mercredi, décembre 2, 2020

France : Amnesty International dénonce « les violences policières et le musellement de la presse »

Dans une tribune publiée jeudi et s’inquiétant « du niveau alarmant atteint en France par les violences policières », l’organisation non-gouvernementale (ONG), Amnesty International a accusé le gouvernement « de se réfugier dans le déni » et de vouloir « cacher cette réalité », à travers le projet de loi de « sécurité globale », qui sera examiné du 17 au 20 novembre 2020 à l’Assemblée nationale.

Restrictions des libertés de presse et déni des violences policières

Accusant le Gouvernement français de vouloir « restreindre le droit de diffuser des images des forces de l’ordre » à travers cette mesure législative, l’ONG de défense des droits de l’homme a également averti le gouvernement face au risque de « détérioration du lien de confiance entre la police et une partie importante de population ».

Estimant que cette restriction envisagée des libertés de la presse, « contribuera à créer une culture de l’impunité et encouragera la poursuite de ces pratiques illégales » parmi les forces de l’ordre, Amnesty International a également fait état d’une « volonté de dissimulation des autorités françaises relevant du déni ».

Dans une tribune [2] publiée mardi, Cécile Coudriou, présidente d’Amnesty International France, estimait que « si une telle loi entrait en vigueur en l’état, elle constituerait une grave atteinte au droit à l’information, au respect de la vie privée, et à la liberté de réunion pacifique, trois conditions pourtant essentielles au droit à la liberté d’expression ».

Une réalité « incontestable »

« Ce sont pourtant des photos et des vidéos prises lors de contrôles ou de manifestations, attestées par d’autres preuves incontestables et diffusées par des médias ou des citoyens », lit-on dans la première phrase de la tribune notant que celles-ci « permettent de documenter et révéler les violences policières, en France comme partout dans le monde ».

L’ONG cite ensuite des exemples de faits documentés de violences policières :

« On pense bien sûr à Cédric Chouviat », explique l’ONG en référence à cet habitant de Levallois-Perret, âgé de 42 ans, mort à la suite d’une interpellation violente de plusieurs policiers, qui l’avaient étranglé et plaqué au sol, le 3 janvier 2020 à Paris.

L’autopsie avait montré qu’une asphyxie avec « fracture du larynx » à la suite d’un étranglement, était à l’origine du malaise cardiaque subi par Cédric Chouviat.

Soulignant la réalité des violences commises par des membres forces de l’ordre françaises, Amnesty International note également « toutes manifestations marquées par l’usage excessif de la force par les forces de l’ordre. »

Gilets jaunes : 25 personnes éborgnées et cinq ayant perdu une main

« Elles ne sont que quelques exemples » de cette violence policière, explique l’ONG rapportant également des résultats de sa « recherche [qui] a démontré que, ces dernières années, des manifestants pacifiques ont été blessés, certains grièvement ».

Notant qu' »Entre 2018 et 2019, 25 personnes ont été éborgnées et cinq ont perdu une main en manifestation », la tribune d’Amnesty International accuse le Gouvernement français de « refuser de prendre la mesure de la situation. »

Au cours des années 2018 et 2019, le gouvernement avait réagi avec une violence démesurée aux manifestations des « Gilets jaunes » nés de la colère sociale, suite à l’annonce d’une taxe supplémentaires sur les carburants polluants, ayant notamment mené au débat mettant en opposition la « Fin de mois » et « la fin du monde » du fait du réchauffement climatique.

La Plateforme du Conseil de l’Europe citant notamment l’exemple du journaliste de l’Agence Anadolu (AA) Mustafa Yalçin, avait également constaté, selon un rapport publié en mai, que « de nombreux journalistes [couvrant ces manifestations] ont été victimes de menaces ou d’agressions de la part des forces de l’ordre, certains ayant souffert des blessures telles que des fractures de la main, des côtes cassées et des blessures au visage ». [3]

Dans la tribune publiée jeudi, Amnesty International dénonce « Cette volonté de dissimulation des autorités françaises [qui] relève du déni. C’est une violence supplémentaire pour les victimes qui contribue à aggraver les tensions et les violences », estime encore l’ONG.

Violences physiques et propos racistes et homophobes de policiers durant le premier confinement

« Des vidéos, analysées et authentifiées par notre organisation, ont permis de révéler que durant le premier confinement, des personnes ont été frappées ou ont subi des propos racistes ou homophobes lors d’opérations de contrôle », note Amnesty International estimant que la volonté au sein du Gouvernement français de dissimuler ces violences n’est pas une solution, mais au contraire qu’elle aggrave les faits par sa complicité dans cette « dérive » :

« Plutôt que de cacher cette réalité, il faut réformer un maintien de l’ordre à la dérive », note l’ONG ajoutant que « Des LBD40 et grenades, classés [armes de guerre] sont utilisés contre des manifestants pacifiques ».

« Nous refusons de nous y habituer. Nous continuerons d’enquêter et de dénoncer l’usage illégal de la force par les forces de l’ordre », déclare Amnesty International France, soulignant sa volonté de lutter contre les violations des droits de l’homme en France.

« Il est temps que le gouvernement français prenne ses responsabilités et engage une réforme structurelle du maintien de l’ordre », note encore l’ONG arguant que « passer sous silence les violences policières n’est pas une réponse acceptable ».

Recommandations aux autorités françaises

« Cacher et se taire, c’est cautionner et permettre la répétition de ces violations », déclare l’Association de défense des droits et libertés avant de conclure par l’interjection « Stop aux violences policières et au déni de l’État ! » et une séries de « recommandations aux autorités françaises ».

« Le droit de filmer et de diffuser les images des forces de l’ordre doit être protégé en France », souligne la tribune de l’ONG rappelant que « ce droit relève de la liberté d’informer et de la liberté d’expression ».

Amnesty International met également en garde contre tout usage démesuré de la force qui « ne peut être que le dernier recours et doit dans tous les cas strictement respecter les principes de nécessité et proportionnalité ».

L’ONG recommande également au gouvernement de créer une instance neutre afin « d’enquêter sur les allégations de violences policières ».

Appelant également à en finir avec l’usage d' »armes et techniques » mettant en danger la vie des civils, notamment des manifestants, Amnesty International dénonce l’utilisation des lanceurs de balles de défense « LBD-40 » ayant blessé plusieurs personnes présentes lors des manifestations, au moins 25 d’entre elles ayant perdu l’usage d’un œil après avoir été blessées par ces balles.

Parmi les autres recommandations sur les méthodes et moyens utilisés par les forces de l’ordre françaises, l’ONG cite également l' »interdiction des grenades de désencerclement, la suspension de la technique dite du plaquage ventral, et l’interdiction de l’utilisation du Taser en « mode contact » ».

Dangers de la loi « sécurité globale »

Amnesty International souligne à travers la tribune publiée jeudi, les dangers pour les libertés fondamentales que représenterait une éventuelle adoption du projet de loi sur la « sécurité globale », qui sera examiné du 17 au 20 novembre 2020 à l’Assemblée nationale française.

L’article 24 de cette proposition de loi prévoit, par exemple, des sanctions pouvant aller jusqu’à un an de prison et 45 000 euros d’amende, pour la diffusion d’images permettant l’identification des policiers ou des gendarmes, « dans le but qu’il soit porté atteinte à [leur] intégrité physique ou psychique ».

Dans la tribune publiée mardi, l’ONG souligne, cependant, que ces images contribuent à porter les violences policières à la connaissance de l’opinion publique, et dans certaines situations, de poursuivre les auteurs de ces violences en justice.

Amnesty International annonce, enfin, sa campagne visant à « tourner en dérision ce déni des autorités françaises face à des images choquantes de violences qui n’auraient jamais dû avoir lieu et qui ne pourront plus être diffusées si la proposition de loi “sécurité globale” est adoptée. »

Dans une tribune publiée la semaine dernière, l’ONG avait accusé Gérald Darmanin, Ministre français de l’Intérieur, de « participer à la stigmatisation des musulmans ».

SourceAgences

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