jeudi, décembre 8, 2022

Afghanistan : Coup de froid sur la stratégie américaine de négociation avec les talibans

Les insurgés ont annulé une rencontre interafghane et accepté une réunion sous égide russe.

Au sein de la diplomatie américaine, c’est la douche froide. Le processus de paix afghan, sur lequel elle avait la haute main, vient de connaître un sérieux coup d’arrêt. Zalmay Khalilzad, le négociateur nommé en septembre 2018 par Donald Trump pour négocier directement avec les talibans, pensait probablement avoir fait le plus dur en leur faisant accepter le principe d’une rencontre à Doha, au Qatar, du 19 au 21 avril, avec des représentants de la scène politique afghane et du gouvernement de Kaboul. Mais, au dernier moment, l’événement a été annulé. L’ambassadeur Khalilzad a dû se contenter, pour relancer les discussions entre pouvoir afghan et taliban, d’une réunion organisée par Moscou, jeudi 25 avril, en présence également de responsables chinois.

C’est la feuille de route américaine pour l’Afghanistan qui se trouve remise en cause. Les rencontres de Doha entre les Etats-Unis et les talibans avaient permis des avancées, notamment sur l’engagement des insurgés à refuser sur leur sol tout groupe djihadiste, et côté américain, la volonté réaffirmée de quitter le pays. Elles avaient fait naître, à Washington, l’espoir de voir annoncé avant l’été un cessez-le-feu, qui aurait véritablement lancé la réconciliation nationale. Un vœu aujourd’hui compromis.

Officiellement, la rencontre a achoppé sur la composition de la délégation : 250 délégués, un chiffre jugé excessif par les insurgés. Dans un communiqué, le 17 avril, leur porte-parole, Zabihullah Mujahid, s’était exclamé : «Cette conférence n’est pas une invitation à un mariage ou à une fête dans un hôtel de Kaboul». Les talibans déploraient que certains officiels prévoient de s’y rendre uniquement à «titre personnel». Dans l’entourage du président afghan, Ashraf Ghani, on indique que la responsabilité de l’annulation de la rencontre incombe aux autorités de Doha qui ont voulu réduire la liste, ce qui aurait porté atteinte à la représentativité de la délégation.

« Vice-roi d’Afghanistan »

Pour expliquer cet échec, les hôtes qataris et les Américains, les grands perdants de ce rendez-vous raté, hésitent entre la maladresse et l’acte délibéré. Mais selon les observateurs internationaux, à Kaboul, ce sont les talibans qui paraissent plus que jamais maîtres du temps. Moins pressés que les Américains, ils maintiennent la pression militaire sur un régime afghan en difficulté sur le terrain. Le 19 avril, alors qu’ils s’apprêtaient à discuter, les talibans revendiquaient encore des attaques dans l’est du pays et au cœur de la capitale. Le 12 avril, ils avaient annoncé le lancement de leur offensive annuelle de printemps qui marque le début de la « saison des combats », même si ceux-ci se poursuivent aussi l’hiver.

Cet échec diplomatique américain a aussi pour conséquence de remettre en selle le chef de l’Etat afghan, marginalisé depuis le début des négociations exclusives entre les Etats-Unis et les talibans. Les progrès des pourparlers de paix de Doha ne cessaient de l’affaiblir et l’excluaient d’un avenir qui se décidait sans lui. L’amertume envers Washington a été formulée si vivement par Hamdullah Mohib, son conseiller à la sécurité nationale, mi-mars, aux Etats-Unis, qu’il avait été invité à quitter le pays dès le lendemain, selon nos informations. «La transparence n’est pas suffisante (…), nous sommes les derniers à être tenus au courant», avait-il déploré ouvertement avant d’accuser M. Khalilzad, né afghan, de vouloir devenir «le vice-roi d’Afghanistan». Les diplomates américains refusent, désormais, de participer aux réunions en sa présence.

La rencontre avortée de Doha coïncide, enfin, avec l’avis rendu le 20 avril par la Cour suprême afghane, prolongeant le mandat du président Ghani, prévu pour s’achever le 22 mai, jusqu’à la tenue de l’élection présidentielle, le 28 septembre. Le scrutin présidentiel a été repoussé à deux reprises en raison de difficultés d’organisation. Le président pourrait tirer profit de cette décision pour reprendre la main politiquement à la faveur de la convocation, entre le 29 avril et le 4 mai, d’une grande «jirga» – un rassemblement de sages des tribus afghanes – destinée à préparer une négociation directe avec les talibans. De quoi encore compliquer la stratégie américaine.

SourceLe Monde

Dernières infos

Un ministre israélien appelle à retirer l’accréditation des journalistes d’Al-Jazeera

Le ministre israélien des finances, Avigdor Lieberman, a appelé,...

Le président des Emirats arrive au Qatar pour une visite officielle

Le président émirati, cheikh Mohammed bin Zayed Al Nahyan,...

Le président israélien arrive à Bahreïn pour une visite d’État

Le président israélien Isaac Herzog est arrivé, dimanche, dans...

La France dévoile un nouveau plan de lutte contre les trafics de tabac

Le ministre des Comptes publics, Gabriel Attal, a dévoilé,...

À ne pas rater

Le président des Emirats arrive au Qatar pour une visite officielle

Le président émirati, cheikh Mohammed bin Zayed Al Nahyan,...

Le président israélien en visite à Bahreïn et aux Émirats arabes unis en décembre prochain

Le président israélien Isaac Herzog se rendra au royaume...

Netanyahu : « Mohammed bin Zayed m’a invité à visiter Abu Dhabi »

L'ancien Premier ministre israélien, vainqueur des dernières élections législatives...

Le président des Émirats arabes unis en visite en Russie mardi

Le président des Émirats arabes unis (EAU), Cheikh Mohamed...

La France dévoile un nouveau plan de lutte contre les trafics de tabac

Le ministre des Comptes publics, Gabriel Attal, a dévoilé, dimanche, le contenu du plan du gouvernement sur les trafics de cigarettes, dans une interview...

L’Allemagne appelle à une solution diplomatique en Ukraine

Le Chancelier allemand Olaf Scholz a appelé vendredi à une "solution diplomatique" pour mettre fin à la guerre en Ukraine. C'est ce qu'a affirmé le...

Argentine: manifestations à l’occasion de la Journée internationale de solidarité avec le peuple palestinien

Une manifestation a été organisée, jeudi, à l'occasion de la Journée internationale de solidarité avec le peuple palestinien, dans la capitale argentine, Buenos Aires. Elle...

États-Unis : Biden accueille Macron à la Maison Blanche

Le président des États-Unis, Joe Biden, a accueilli, ce jeudi, son homologue français, Emmanuel Macron, à la Maison Blanche. Au cours d'une cérémonie solennelle qui...

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here