dimanche, septembre 19, 2021

La Tunisie prévoie un scénario modéré et se prépare au pire, selon le ministre de la santé

Le ministre tunisien de la Santé, Abdellatif Mekki, a estimé probable que la Tunisie fera face à un scénario modéré dans sa lutte contre le Covid-19, mettant l’accent sur le fait qu’elle s’apprête, en même temps, au pire.

Dans une interview accordée à l’Agence Anadolu, Mekki a déclaré : « Il y a une accalmie concernant les cas d’infection, chose que nous avons confirmée via la première expérience d’utilisation de tests rapides (la semaine écoulée dans certaines régions). Il s’agit d’analyses qui détectent le virus dans le sang ».

La Tunisie a enregistré, depuis samedi dernier, une baisse des contaminations au virus, oscillant entre 2 et 17 contaminations.

Et Mekki de poursuivre : « La stratégie élaborée par le ministère a porté ses fruits, de même que le plan mis en place par la Présidence du gouvernement, dès lors que la Stratégie nationale de lutte contre le Covid-19 est une stratégie horizontale. Certes, le département de la Santé joue un rôle majeur. Néanmoins, plusieurs ministères, y compris, la Présidence du gouvernement, ont un rôle important dans l’exécution de cette stratégie et dans son succès».

** Une situation rassurante…mais

Cependant, Mekki est apparu peu rassuré par les statistiques. Cela ne doit pas, a-t-il dit « être interprété ou expliqué de manière erronée. Les mesures prises, les opérations de dépistage, de diagnostic des cas positifs au virus, la mise en quarantaine et le transfert des cas contaminés vers les hôpitaux ou les hôtels pour faire baisser le taux de contamination ont tous abouti à ce résultat ».

Pour étayer davantage sa pensée, le ministre a osé cette métaphore : « Lutter contre le virus ressemble à conduire un véhicule sur une route accidentée et le risque de déraper est probable à chaque instant ».

Il a estimé que ces résultats sont « provisoires et pourraient devenir permanents et constants à condition de continuer à mettre en œuvre notre Stratégie avec la rigueur et la compétence requises ».

** Un confinement ciblé

La Tunisie a décrété, depuis le 22 mars dernier, un confinement global et les frontières terrestres, maritimes et aériennes ont été fermées à l’exception des vols de rapatriement des tunisiens bloqués à l’étranger.

Le Conseil de sécurité nationale avait décidé, la semaine écoulée, de suivre une politique de confinement ciblé, consistant à permettre à certains secteurs de reprendre leurs activités économiques, tout en allégeant les mesures de confinement.

« Le confinement ciblé est destiné aux secteurs, aux catégories et aux régions, qui représentent un danger et nécessitent la poursuite du confinement,», a souligné le ministre.

Et Mekki de poursuivre : « C’est pour cela que nous n’avons pas recommandé la levée du confinement mais conseillé un confinement ciblé, c’est-à-dire focaliser l’attention sur l’application du confinement à toutes les sources de danger qui pourraient générer une deuxième vague de la pandémie ».

« Le gouvernement se doit de planifier les mesures avec exactitude et précision. Une commission interministérielle a été mise sur pied pour assurer cette planification et le citoyen doit respecter de manière ferme et intelligente les consignes et les comportements qui seront imposés, dès lors que nous ne voulons pas protéger les gens du virus tout en les livrant à la mort à cause de la famine ou pour d’autres raisons », a encore expliqué Mekki.

« La durée de la période du confinement ciblé, qui démarrera le 4 mai, n’est pas encore connue. Et tout peut être sujet à révision et nous envisageons de retourner à un confinement total si nous constatons des indicateurs de défaillance », a-t-il dit.

Il a appelé, dans ce sens, à « préserver les résultats engrangés jusqu’à maintenant, mais en même temps à autoriser aux gens et au pays de reprendre certaines de leurs occupations ».

« Des sociétés sont menacées dès lors qu’elles sont exportatrices et leurs clients réclament des produits. Il y a aussi une année scolaire et des concours nationaux qui doivent être organisés (Baccalauréat, Neuvième, Sixième) et une année universitaire devant être sauvée », a-t-il encore dit.

** Se préparer au pire

La baisse des indicateurs de la propagation du virus en Tunisie n’a pas fait que les autorités soient rassurées.

Mekki a indiqué dans ce cadre que « l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a rappelé à maintes reprises aux Etats que la lutte contre le coronavirus est une bataille de longue haleine ».

« Même la Chine n’a, jusqu’à présent, pas levé toutes les restrictions de crainte du contrecoup d’une deuxième vague. La lutte contre le Covid-19 est semblable à une course de fond », a-t-il assuré.

Il a relevé que « tout Etat qui se respecte, qui veut sauvegarder sa crédibilité et investir dans la confiance avec son peuple, se doit de se préparer au pire des scénarii, quand bien même le risque serait seulement de 1% ».

« C’est ainsi que nous avons procédé, bien que nous estimons plus probable le scénario modéré, mais nous nous apprêtons au scénario du pire. Si cela ne se produit pas, il n’y a pas de problème, les pertes ne seront que matérielles. Mais si, qu’à Dieu ne plaise, le contraire venait à se produire, sans se préparer, les pertes seront humaines et morales ».

Dans le cadre des préparatifs au pire des scénarios, Mekki a lancé : « Une commission a été installée au ministère pour établir des hôpitaux de campagne, et l’hôpital de campagne de la salle omnisports d’El Menzah (à Tunis) est l’une des premières illustrations de ses travaux. D’autres hôpitaux seront mis en place pour se préparer au scénario du pire en dépit de son improbabilité ».

** Monopole du matériel médical

De nombreux travailleurs du secteur de la santé ont exprimé leur appréhension quant au manque de fournitures médicales disponibles pour protéger le personnel de santé qui traite les patients atteints du Covid-19.

Néanmoins, Mekki a souligné que les craintes « se sont dissipées…. Nous avons fait de nombreux achats qui nous parviennent successivement et avec une fréquence régulière. La question qui se pose actuellement est l’utilisation optimale de ce matériel conformément à des normes médicales, afin d’éviter toute dilapidation de deniers ».

Pour couper court à toute éventuelle tendance monopolistique, Mekki a relevé que « Le marché tunisien de ces produits, a été monopolisé par l’Etat. Ce matériel est acquis par la Pharmacie centrale (publique) et est distribué dans des canaux officiels par le ministère aux secteurs, public et privé ».

Et Mekki de poursuivre que l’Etat s’est employé à « ne pas transformer la lutte contre la pandémie, particulièrement, l’acquisition des fournitures, en une affaire lucrative et commerciale. D’abord, par crainte pour l’efficacité de la stratégie de lutte, dès lors que le test rapide lorsqu’il n’est pas utilisé de manière médicale peut générer de faux espoirs au citoyen qu’il est protégé contre le coronavirus, alors que la lecture des événements n’a pas été rigoureuse. Ensuite, pour prévenir l’exploitation ».

** Lacunes de la carte sanitaire

Mekki a indiqué que son département a lancé, parallèlement à la lutte contre la pandémie, une réflexion sur des questions stratégiques relatives au système tunisien de santé. Cependant, cette action n’a pas été suffisamment annoncée».

Les autorités tunisiennes ont été contraintes à transporter des patients atteints du Covid-19 depuis les régions de l’intérieur du pays, ne disposant pas d’établissements médicaux aptes à accueillir les malades, vers les zones côtières (est) mieux équipées en établissements hospitaliers. Les personnes malades ont parfois dû parcourir des centaines de kilomètres.

Abondant dans ce sens, Mekki a ajouté : « Une action a été engagée dans la sérénité au sein du ministère pour ouvrir les dossiers stratégiques. Cette action prendra de l’ampleur, après la fin de la vague du coronavirus même si cette crise persistera et que nous serons amenés à cohabiter avec elle et à lutter contre ».

Le ministre a ajouté : « Nous accorderons aux autres dossiers de réforme l’importance requise. Parmi les avantages de la pandémie du Covid-19, c’est qu’elle a montré que le secteur de la santé est un secteur stratégique qui souffre, et qui doit bénéficier de l’attention nécessaire, pas seulement en termes de financement mais aussi en termes de réforme, et de développement des systèmes d’offre des prestations de santé, voire même en termes de développement des concepts de santé ».

** De nouvelles politiques internationales

S’agissant de la politique internationale dans le domaine de la lutte contre le COVID-19, le ministre a déclaré : « Lors du début de la lutte contre la crise, le monde était comme assommé, et a oublié que nous appartenons tous à la même Humanité. Chaque pays s’est recroquevillé et s’est occupé de ses propres affaires nationales, mais un réveil s’est produit et les contacts et autres concertations et liens ont été réactivés ».

Il a ajouté dans ce sens : « En dépit de l’instabilité de l’approvisionnement du marché des équipements médicaux, notamment, le matériel de laboratoire, le monde s’est finalement ressaisi et les contacts ont repris ».

Mekki a formulé l’espoir de voir « les évènements qui ont émaillé cette pandémie jeter les fondements d’une nouvelle vision mondiale à même de promouvoir les politiques pacifiques dans la planète ».

Il a estimé que ce « virus représente une sorte de menace biologique. C’est un virus naturel mais il nous donne une idée sur ce que peuvent causer les armes biologiques et autres risques existants, tels que les problèmes environnementaux et les armes nucléaires ».

Mekki a appelé à adopter des « politiques internationales pour assurer le monde contre ces risques stratégiques, politiques qui seront à même de faire baisser les tensions et de réduire la négligence concernant les questions environnementales, l’objectif étant de parvenir à un monde plus sûr et à des politiques génératrices de sécurité dans un cadre de solidarité internationale ».

La Tunisie a déploré (bilan du dimanche soir), 38 décès dus au Covid-19 sur les 949 contaminations confirmées, dont 216 personnes se sont rétablies.

Lundi soir, le coronavirus avait infecté plus de 3 043 000 personnes dans le monde, dont plus de 210 000 sont décédées, tandis que plus de 915 000 se sont rétablies, selon le site « Worldometer ».

SourceAgences

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