lundi, novembre 30, 2020

La Chine et la Russie se sont rapprochées de manière spectaculaire contre la diplomatie de Washington

Donald Trump ouvre une confrontation frontale avec la Chine rouge. La nouvelle batterie de tarifs commerciaux ciblant 200 milliards de dollars de produits chinois lance un bras de fer de longue haleine entre les deux premières puissances mondiales. « Bienvenue au club », peut dire Vladimir Poutine à son homologue chinois Xi Jinping. La pression américaine rapproche inexorablement les deux hommes forts, accouchant d’un nouvel axe anti-Trump s’appuyant sur un modèle politique autoritaire et une économie étroitement contrôlée par l’État. Un contre-modèle à l’Occident déboussolé.
Washington a provoqué le mariage de raison entre l’Ours et le Dragon, voisins pourtant méfiants et souvent rivaux à travers l’histoire. Les sanctions américaines contre la Russie, en réplique à la crise ukrainienne, ont jeté le tsar dans les bras de l’oncle Xi, en quête d’un appui économique et financier. La guerre commerciale menée par Trump pousse aujourd’hui Pékin à serrer les rangs avec son allié. Le numéro un chinois a affiché son entente avec Poutine en prenant part au Forum économique de Vladivostok, la semaine dernière. Une alliance à double volet : derrière l’économie pointe le rapprochement géo-stratégique. Les militaires chinois ont participé à l’exercice Vostok, les plus grandes manœuvres conduites par l’armée russe depuis la guerre froide. Un message musclé à destination du Pentagone qui tente d’enrayer la montée en puissance chinoise en Asie-Pacifique. Il est loin le temps où l’URSS et la Chine rouge étaient au bord de la guerre et où Nixon avait pu enfoncer un coin dans le bloc communiste en séduisant Mao.
Désormais, les deux empires se tiennent les coudes face à Washington. Les biographies de Poutine sont un best-seller en Chine, aux côtés de celle du timonier Xi. Mais, dans ce nouveau couple, le rapport de force penche en faveur de la Chine. « La Chine mène le jeu et la Russie suit », résume Fyodor Tertitsky, analyse à NK News, un site spécialisé sur la Corée du Nord et l’Asie du Nord-Est. Vladimir Poutine joue les épouvantails face à l’Occident, multipliant les coups de menton au Moyen-Orient, raflant les gros titres. Mais en réalité le président russe dépend de façon croissante du mastodonte asiatique. Les sanctions occidentales bouchent les exportations vers l’Occident, la chute des prix des hydrocarbures comme du rouble a également affaibli l’économie russe, obligée de se tourner vers l’Asie. Un contexte qui place le marché chinois aux 1,3 milliard d’habitants en position de force face à une Russie vieillissante presque dix fois moins peuplée. Et Pékin négocie pied à pied à la baisse les prix du gaz sibérien, sachant que les débouchés de Gazprom s’amenuisent.
Un axe parti pour durer
Vladimir Poutine offre de nombreux avantages à Pékin : un allié sûr à l’ONU face à l’Occident sur les questions des droits de l’homme comme du commerce et les grands dossiers internationaux, ainsi qu’une approche autoritaire du pouvoir. Le charismatique Vladimir Poutine offre aussi une commode diversion au dirigeant chinois, attirant la lumière des médias occidentaux. Pendant que l’ancien agent du KGB monopolise l’attention aux États-Unis au sujet de sa possible implication dans la campagne présidentielle, ou de son activisme militaire en Syrie, Pékin mène en toute discrétion une répression implacable contre les musulmans « séparatistes » au Xinjiang, resserre la censure en Chine et avance ses pions en mer de Chine méridionale à coups d’îles artificielles, au mépris des règles de l’ONU.
En Asie du Nord-Est, Poutine reconnaît la suprématie de l’empire du Milieu renaissant. « Désormais, les Russes ne feront jamais quelque chose dans la région sans l’aval des Chinois. Même les Nord-Coréens l’ont compris et préfèrent parler directement à Pékin », juge Tertitsky. Le match du siècle entre la puissance américaine et la Chine renaissante vient de commencer en Asie, et Pékin parfait son réseau d’alliances pendant que Trump joue la carte unilatérale. Ce nouvel axe rouge, parti pour durer.

SourceAgences

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