Les Algériens réitèrent leur refus du dialogue avec « la bande » et menacent à nouveau d’une désobéissance civile

Courrier arabe

Des dizaines de milliers de manifestants à Alger ainsi que dans de nombreuses villes du pays ont réaffirmé ce vendredi leur rejet du dialogue avec les symboles du système en place qu’ils désignent par le terme de « la bande ».

Cette marche hebdomadaire intervient suite à un nouveau discours du chef d’état-major de l’armée Ahmed Gaïd Salah dans lequel il a considéré que « les revendications fondamentales du peuple ont été entièrement réalisées », ajoutant que tout ce qui reste à faire est « d’aller vers une élection présidentielle et de prendre les mesures nécessaires à sa réussite ».

Gaïd Salah a qualifié ceux qui refusent le dialogue de « groupes infimes ayant un lien avec la bande » en les accusant de s’accrocher à « des revendications irraisonnables et obsolètes ».

Toutefois, les Algériens ont répondu sévèrement à ce discours en scandant à nouveau des slogans hostiles au chef d’état-major tels que: « Gaïd Salah dégage! » et « El Gaïd veut sauver le régime, le peuple veut sauver le pays ». Le coordinateur du panel de dialogue à son tour a été fustigé par les manifestants qui criaient: « Karim Youness à la poubelle ! »

En dépit du vaste rejet populaire de cette initiative, le panel de dialogue et de médiation a tenu mercredi dernier sa première rencontre avec des « acteurs du Hirak ». Ce panel a renoncé définitivement aux préalables qu’il avait fixé au début après le refus par Gaïd Salah de toutes les conditions d’apaisement dont la libération des détenus du Hirak et l’ouverture du champs médiatique et politique.

La plupart des chaînes de télévision publics et privées maintiennent le black-out sur les manifestations. De plus, deux sites d’actualités ont été censurés en Algérie. Il s’agit de TSA et Interlignes.

Par ailleurs, les manifestants ont appelé de nouveau à libérer les détenus d’opinion qui ont été arrêtés pour avoir brandi le drapeau amazigh. Ils ont scandé: « voleurs, libérez nos enfants pour qu’ils puissent passer la fête de l’Aïd avec nous » et « Libérez Bouregâa ».

Ce dernier, un ancien combattant de la révolution et un commandant de la wilaya IV historique a été arrêté après avoir déclaré que le pouvoir « a déjà le nom du futur président » et « qu’il cherche un moyen pour le légitimer ».

À la veille de la marche, l’ancien ministre de la défense Khaled Nezzar visé par un mandat d’arrêt international a déclaré la guerre contre l’actuel chef d’état-major de l’armée en publiant une vidéo sur Youtube dans laquelle il a appelé les militaires à « évincer par les moyens pacifiques les apprentis sorciers ». Un appel qui a été interprété par certains comme une invitation implicite à un soulèvement contre le commandement de l’armée à sa tête Gaïd Salah.

Le général major retraité vivant dans son exil espagnol avait déjà lancé des attaques contre Gaïd Salah sur Twitter. À la suite de cette vidéo, l’accès à Youtube a été bloqué durant la soirée de jeudi dernier selon l’organisation NetBlocks, chargée de surveiller la liberté d’expression sur internet.

Comme les semaines précédentes, les forces de répression policières ont été déployées intensivement dès l’aube sur Alger tout le long des grandes avenues telles que Didouche Mourad, Pasteur, Hassiba Ben Bouali, Al Akid Amirouche, Place Audin et aux alentours de la Grande-Poste en plus des policiers civils infiltrés au milieu protestataires.

Malgré la chaleur extrême qui a dépassé dans certaines régions du pays la barre des 40°, le Hirak est loin d’être essoufflé et les Algériens ont montré leur détermination d’aller jusqu’au bout de leur révolution pacifique.

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