samedi, novembre 28, 2020

Japon: le nouvel empereur a proclamé son intronisation

À l’époque où le monde perd ses marques, il est émouvant de voir que l’archipel maintient ces cérémonies sans variation ou à peine depuis l’ère de Nara (710-784), puisque le rituel a juste été recodifié durant l’ère Meiji (1868-1912), au XIXe siècle, qui l’a débarrassé de ses éléments bouddhistes. Certes, l’empereur n’a aucune fonction politique, certes, il y a quelques personnes pour déplorer le coût, effectivement élevé, de ce couronnement, 30 milliards de yens (soit 247 millions d’euros) mais après tout, c’est seulement tous les trente ans !

Vêtu de blanc, symbole de pureté, l’empereur Naruhito doit d’abord traverser un corridor du palais impérial dédié à la déesse Amaterasu. Ensuite, il se change et revêt les vêtements d’apparat, de couleur rouge, le même rouge depuis le VIIIe siècle, qui représente, lui, la fertilité. C’est de ce même rouge dont sont peints les « torii », les portiques des temples shintoïstes, couronnés d’une bande noire, qui représente les cheveux des humains. Il faut remarquer aussi le contraste étonnant entre le faste des vêtements de brocart et la simplicité du sceptre en bois de cyprès blanc. La coiffe de l’empereur est en laque noire, tressée.

Douze couches de kimonos

L’empereur apparaît debout et immobile, avec à ses côtés l’impératrice Masako, sous les baldaquins de leurs trônes, dont les rideaux ont été préalablement tirés par des officiels. On dit trône, mais le « Takamikura » est plutôt une « maison dans la maison ». Il fait 6,50 m de haut, pèse 8 tonnes, et se termine par un ornement en forme de phénix, l’oiseau fabuleux que l’on retrouve tant en Orient qu’en Occident ; celui de l’impératrice, le « Michodai », est plus petit, 5,70 m. Des structures si imposantes que leur seul déplacement nécessite près de 300 millions de yens, soit 3 millions d’euros.

À l’intérieur de ce « trône », sur une table, sont posés le sabre de l’empereur et le Magadama, une pierre qui ressemble à du jade, mais mythique, qu’on retrouve dans toutes les légendes et qui aurait été apportée par les dieux, d’où viendrait le symbole du yin et du yang et que seul l’empereur peut toucher. L’impératrice porte douze couches de kimonos. C’est un vêtement très lourd, près de 20 kilos, qui est la réplique de celui qu’elle revêtait déjà au VIIIe siècle, et qui n’est pas très agréable à porter, comme on peut le voir à ses grimaces, même si Masako, de l’avis général, va beaucoup mieux qu’avant, et a pris son rôle d’impératrice très à cœur.

Autocouronnement

Une fois apparu, l’empereur se voit remettre un papier plié où est inscrit le texte de son intronisation. C’est lui-même, en effet, qui se proclame empereur. Lui-même, car considéré comme d’essence divine, du moins dans les époques anciennes, il n’a besoin d’aucun représentant terrestre pour se couronner. C’est un autocouronnement. La seule différence, c’est que depuis l’ère Meiji, le Premier ministre est là pour entériner ce couronnement, en criant trois fois le mot « Banzaï ». Un mot que criaient les kamikazes avant de précipiter leurs appareils contre les cibles, et qui signifie, mot à mot « dix mille ans », sous-entendus « de bonheur », « ban » voulant dire « dix mille » et « zai », « année ». Quand on est heureux, on dit « Banzaï ».

Une fois que Shinzo Abe a dit Banzaï, les autres invités le répètent. Et la musique de cour, le Gagaku, avec orgues à bouche, flûtes, et tambours, se fait entendre. Des coups de canon sont alors tirés par les « forces d’autodéfense » puisque, comme vous le savez, le Japon n’a pas, officiellement, d’armée. Une anecdote : il ne fait pas très beau, comme vous pouvez le voir, et au Japon, on classe les gens entre « ceux qui amènent le beau temps » (« tenki otoko ») et « ceux qui amènent le mauvais temps », « ame otoko ». Naruhito est donc un « ame otoko », ce qui n’est pas pour autant un mauvais présage. D’ailleurs, au moment du couronnement, après une forte pluie, il y a eu un soudain éclat du soleil et un très bel arc-en-ciel au-dessus du palais impérial…

Amnistie géante

Arc-en-ciel aussi pour 550 000 personnes coupables d’infractions diverses, notamment au Code de la route, et qui vont être amnistiées, car il faut qu’un climat de miséricorde envers le peuple accompagne l’avènement d’un nouvel empereur. Une parade motorisée sera organisée entre le palais impérial et le palais d’Akasaka (où vit le reste de la famille impériale). C’est l’une des rares occasions pour les Japonais d’apercevoir le couple impérial, et ils seront cette fois propulsés par un cabriolet Toyota nanti des derniers équipements antipollution. Simplement, en raison des nombreuses victimes du typhon Hagibis, il a été décidé que la parade serait repoussée au 10 novembre.

La conclusion de ce rituel aura lieu le 23 novembre au sanctuaire d’Ise, le plus important sanctuaire shintoïste du Japon. C’est le temple de la déesse-mère Amaterasu, qui a créé le monde et donc, le Japon, et seul l’empereur peut pénétrer en son sein, où sont gardés les symboles de la déesse, dont son miroir magique, le Kagami. Il s’y recueillera. Il faut noter que la conclusion de ce miroir coïncide avec la fin de la récolte du riz : une période où, traditionnellement, le pays, qui a refait ses provisions, est heureux, les dieux aussi, et donc l’empereur, qui représente les dieux, est content aussi ! À noter que la nouvelle ère impériale qui s’ouvre au Japon avec le règne de Naruhito s’appelle « Reiwa », association de deux idéogrammes qui honorent l’ « harmonie » mais aussi « l’ordre ». Le message, pourrait-on résumer, est le suivant : « Soyez sages ! »

SourceLe Point

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