jeudi, novembre 26, 2020

Des tensions exacerbées entre la Corée du Sud et le Japon

Le Japon a décidé vendredi de durcir encore les restrictions commerciales envers la Corée du Sud, la rayant d’une liste d’Etats bénéficiant d’un traitement de faveur. Une mesure perçue comme une sanction par Séoul et qui risque d’aggraver encore les tensions bilatérales nourries par les contentieux historiques.

Cette disposition prendra effet le 28 août, a détaillé devant la presse le ministre nippon du Commerce et de l’Industrie, Hiroshige Seko.

Tokyo assène ainsi un nouveau coup à Séoul avec qui existent divers différends historiquesliés à l’occupation coloniale de la péninsule coréenne par le Japon (1910-1945), qui empoisonnent leurs relations depuis des lustres. La nouvelle mesure prise par le Japon, perçue comme une sanction par Séoul, risque d’aggraver encore les tensions bilatérales. Cet été déjà, cette brouille diplomatique a entraîné l’interruption de liaisons aériennes entre les deux pays et l’annulation d’événements culturels ou de programmes d’échanges scolaires. À Busan, la deuxième plus grande ville sud-coréenne, des activistes ont même fait irruption dans le consulat japonais. Le mois dernier, le gouvernement japonais avait également imposé des restrictions d’exportations de composants chimiques indispensables à la production de matériel high-tech.

Conseil des ministres exceptionnel ce vendredi

Le gouvernement sud-coréen n’a d’ailleurs pas tardé à réagir. Une décision « irresponsable », selon le président sud-coréen Moon Jae-in. « Nous exprimons nos profonds regrets quant à la décision du gouvernement (du Premier ministre japonais) Abe », a déclaré la porte-parole de la présidence sud-coréenne, Ko Min-jung. « Notre gouvernement répondra sévèrement à la décision injuste du Japon ». Un conseil des ministres exceptionnel aura lieu vendredi autour du président Moon Jae-in qui condamne la décision « irresponsable » de Tokyo.

Pour les autorités japonaises, « il s’agit d’une révision de la liste nécessaire pour une gestion appropriée du contrôle de nos exportations pour la sécurité nationale », a justifié M. Seko, niant à nouveau qu’il s’agisse d’une sanction de la part du Japon.

Menace pour la sécurité régionale

Le ministre japonais des Affaires étrangères, Taro Kono, avait indiqué dès jeudi soir que les deux pays n’étaient pas parvenus à trouver un terrain d’entente sur un de leurs contentieux historiques pour éviter cette radiation. Le gouvernement japonais est furieux que des tribunaux sud-coréens exigent d’entreprises japonaises comme Nippon Steel ou Mitsubishi Heavy qu’elles dédommagent des citoyens sud-coréens qui avaient été forcés de travailler dans leurs usines durant l’occupation japonaise jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Pour le Japon, cette question des dédommagements a été réglée en 1965 avec le traité de normalisation des relations entre les deux pays. À l’époque, la Corée du Sud était sous dictature militaire et les victimes du travail force n’ont reçu aucune compensation. Pour Tokyo, ce problème doit être résolu entre Coréens.

La patronne de la diplomatie sud-coréenne, Kang Kyung-wha, avait averti de son côté jeudi que « le cadre de coopération en matière de sécurité entre la Corée du Sud et le Japon pourrait être affecté » par les mesures prises par Tokyo. Elle a notamment indiqué que la reconduction d’un accord de partage de renseignements militaires pourrait être compromise. Rappelons que le Japon et la Corée du Sud sont tous deux alliés des Etats-Unis, dont dépend en grande partie leur sécurité notamment face à la menace nord-coréenne.

Comment les immigrés sud-coréens de Tokyo vivent ces tensions 

Les crimes de guerre japonais du siècle dernier doivent-ils encore peser sur les relations bilatérales ? À Shin Okubo, le quartier coréen de Tokyo, les avis sont partagés. Comme nous l’expliquent ces deux jeunes immigrés. « En tant que Coréen, je trouve que le Japon devrait s’excuser pour son passé guerrier, estime le premier. Mais évidemment, beaucoup de Japonais s’opposent à une telle repentance historique… »

« C’est important de transmettre l’Histoire de nos deux pays aux générations suivantes, rajoute son camarade. Pour autant, selon moi, au Japon comme en Corée du Sud, les politiciens devraient cesser de jeter constamment de l’huile sur le feu, en insistant sans arrêt sur ce qui nous a divisés dans le passé ».

En attendant, les commerçants coréens, font grise mine. « Ce n’est pas bon pour le chiffre d’affaires, ce climat. Donc, j’aimerais vraiment que cette tension s’apaise vite et que nos deux pays redeviennent amis », prie cette commerçante

Son collègue abonde dans le même sens : « l’image de la Corée du Sud s’est très dégradée au Japon. À terme, cela pourrait faire chuter nos ventes. »

Les produits nippons sont de plus en plus boycottés en Corée du Sud, mais, cette jeune Japonaise, elle, est attablée avec le sourire dans un snack coréen. « Ces querelles politiciennes, ça n’intéresse pas les gens », soutient-elle

Il n’empêche, selon les sondages, sept Japonais sur dix soutiennent la fermeté dont leur gouvernement fait preuve dans ce dossier.

SourceRFI

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