samedi, mai 8, 2021

Les Syriens dans les prisons libanaises vivent l’enfer, affirme Amnesty International

Courrier arabe

Amnesty International a déclaré que «les forces de l’ordre au Liban utilisaient des méthodes de torture pires que celles utilisées dans les prisons secrètes en Syrie, pour obliger les réfugiés syriens interpellés arbitrairement, à reconnaître des faits qu’ils n’ont pas commis».

Intitulé «J’ai tellement souhaité mourir… Des réfugiés syriens détenus arbitrairement pour des crimes de terrorisme et torturés au Liban», le rapport publié mardi dernier par Amnesty, a signalé que «26 réfugiés syriens, interpellés entre 2014 et 2021»

«Parmi les 26 victimes ayant parlé des violations qu’ils ont subis durant leur détention, dans les prisons libanaises, nous avons signalé 4 enfants (âgés entre 15 et 16 ans), et 6 autres hommes toujours en détention», nota Amnesty.

La torture au menu quotidien

«La plupart du temps, les Syriens furent interpellés arbitrairement. Les 26 cas que nous avions sollicités, affirmèrent tous avoir été torturés, soit lors de la détention ou lors de l’interrogation», indiqua le rapport.

Il ajouta : «Selon eux, la torture se poursuivait et se répétait dans le bureaux des renseignements militaires, ou dans le bureau de la sécurité général à Beyrouth, ou dans les locaux affiliés au ministère de la Défense».

«Les témoins racontent que pour les torturer, leur bourreaux les frappaient avec des barres en fer, des câbles électriques, et des tuyaux en plastique», avait-il signalé, en précisant : «Certains ont raconté avoir été suspendus à l’envers, ou qu’ils furent obligés à prendre des positions fatigantes pendant des périodes prolongées».

«Le tapis volant (la personne est attachée à une planche pliable), le fantôme (la personne est suspendue depuis les poignets et subis les coups), le planco (la personne est suspendue pour de longues périodes et ses poignets sont attachés derrière le dos), sont des méthodes dont les victimes déclarent avoir subis», indiqua le rapport.

Témoignages choquants

Bassil, une des victimes, a raconté : «Après avoir été transféré à la prison al-Rayhania, je fus violemment frappé tous les jours, mes blessures se sont infectées… On m’a frappé le dos avec des tuyaux ramenés des douches, et les blessures se sont dégradées et des parasites sont parus à l’intérieur».

Un autre a raconté qu’un officier libanais l’avait frappé au niveau des membres génitaux au point qu’il avait uriné du sang pendant plusieurs jours.

«En me frappant, l’officier disait : «Je te frappa ainsi pour que tu n’aies plus d’enfants qui polluent le monde»», avait-il dit.

Quatre hommes ont raconté avoir été violemment frappés à en perdre conscience, et deux d’entre eux ont déclaré avoir perdu des dents, suite aux coups qu’ils avaient reçu.

Ahmad, accusé de faire partie à un groupe armé syrien, raconté à son tour, avoir été attaché à l’envers suspendu depuis le toit.

«Je souhaité qu’il me frappe à la tête pour que je meurs», avait-il confié.

Karim, journaliste fut détenu pour 8 jours, au bureau de l’ordre public à Beyrouth, raconte : «Les enquêteurs m’ont demandé si je voulais soutenir le président syrien, Bachar al-Assad, et lorsque j’ai dit non, ils m’ont frappé violemment».

Un autre a raconté : «J’ai passé 3 jours et 3 nuits debout dans un couloir, les mains attachées et les yeux bandés. On les suppliait pour aller aux toilettes et pour nous donner une gorgée d’eau».

«On nous donnait à manger une fois par jour, et des gardes nous surveillaient pour qu’on reste debout et qu’on ne dorme pas, et si l’un de nous tentait de le faire on intervenait de force pour l’empêcher», avait-il détaillé.

Aussi, deux femmes ont signalé avoir été victimes de tentation d’agression sexuelle et indiquent avoir été obligées l’une à voir la torture de son fils et l’autre à voir celle de son mari.

Sous la torture et la menace, 14 détenus ont reconnu des faits qu’ils n’ont pas commis

Amnesty signale que «les victimes furent privées de procès équitable» et affirme que «les procès de nombreux d’entre eux s’étaientt basés sur les aveux soutirés sous la torture».

«Au moins 14 ont raconté, que sous la torture et la menace, ils avaient dû avouer des faits qu’ils n’avaient pas commis», nota le rapport.

«Nous avons enregistré 23 cas transférés vers un tribunal militaire, alors que les accusés sont des civils, et dans 3 cas, le juge ordonna le refoulement des accusés vers la Syrie», avait noté Amnesty, en dénonçant «la violation des lois internationales».

L’appel d’Amnesty

À la fin de son rapport, Amnesty signala que «les réfugiés syriens, qui avaient fui la guerre, la tyrannie, et la torture en Syrie, se sont regrettablement trouvés au Liban, vivant la même situation».

«Les membres des groupes armés doivent être interrogés pour leurs actes, mais la violation commises sont intolérables », avait-elle expliqué.

Elle signala que «Liban avait lancé, en 2017, une loi pour lutter contre la torture mais Beyrouth a négligé son application», appelant «les autorités libanaises à entreprendre son application, à penser à des mesures au sujet des déclarations de torture, et à juger les responsables des crimes».

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