Les Vénézuéliens subissent, depuis jeudi après-midi, une panne électrique sans précédent qui paralyse le pays. Cette crise fournit un nouveau terrain de lutte entre Juan Guaido et Nicolas Maduro.

Depuis jeudi 7 mars, 16 h 50, le Venezuela est confronté à une gigantesque panne d’électricité. L’avarie provient de la centrale hydroélectrique de Gurri, dans l’État de Bolivar (sud), qui dessert environ les trois-quarts du pays.

Le courant est revenu dimanche soir dans certains quartiers de Caracas, provoquant des clameurs enthousiastes – mais à deux reprises déjà, vendredi et samedi, la joie avait été de courte durée, l’électricité ayant de nouveau disparu après un bref retour.

Selon des ONG, la panne a déjà tué au moins 15 malades dans les hôpitaux – dont très peu sont équipés de générateurs en état de marche – mais en l’absence de bilan officiel et de moyens de communications, il est impossible de savoir ce qui se passe exactement à travers le pays. Ces bilans ont été démentis dimanche après-midi par le ministre de la Santé, Carlos Alvarado, resté silencieux depuis le début de la crise. « C’est faux », a-t-il dit à la télévision – bien que peu de Vénézuéliens puissent la regarder.

« C’est l’agonie »

Alors que la panne franchissait le cap symbolique des 72 heures dimanche après-midi, le gouvernement a imposé une nouvelle journée chômée lundi aux fonctionnaires et aux écoliers. « Sur ordre du président Nicolas Maduro, les activités scolaires et le travail resteront suspendus lundi 11 mars », a annoncé le ministre de la Communication, Jorge Rodriguez, qui a également appelé « au calme », lors d’une allocution à la télévision publique.

Quelques vols ont repris à l’aéroport international de Maiquetia, où les enregistrements se font manuellement pour ceux qui partent. Mais des centaines de passagers sont bloqués depuis jeudi.

L’obscurité à la nuit tombée ajoute à l’angoisse dans cette métropole de 5 millions d’habitants, considérée comme l’une des plus dangereuses du monde. « C’est l’agonie. On s’impose un couvre-feu à partir de 17 h. On sort tôt pour acheter ce qu’on peut et on rentre vite », soupire Yadira Delgado, 49 ans, qui vit avec sa mère de 72 ans et sa fille de 16 ans.

Nouveau terrain de lutte politique

Cette nouvelle crise fournit aussi un nouveau terrain de lutte entre les deux présidents qui se disputent le pouvoir. Nicolas Maduro voit dans cette panne une nouvelle « attaque cybernétique » dans la « guerre électrique » menée selon lui par les États-Unis. Le gouvernement a affirmé qu’il fournirait à l’ONU « des preuves » de ces accusations.

Un scénario « hollywoodien », a répliqué Juan Guaido, pour qui le manque de maintenance et d’investissements dans le réseau électrique, nationalisé en 2007, sont la vraie cause de ce fiasco.

Juan Guaido et Nicolas Maduro ont organisé samedi des rassemblements rivaux à Caracas. Juan Guaido a enjoint la population à descendre dans les rues « parce que ce régime laisse mourir les Vénézuéliens » et a appelé les forces armées à cesser « de couvrir le dictateur », le président Maduro.

Privés d’aide humanitaire

Depuis jeudi, le pays est privé de lumière mais aussi d’eau et de moyens de transports et de communications. La population éprouve, par ailleurs, de plus en plus de difficultés à se ravitailler. Au moins 250 tonnes d’aide humanitaire, vivres et médicaments, principalement envoyées par les États-Unis, sont stationnées aux frontières du pays avec la Colombie et le Brésil. Le gouvernement s’est opposé le 23 février à leur entrée dans le pays en suspectant une tentative d’intervention armée déguisée des États-Unis.

La coupure est inédite par son ampleur et sa durée dans ce pays de 30 millions d’habitants, qui dispose des premières réserves mondiales de pétrole.

 

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