jeudi, novembre 26, 2020

Que vont devenir les œuvres de Notre-Dame après avoir échappé aux flammes?

Courrier arabe

Une partie du patrimoine français a été brûlée lors de l’incendie de Notre-Dame de Paris : la charpente de la cathédrale, nommée « la forêt », est partie en fumée, lundi 15 avril. La flèche de l’édifice s’est écroulée, comme le montrent les images qui ont fait le tour du monde. Mais Notre-Dame abritait également de nombreuses œuvres. Certaines d’entre elles ont été évacuées, dès lundi soir, alors que la cathédrale était ravagée par les flammes.

Laurent Prades, régisseur de Notre-Dame de Paris, a réussi à en évacuer plusieurs avec l’aide des pompiers. Dans un premier temps, elles ont été stockées à l’hôtel de ville de Paris, qui se trouve à seulement quelques centaines de mètres de là. Contactée par franceinfo, la mairie de Paris précise que cette « solution de protection d’urgence » n’a concerné qu’une « trentaine de pièces ».

Parmi ces pièces, des éléments du trésor de la cathédrale, autrement dit des reliques historiques et religieuses uniques, comme la tunique du roi Saint Louis et la Sainte Couronne d’épines. Cette dernière, « ramenée de Constantinople par Saint Louis en 1239, est, sans doute, la plus précieuse et la plus vénérée » des reliques de Notre-Dame, explique l’Eglise catholique française sur son site. De quoi s’agit-il ? Selon l’apôtre Jean, les soldats romains se sont moqués du Christ avant sa crucifixion et l’ont coiffé d’une couronne garnie d’épines. Plusieurs siècles plus tard, cette couronne a été récupérée par les Byzantins et, lors des croisades, a fini par être acquise par Baudoin II de Courtenay. Qui l’a ensuite vendu à Saint Louis, lequel l’a donc ramenée à Paris. Jusqu’à nos jours, chaque premier vendredi du mois, la couronne d’épines est présentée aux fidèles catholiques pour être vénérée.

Des œuvres « imbibées d’eau »

Le principal défi qui attend les restaurateurs est de faire face à l’humidité et à l’eau utilisée par les pompiers pour éteindre l’incendie. Les œuvres concernées sont principalement des éléments qui n’ont pas pu être déplacés lundi soir. Les stalles (les rangées de sièges), par exemple, sont imbibées d’eau, a indiqué sur Europe 1 Laurent Prades, régisseur du patrimoine de Notre-Dame, mercredi. « Tous les grands tableaux (…) sont sauvés et n’ont pas reçu d’eau, bien qu’ils se soient trouvés dans une ambiance humide », a-t-il ajouté. Ces toiles, les « Mays » (qui datent du XVIIe siècle), ont été retirées de la nef et des chapelles qui l’entourent, vendredi.

Les problèmes causés par l’eau ne sont pas moins redoutables que ceux causés par les flammes. « C’est à peu près la même chose », estime auprès de france info Anthony Pamart, chercheur du CNRS au laboratoire Modèles et simulations pour l’architecture et le patrimoine, spécialiste de la dégradation des œuvres. « Le feu va détruire, et en général de façon irrémédiable, le bois. Après, cela varie en fonction du support, mais l’eau va modifier le support et modifier la couche picturale. Donc si le support bouge, la peinture peut bouger aussi », poursuit-il.

Sans compter que, lors d’un incendie, avec la hausse de la température « et l’acidification de l’air, il peut arriver notamment que les vernis de certaines œuvres réagissent chimiquement et présentent des dégradations », relève GM Consultant, société d’expertise et de conseil indépendante spécialisée dans la gestion de sinistres complexes.

Autres ennemis : la suie, la fumée, les moisissures

Ainsi, la restauration des « Mays » s’annonce longue. Il va d’abord falloir les faire sécher. Pour cela, les toiles « vont sans doute être transportées dans un endroit où le climat sera contrôlé d’une manière très stricte parce qu’il ne faut pas que les toiles sèchent trop vite non plus », explique à franceinfo Gabriela Szatanik, restauratrice du patrimoine habilitée par la direction des Musées de France. « On va ramener l’hygrométrie du tableau à environ 50% d’humidité relative, ce qui est à peu près la norme », précise-t-elle. « Il faut que ça sèche lentement et sous surveillance », insiste-t-elle car il faut suivre, pendant cette étape, l’éventuel développement de moisissures et le possible soulèvement d’écailles de peinture.

Les toiles ont probablement aussi été victimes de la fumée et de la suie. « Le problème de la suie, c’est qu’elle s’incruste profondément dans les tableaux. Mais a priori, ce sont des tableaux classiques qui sont vernis. Or le vernis constitue une première protection », commente Gabriela Szatanik. Décrasser une toile réclame précaution et minutie. « Il faut faire plein de tests pour voir ce qui va être le moins dangereux pour la toile et le plus efficace. Mais, classiquement, on utilise une solution aqueuse avec des petits cotons, des petites éponges microporeuses, des compresses », détaille la spécialiste qui a déjà restauré des toiles victimes d’un incendie.

Pour Gabriela Szatanik, tout ce travail va nécessiter de longs mois. Mais rien ne presse, au vu du chantier pharaonique de Notre-Dame, qui va prendre plusieurs années.

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