vendredi, novembre 27, 2020

Ramadan en Turquie : Les traditions turques qui ne vieillissent pas

ISTANBUL, Turquie – Pendant un mois entier, la plupart des rues et ruelles de chaque village, ville et métropole à travers la Turquie s’emplissent du bruit sourd des battements de tambour à l’heure la plus noire de la nuit.

Ce mois-ci se déroule le Ramadan, au cours duquel les versets du Coran auraient été révélés au prophète Mohammed. Entre autres choses, les musulmans doivent éviter les aliments et les boissons de l’aube jusqu’au crépuscule pendant le Ramadan.

Autour de 2 heures du matin chaque nuit, Mehmet Sezgin, un étudiant de 20 ans, descend dans les rues tout comme ses homologues batteurs à travers le pays pour alerter les musulmans pratiquants que la lumière se lèvera bientôt et qu’il est temps de se préparer et de consommer un repas avant l’aube, le suhur.

La tradition des batteurs qui descendent dans les rues – bien qu’encore fort présente en Anatolie rurale – est aujourd’hui très décriée et en voie de disparition dans les zones urbaines. Ses détracteurs affirment que c’est une tradition obsolète à l’ère des réveils et des smartphones, tandis que d’autres la décrivent comme une nuisance perturbant le sommeil des malades et de ceux qui ne souhaitent pas se réveiller. D’autres affirment qu’il s’agit tout simplement d’un moyen de harceler les gens pour l’argent.

Sezgin a repris les tambours du Ramadan cette année après que le batteur de son village de Zekeriyaköy, sur les franges les plus au nord d’Istanbul, a décidé de partir à la retraite, quittant à la fois son travail et sa fonction de tambour l’année dernière.

Sezgin bénéficie du soutien total de ses camarades qui l’accompagnent tandis qu’il déambule à travers le village en frappant sur son tambour. Les villageois, aussi, semblent joyeux lorsqu’ils apparaissent à la fenêtre et l’encouragent au moment où il passe.

« Il est bon de garder vivantes ces traditions. Cela ne fait pas de mal et procure un peu de plaisir à nous tous », affirme-t-il.

De l’autre côté de la ville, Osman Avci et Enver Kaya se réveillent aux battements d’un autre batteur. Le repas de suhur avant l’aube est susceptible d’être le seul repas par jour qu’ils partageront avec les membres de leur famille pendant la plupart du Ramadan. Ce sera probablement aussi le seul repas qu’ils ne prépareront pas eux-mêmes pendant tout le Ramadan.

Ils sont tous deux chefs dans une entreprise de restauration qui a été chargée par la municipalité du district de Sarıyer à Istanbul de fournir le repas suivant le crépuscule – l’iftar – qui marque la fin de la journée de jeûne.

Bien qu’il n’y ait pas de règles absolues, il est devenu courant dans les grandes villes comme Istanbul que les municipalités locales organisent d’énormes événements communaux pour l’iftar. La municipalité de Sarıyer a adopté l’idée d’accueillir le repas de l’iftar communal dans un autre quartier du district tous les soirs afin de permettre à plus de gens d’y assister.

Avci et Kaya sont tenus de veiller à ce qu’entre 700 et 1 500 personnes aient un repas composé de trois plats à chaque iftar dans un endroit différent.

Certaines choses ne changent jamais

Contrairement aux batteurs du Ramadan, le changement a touché les missions professionnelles d’Avci et Kaya avant même qu’ils aient commencé leur carrière. La règlementation rigoureuse sur la santé et l’assainissement signifie que, aujourd’hui, seules les grandes entreprises de restauration peuvent répondre aux normes requises pour la fourniture de repas à un grand nombre de personnes.

Ce qui n’a pas changé cependant, ce sont les étés à Istanbul et le climat dans toutes les cuisines. Les étés à Istanbul sont connus pour leurs conditions étouffantes. La température peut atteindre un agréable 28-30 degrés Celsius, mais avec un taux d’humidité d’environ 75 %, l’atmosphère devient très lourde et collante.

Ajoutez le fait d’avoir à passer la journée dans une cuisine – où ces sensations désagréables sont multipliées en raison de la vapeur et de la chaleur générée par la cuisson de plats pour environ 1 000 personnes – pendant un jeûne de plus de 17 heures, et Avci et Kaya pourraient être pardonnés s’ils fermaient la cuisine et prenaient leur congé annuel pendant le Ramadan.

Ajoutez le fait d’avoir à passer la journée dans une cuisine – où ces sensations désagréables sont multipliées en raison de la vapeur et de la chaleur générée par la cuisson de plats pour environ 1 000 personnes – pendant un jeûne de plus de 17 heures, et Avci et Kaya pourraient être pardonnés s’ils fermaient la cuisine et prenaient leur congé annuel pendant le Ramadan.

« Le Ramadan vise à apprendre l’empathie envers ceux qui sont moins fortunés que nous. Quel serait le but si on passait toute la journée à dormir pendant le jeûne », affirme Avci. « Après seize ans dans la cuisine, on s’habitue aux conditions, mais effectivement quand le Ramadan est en été, la soif devient un problème vers la fin de la journée. »

Cependant, il ajoute : « Mais le repas de l’iftar est celui que j’aime préparer. Tout ce que je dois faire, c’est penser que je prépare le repas qui va nourrir une personne pauvre et affamée et tout mon malaise disparaît. »

Mettre la table pour l’iftar communal

Pendant que les chefs peinent dans la cuisine, un groupe de personnes travaille dur pour installer les tables et faire les préparatifs pour l’iftar de ce soir, sous la lumière crue du soleil.

L’idée de la municipalité de Sarıyer d’organiser l’iftar communal dans un quartier différent chaque soir signifie que les tables et les sièges doivent être installés à nouveau chaque jour, en tenant compte du type et de la quantité d’espace disponible.

Firdevs Aydin, directeur adjoint au département d’aide sociale de la municipalité de Sarıyer, est chargé d’organiser ces iftars et se déplace chaque soir pour effectuer une vérification finale et voir si tout est prêt et en ordre.

« Il faut nourrir des milliers de personnes et tout doit être en place. Ce serait une catastrophe si les gens tombaient malades à cause d’aliments mal préparés ou de vaisselle et couverts sales », explique Aydin. « C’est un mois stressant pour moi. Les responsabilités sont énormes, mais sur le plan spirituel, c’est très inspirant. Ce n’est même pas quelque chose de religieux en ce sens. C’est un engagement avec notre communauté immédiate. »

Une heure environ avant que le muezzin chante l’appel à la prière et signale la fin du jeûne, les invités du jour commencent à arriver. Avci et Kaya passent à la vitesse supérieure, donnant les instructions sur les détails du service et supervisant la distribution de la nourriture.

Un peu plus tard, alors que le soleil commence à disparaître sous l’horizon, les chefs et leur personnel commencent à verser la soupe dans des bols. Un calme paisible se fait, comme si tout le monde était plongé dans un moment de réflexion spirituelle. Un derviche monte sur scène et commence à tournoyer au son de la musique soufie, renforçant l’atmosphère spirituelle.

Lorsque l’appel à la prière retentit, Sezgin le batteur, Avci et Kaya les chefs, Aydın le fonctionnaire municipal, tout le personnel impliqué dans la préparation du repas de l’iftar et des centaines d’autres du quartier – riches et pauvres, jeunes et vieux – partagent l’iftar dans la camaraderie et l’harmonie.

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