dimanche, janvier 24, 2021

«Sur les traces des milliards de Kadhafi», un reportage hollandais s’intéresse à l’argent libyen disparu

Courrier arabe

Un rapport médiatique diffusé par la télévision hollandaise s’est intéressé à l’argent caché par l’ancien guide libyen, Mouammar Kadhafi, rappelant que ce dernier, avant sa mort, avait envoyé des milliards de dollars en dehors de la Libye, qui sont, à ce jour, introuvables.

Intitulé, «Sur les traces des milliards de Kadhafi», le reportage est le fruit de trois ans de recherches, passées à suivre les traces des milliers de dollars autour du monde.

«Selon ses proches, Kadhafi ne comptait pas fuir la Libye, mais il avait toutefois mis en place un plan lui permettant de continuer à combattre ses opposants depuis l’étranger s’il se voyait obligé de quitter le pays», nota le reportage.

Il ajouta : «Kadhafi pensait que la guerre allait durer longtemps et estima qu’elle nécessitera beaucoup de dépenses, alors, il décida de protéger ses arrières, en envoyant l’argent qu’il a collecté pendant des années, vers des pays où plusieurs de ses amis sont au pouvoir».

La roue de secoure de Kadhafi s’est crevée

Le reportage a signalé : «Kadhafi ne faisait pas confiance aux banques internationales ni aux chèques bancaires. Il collectait les dollars américains, et lorsque la crise libyenne s’est accentuée, il a distribué l’argent un peu partout dans le monde», précisant que «l’Afrique du Sud avait à elle seul reçu 12,5 milliards de dollars».

Il a précisé : «L’argent envoyé en Afrique du Sud fut, dès son arrivée, placé dans des conteneurs et transporté vers une destination inconnue. Toutes les informations officielles sur l’arrivée d’un avion libyen privé ont été supprimées du registre de vol civil, effaçant ainsi plusieurs pistes».

Les réalisateurs de l’enquête médiatique avaient alors accusé le parti du Congrès national africain, en pouvoir en Afrique du Sud, de s’être emparé de l’argent libyen.

«Tous les indices affirment que le parti avait joué un rôle dans la disparition de l’argent», avaient-ils noté, en soulignant que «des interventions internationales étaient recommandées pour rendre l’argent au pays dont les habitants souffrent de nombreuses crises économiques».

Pourquoi avoir été attirés par l’agent de Kadhafi ?  

Lors d’une interview accordée à al-Jazeera.net, les deux réalisateurs de l’enquête médiatique, Misha Wessel et Thomas Blom, expliquent pourquoi avoir accordé cet intérêt particulier à l’argent libyen.

«L’histoire a commencé lorsque Blom était en Libye pour filmer une émission de voyage. Il avait été attiré par l’extrême pauvreté dont souffrait la population du riche pays pétrolier», avaient-ils raconté, en indiquant que «Blom, à l’époque, avait entendu parler de l’argent libyen envoyé par Kadhafi en dehors du pays, et dont personne ne connaît le sort».

«Des questions nous étaient venues à l’esprit et nous avions décidé d’enquêter nous-même pour savoir qu’en est-il devenu de tout cet argent», avaient-ils raconté.

L’enquête se lance  

L’enquête souligne que «plusieurs personnalités étrangères, ayant la plupart d’entre elles un passé assez sombre, se sont lancé à la recherche de l’agent libyen, espérant pouvoir décrocher la récompense annoncée par le gouvernement libyen depuis des années», rappelant que «Tripoli avait promis 10% de la somme, estimée à des centaines de milliers de dollars, à la personne qui pourra récupérer l’argent».

«Et c’est ici que même le gouvernement de Johannesburg, qui nie avoir reçu l’argent libyen, a commencé à mettre des pressions au parti du Congrès national africain, l’incitant à révéler le sort des milliards de Kadhafi», révèle le rapport, en soulignant le paradoxe contextuel et l’attirance aveugle de l’argent.

L’affaire est aussi dangereuse que sombre  

Les réalisateurs affirment que «l’affaire est entourée de secrets».

Ils signalent que «certains ont pu prendre des photos, sur lesquelles on pouvait clairement voir des conteneurs en bois remplis de dollars américains, arrivés au pays depuis l’étranger», indiquant que «les images furent vendues à un groupe de personnes, dont un espion serbe vivant en Afrique du Sud».

«Nous avons pu rencontrer le Serbe, mais il a été retrouvé mort, quelques jours après notre interview», racontent les réalisateurs, en notant que «le Serbe fut tué par deux hommes, retrouvés morts, à leur tour, par la police serbe qui n’a pas pu trouver de réponse aux meurtres».

Al-Jazeera.net avait demandé aux réalisateurs du reportage d’expliquer pourquoi l’affaire était entourée par autant d’obscurité, et leur réponse était : «Toutes les preuves indiquent que Jakob Zuma (le président de l’Afrique du Sud entre 2009 et 2018) est celui qui a décidé de garder l’argent», tout en indiquant que «plusieurs responsables en Afrique du Sud avaient refusé d’être filmés», et en affirmant que «toutes les autorités là-bas niaient avoir reçu de l’argent venant de Libye».

«Au point où l’on sommes, le parti du Congrès national africain doit engager une enquête transparente à ce sujet, car c’est le seul moyen qui permettra au monde de connaître la vérité», avaient-ils ajouté, bien qu’il soulignèrent : «Aujourd’hui, le plus important est de rétablir la paix en Libye. Une fois le calme installé, un comité libyen officiel pourra se diriger vers l’Afrique du Sud et proclamer l’argent qui lui revient de droit», en précisant que «Tripoli ne pouvait pas compter sur les chercheurs attirés par la récompense».

Il est à signaler que le reportage avait évoqué la profondeur des relations qui liaient historiquement Kadhafi et le parti du Congrès national africain, précisant que «l’ancien chef du parti, Nelson Mandella, avait inspiré Kadhafi pour des années, le poussant à contribuer financièrement dans des campagnes du parti, pour influencer l’opération politique au niveau régional et africain».

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