lundi, novembre 30, 2020

Burkina : des manifestations contre la présence des troupes étrangères au Sahel

Nouveau massacre dans le nord du Burkina Faso, cette fois-ci dans la mosquée de Salmossi, éloignée d’à peine une vingtaine de kilomètres de la grande ville de Gorom-Gorom et, comme au Mali, manifestation dans la capitale pour « dénoncer le terrorisme et la présence de bases militaires en Afrique ». Des revendications qui ne sont pas unanimes, mais qui gagnent peu à peu les esprits des gens, déboussolés et terrorisés par ces attaques désormais quasi quotidiennes dans le pays.

Une spirale de violences

À la nuit tombée, des individus armés sont rentrés dans la mosquée en tirant sur les fidèles en train de prier. Depuis, la population a fui la localité malgré l’arrivée des militaires. Une attaque non revendiquée dans l’immédiat, mais qui a provoqué des réactions à Ouagadougou où les habitants s’insurgent contre le gouvernement et l’incapacité des autorités à juguler les groupes terroristes, qui se sont déjà attaqués par le passé à des imams. À l’occasion des « journées anti-impérialistes », une dizaine d’organisations de la société civile rejointes par des représentants venus de France, du Ghana et du Niger se sont rassemblées le 12 octobre devant la Bourse du travail, à la suite de l’interdiction de manifester en ville. Leur revendication est unanime : ils réclament départ des forces étrangères du continent africain. En premier lieu du Burkina Faso. « Armée française hors du Burkina Faso », ont scandé les manifestants. Pour eux, « le terrorisme est devenu le prétexte idéal pour l’installation de bases militaires étrangères dans nos pays ». « Les armées française, américaine, canadienne, allemande et autres ont pris pied dans la sous-région pour, disent-elles, combattre le terrorisme. Et malgré cette présence massive des plus grandes armées du monde, les groupes terroristes continuent à sévir et montent en puissance », a lancé le porte-parole des organisations civiles. «  Il faut donc se méfier de ces pyromanes nocturnes qui, dès le lever du jour, se transforment subitement en pompiers. »

Logique djihadiste

Un raisonnement qui fait paradoxalement son chemin au Sahel, pourtant première victime des groupes terroristes. Après avoir monté les communautés entre elles, Dogons contre Peuls, désigné les chrétiens en perpétrant des meurtres dans des églises de brousse, les djihadistes massacrent désormais des fidèles musulmans pour retourner l’opinion contre la présence d’armées étrangères qui seraient à l’origine de ces crimes. En creux, leur départ ferait cesser la violence, inutile en effet lorsque les djihadistes arrivés au pouvoir gouverneraient en imposant la charia. Un raisonnement semblable a cours en Afghanistan, ou dans les nombreux endroits isolés de province, les villageois préfèrent les talibans à la présence américaine, déjà pour vivre en paix après dix-sept années de guerre.

«  Pyromanes pompiers »

Au Burkina Faso, on n’en est pas là. Mais depuis l’assassinat de Thomas Sankara, la France est soupçonnée d’être impliquée dans ce coup d’État. Les militants « progressistes » qui n’osaient pas manifester sous Blaise Compaoré descendent maintenant dans la rue. « Les bases militaires étrangères sont la perpétuation des politiques impérialistes », affirmait, après la tuerie dans la mosquée, le président du mouvement burkinabé des droits de l’homme et des peuples. Pour les organisateurs de ce rassemblement, la présence de ces forces ne vise qu’à « renforcer la domination des ex-puissances coloniales et le pillage des ressources naturelles » de leurs pays. Un vocabulaire révolutionnaire suranné mais qui instille le doute sur le bien-fondé de la présence de soldats étrangers dans la région. « Leur seul objectif : exploiter les ressources telles que l’uranium, le gaz, le pétrole, l’or, le diamant, entre autres », a affirmé le président de l’Organisation démocratique de la jeunesse. « Malgré cette présence massive des plus grandes armées du monde, les groupes terroristes montent en puissance et endeuillent davantage nos familles. Cette puissance occupe militairement nos états, qui déploie des troupes et du matériel pour sécuriser l’accès à nos richesses naturelles et pour créer des débouchés à leurs produits manufacturés », a ajouté ce responsable, qui vise en premier lieu les 4 500 hommes du dispositif Barkhane, que le gouvernement français voudrait pourtant bien rapatrier dès que les forces africaines seront prêtes à affronter les djihadistes.

Des armées africaines fragilisées

Depuis le Mali et le Niger, hélicoptères et avions français prêtent en attendant main-forte aux forces du Burkina, qui sont régulièrement submergées par les GAT, les groupes armés terroristes dans le jargon militaire. Plus directement, c’est l’opération Sabre qui est mise en cause, puisqu’elle a été mise en place à Ouagadougou juste après l’enlèvement des otages d’Areva en septembre 2010. Une implantation choisit pour sa position géographique qui permet de se projeter partout au Sahel, mais aussi par rapport à la proximité à l’époque avec Blaise Compaoré et ses parachutistes formés par des militaires français. Des unités, avec la garde présidentielle, qui ont été dissoutes par le régime actuel par crainte d’un coup d’État, mais qui font aujourd’hui cruellement défaut à l’armée dans sa lutte contre les GAT.

Depuis la guerre contre le terrorisme, le contingent du commandement des opérations spéciales, le COS, a fortement augmenté, en hommes et en matériels. Une présence qui n’est pas remise en cause, mais qui reste moins « confortable » que sous le régime précédent. Le président Kabaoré doit tenir compte de la rue qui conspue la présence militaire étrangère, et de ses opposants, alors que se déroulera l’élection présidentielle en 2020. Du coup, les interventions de Barkhane ne sont pas permanentes comme au Mali voisin. Pour le chef de l’État, une manière de ne pas se mettre à dos les militants d’un nationalisme sourcilleux, qui pourraient l’accuser de « brader » son pays à la cause « impérialiste ». « Nous demandons qu’on fasse une gouvernance vertueuse, de faire en sorte que les forces de défenses soient moralisées », a affirmé un responsable syndicaliste de la CGT du Burkina en désignant en fait la corruption et le manque d’implication à haut niveau de la hiérarchie, dont se plaignent les simples soldats dépourvus de munitions sur le terrain. « Parce que si on met des officiers à la tête de nos armées qui n’ont jamais fait une bonne journée au soleil, ne leur demandez pas de faire un bon commandement. Nous avons des hommes du rang très efficaces. Il faut les mettre dans des conditions idoines de travail. C’est ce que nous exigeons. » Un constat qui rend encore plus complexe et difficile la présence militaire française dans le pays.

SourceLe Point

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