dimanche, septembre 19, 2021

Centrafrique : la faim plus dangereuse que le coronavirus

La pluie tombe ce jeudi matin sur le centre de re-nutrition de Begoua, en Centrafrique. Une mauvaise nouvelle pour Esther Godo, sage-femme major :  Certaines mères ne pourront pas venir.  Ce centre de la périphérie nord de Bangui soigne les enfants atteints de malnutrition, qui ralentit leur développement physique et mental.

En quatorze ans, Esther a vu de plus en plus de patients défiler au fil des ans et des crises locales, économiques ou sécuritaires. Cette année, le choc est venu de l’étranger.  Les prix ont augmenté avec le coronavirus. Les mamans ne peuvent plus acheter des légumes. D’autres ne viennent pas aux rendez-vous, à cause du prix du transport. 

Si la crise sanitaire a relativement épargné la Centrafrique, elle a engendré une crise sociale.

Le premier effet, presque immédiat, fut la hausse des prix. Le riz et la viande ont augmenté de 30 %, le haricot de 25 %. Les contrôles sanitaires à la frontière camerounaise ont ralenti l’approvisionnement de ce pays enclavé, bloquant les camions parfois plus de deux semaines, créant une tension sur les stocks. L’inflation touche même les produits non importés, comme le manioc (50 %).

S’y est ajouté un ralentissement de l’activité économique. Selon une enquête menée par le Programme alimentaire mondial (PAM) et le gouvernement, 52,2 % des ménages exerçaient un travail rémunéré fin juin, contre 77,7 % avant la crise sanitaire.

La note s’est payée dans les assiettes. En juin, 2,4 millions de personnes, soit la moitié de la population, étaient en  insécurité alimentaire sévère ou aiguë  , contre 1,9 million en septembre 2019.  Le nombre de nos bénéficiaires a augmenté de 34 %, s’inquiète Aline Rumonge, directrice adjointe du bureau du PAM, qui distribue de la nourriture. Cette fois, la zone la plus touchée est Bangui et ses alentours. 

Moins de soins à cause des mesures sanitaires

La crise sociale ne peut qu’alimenter la malnutrition, même s’il est encore trop tôt pour le mesurer précisément.

Mais l’impact du Covid est déjà pleinement ressenti dans la prise en charge, selon Théophile Basimba, spécialiste de la nutrition à l’Unicef.  Le travail des ONG a été bousculé par les restrictions. On a ralenti le rythme des soins. Environ 40 % des enfants mal nourris ont été soignés, contre 60 % habituellement à cette période. 

Les organisations ont fini par s’adapter et tentent de rattraper le retard. Quant aux prix, s’ils se sont stabilisés, ils n’ont pas retrouvé leur niveau d’avant-crise.

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