont pas irréversibles », a souligné la responsable du Pentagone.

« La Turquie a encore l’option de changer de cap. Si la Turquie n’accepte pas la livraison des S-400, nous permettrons à la Turquie de revenir à des activités normales au sein du programme du F-35 », a-t-elle ajouté.

Lancé au début des années 1990, le F-35 est le plus cher des programmes d’armement de l’histoire militaire américaine, avec un coût estimé au total à près de 400 milliards de dollars pour le Pentagone, pour un objectif de près de 2.500 appareils à produire dans les décennies à venir.

SourceLA CROIX

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