samedi, décembre 5, 2020

Offensive armée des milices de Haftar contre Tripoli.. Les virages les plus marquants   

Courrier arabe

Une année s’est déjà écoulée, depuis le lancement de l’offensive armée contre Tripoli, une offensive qui plongea la Libye dans la marre des conflits régionaux et internationaux complexes.

Le pays passa une longue année, et s’est vu vivre une série de changements, orchestrés par l’ingérence étrangère des alliés de Haftar : l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis (EAU), l’Égypte, la Russie et la France, et puis par l’entrée sur scène de la Turquie, qui de par son accord signé avec le Gouvernement d’union national (GNA) a légitimé son rôle.

Militairement, les combats ont causé des pertes, autant humaines que matérielles, des deux côtés, alors que politiquement, l’impasse fut telle que tous les efforts de réconciliations fournis par les Nations unies sont tombés à l’eau, poussant Ghassan Salamé, son émissaire pour la Libye à démissionner.

Sur ce, la rédaction Courrier arabe expose les virages les plus importants d’une année de conflit et résume ses évènements phares comme suite.

Le calme qui précéda la tempête  

Avant d’annoncer la guerre du 4 avril dernier, Khalifa Haftar avançait en silence au sud libyen, tout au long des premiers mois de l’année 2019, pensant au chemin, à renforcer ses positions, dans les bases aériennes d’al-Jafra e d’al-Watya.

Fin février 2019, les EAU, l’un des principaux parrains de Haftar, lui avait organisé une rencontre avec Fayez al-Sarraj, à Abu Dhabi, pour tenter de trouver un arrangement afin de réunir les fractions libyenne à Ghadamès où les Nations unies avaient prévu d’organiser des discussions libyo-libyennes.

Les résultats des discussions tenues à Abu Dhabi restèrent discrètes, mais elles furent sans l’ombre d’un doute, à l’origine de l’offensive lancée par Haftar.

Quelques temps plus tard, plusieurs médias indiquèrent que l’Arabie saoudite avait offert des millions de dollars à Haftar, pour qu’il déclenche la guerre en Libye, et ce, lors de la rencontre qu’il avait tenu avec le roi saoudien, Salmane ben Abdelaziz, 10 jours avant d’annoncer officiellement le lancement de l’offensive contre Tripoli.

Les événements clés du conflit armé

L’une des tournures des plus importantes était la prise de la ville de Ghariane, par les forces du GNA, en juin dernier. Ainsi, la ville phare du nord-ouest de la Libye entre ses mains, le GNA relance l’appel à une solution politique pour résoudre la crise du pays, lui, qui était depuis le début convaincu par le fait que la solution militaire était la pire des solutions envisageables.

De l’autre côté, Haftar qui avait difficilement encaissé la perte de Ghariane, et qui n’arriva pas à marquer de victoire sur terrain, se décida à changer de tactique militaire, se tournant vers les frappes aériennes, menées grâce aux drones émiratis.

C’est ainsi que les civils et les structures civiles furent régulièrement pris comme cibles. La pire des frappes était l’attaque menée le 3 juillet contre un centre de détention de migrants clandestins à Tajoura, où une centaine de détenus africains périrent, sous l’indignation de la communauté internationale.

Mais le virage le plus marquant était l’accord que la Turquie a signé avec le GNA, légitimant son entrée militaire sur les terres libyennes, pour repousser l’avancée des milices de Haftar.

Fayez al-Sarraj, le président du GNA, fut poussé à signer l’accord, principalement après avoir certifié la présence de mercenaires russes recrutés par la compagnie militaire privée «Wagner», et de mercenaires soudanais ramenés principalement par la compagnie de sécurité émiratie «Black Shield».

Au niveau politique, le chamboulement commence dès que Ghassane Salamé se mit à souligner l’influence des parties étrangères sur la scène libyenne, spécialement après de nombreuses preuves ont évoqué l’implication de la France aux côtés de Haftar.

Une impasse politique

Les progrès militaires successifs des forces du GNA furent appuyés par la Conférence de Berlin, organisée le 19 janvier 2020, après que le cessez-le-feu proposé à compter du 12 janvier par Moscou, fut paraphé par Fayez al-Sarraj, alors que Khalifa Haftar, en représailles à l’accord conclu entre Tripoli et Ankara, a quitté la Russie, sans signer le document.

La Conférence de Berlin avait alors réuni 5 représentants militaires de chaque partie, mais sans parvenir à un accord concret. Entre temps, Salamé n’arriva pas à dissuader les représentants diplomatiques, pour relancer les discussions politiques, ce fut l’une des raisons directes de sa démission, en plus des violations excessives du cessez-le-feu sur terrain.

Haftar multiplie les frappes contre les civiles et les zones urbaines, et le Conseil de sécurité n’a pas pu l’obliger à respecter le cessez-le-feu. Il rejeta même la proposition de la trêve humanitaire, que lui avaient faite 9 ambassades occidentales, à l’ombre de la propagation du coronavirus dans le monde.

Dans ses conditions extrêmes, le GNA a décidé de lancer l’opération militaire «Tempête de paix», le 26 mars dernier, pour repousser les attaques aériennes lancées contre les civils et tenter de ramener le calme à Tripoli.

Bien que certains observateurs estiment que «la démission de Salamé renvoie à la chute des discussions politiques», compte tenu du fait que le monde soit occupé par la crise pandémique du coronavirus, abandonnant la Libye aux conflits interminable, d’autres espèrent que «l’équilibre actuel sur terrain offre une lueur d’espoir au retour des efforts internationaux, et ouvre les portes à de possibles discussions pacifiques».

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