vendredi, octobre 23, 2020

Soudan: la défense sollicite une libération de l’ancien président sous caution

L’ancien président a plaidé non coupable, son équipe de défense juridique, composée de 96 personnes, se dit optimiste quant aux accusations de corruption.

Dans le box des accusés, le président soudanais déchu Omar el-Béchir est apparu samedi tout sourire pour la deuxième audience de son procès pour corruption devant un tribunal de Khartoum. Sa défense a tout simplement réclamé sa libération sous caution. Vêtu d’une robe blanche traditionnelle, l’ancien homme fort du pays, âgé de 75 ans, a été placé dans une cage en métal comme lors de la première audience. Le procès de l’ancien dirigeant soudanais, déposé par l’armée le 11 avril après trente ans au pouvoir, s’est ouvert le 19 août dernier. Il fait face à des accusations de « possession de devises étrangères, de corruption » et de trafic d’influence.

Des sommes d’argent impliquées

Le 19 août, un enquêteur avait affirmé qu’Omar el-Béchir avait avoué avoir reçu d’importantes sommes d’argent de l’Arabie saoudite, en espèces, à hauteur de 90 millions de dollars (80 millions d’euros). Samedi, le juge a entendu trois témoins, dont deux enquêteurs qui avaient perquisitionné sa résidence, où avaient été trouvées de grosses sommes d’argent.

De son côté, la défense a demandé la libération de l’ancien président. « Nous demandons à la cour de libérer sous caution l’accusé », a déclaré Hachem Abou Bakr, son avocat. Le juge a répondu qu’il examinerait une requête écrite dans ce sens et la prochaine audience a été fixée au 31 août. Après l’audience, alors qu’un très important convoi ramenait l’ex-président en prison, deux groupes différents ont manifesté près du tribunal, raconte l’AFP.

Des doutes quant à la justice soudanaise

L’un, composé de plusieurs dizaines de manifestants, a lancé des slogans réclamant qu’Omar Béchir ne soit pas seulement jugé pour corruption, mais aussi pour son rôle présumé dans plusieurs conflits, dont celui du Darfour. « Béchir est un assassin », « Il doit faire face à la justice », criaient des protestataires. « Béchir a commis un certain nombre de crimes pour lesquels il devrait être jugé en priorité, pas pour des sommes d’argent », a dit un manifestant.

Un autre groupe, plus petit, a lui exprimé son soutien à l’ex-président, forcé de quitter le pouvoir le 11 avril sous la pression d’immenses manifestations contre le régime. « Nous sommes venus ici pour soutenir le président légitime du pays », a indiqué Abdel Rahmane Omar, l’un des manifestants pro-Béchir.

« Ce [procès] ne doit pas être considéré comme une mesure réelle en faveur de la justice », a déclaré à Al Jazeera, Quscondy Abdulshafi, chercheur indépendant et analyste du conflit soudanais. Il a souligné qu’en septembre dernier, Omar el-Béchir avait promu des centaines de juges à des postes de haut niveau, notamment à la Haute Cour. Selon le site internet de la présidence, le nombre de juges nommés à la Cour suprême aurait été porté de 300 à 500. « Le système judiciaire est vicié », a déclaré Abdulshafi. « Les juges qui ont été nommés étaient les membres les plus fidèles du parti », a-t-il ajouté. « La question de l’indépendance de la cour (…) est forte. » Pour de nombreux analystes, le but du procès d’Omar el-Béchir est de prouver que la justice soudanaise peut régler la question et qu’il n’est pas nécessaire que des organismes internationaux interviennent. La deuxième audience du procès est intervenue alors que le pays s’est doté mercredi d’un Conseil souverain, composé de six civils et cinq militaires, chargé de mener la transition vers un pouvoir civil.

SourceLe Point

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