jeudi, décembre 3, 2020

Le FMI abaisse encore ses prévisions de croissance mondiale

Dans ses perspectives économiques d’automne, publiées mardi 15 octobre, le Fonds monétaire international (FMI) revoit une nouvelle fois à la baisse ses prévisions de croissance pour 2019, sur fonds de tensions commerciales et de ralentissement de l’économie chinoise. L’institution espère une accélération en 2020, tout en restant prudente, étant donné le climat d’incertitude qui pèse sur la conjoncture mondiale.

Le rythme de croissance ralentit

La croissance mondiale ne devrait pas dépasser 3 % en 2019. Soit son rythme le plus faible depuis la crise financière de 2009 (contre 3,6 % en 2018). C’est 0,3 point de moins que les dernières prévisions de l’institution en avril.

« Après un ralentissement prononcé sur les trois derniers trimestres de l’année 2018, la croissance mondiale s’est stabilisée à un rythme faible durant le premier semestre 2019 », observe le FMI, pointant les tensions commerciales, qui ont provoqué une hausse des tarifs douaniers, entamé la confiance des entreprises et renforcé le climat d’incertitudes.

Selon les calculs du FMI, ces tensions commerciales devraient coûter 0,8 point de produit intérieur brut (PIB) à la croissance mondiale en 2020. Et encore, leurs effets ont été amortis par une politique monétaire accommodante aux Etats-Unis et dans de nombreux autres pays avancés et émergents. « En l’absence de ce stimulus monétaire, la croissance mondiale aurait été plus faible de 0,5 point du PIB en 2019 et 2020 », affirme Gita Gopinath, la chef économiste du FMI.

L’insitution sise à Washington cite aussi d’autres raisons plus structurelles pour expliquer le ralentissement de la croissance, à savoir la faible hausse de la productivité et la démographie vieillissante dans les économies avancées.

Pour 2020, le FMI anticipe une légère accélération de la croissance mondiale (à 3,4 %), soutenue par les pays émergents, tandis que, dans le même temps, l’activité devrait être moins dynamique dans un groupe de pays comprenant le Japon, les Etats-Unis, l’Europe et la Chine, soit la moitié du PIB mondial. Le FMI abaisse ainsi sa prévision de croissance en zone euro pour 2020 à 1,4 %.

Trou d’air du commerce, inquiétudes sur les services

La décélération de la croissance mondiale s’est traduite par un ralentissement de la production industrielle, dont l’indice a été divisé par deux depuis le début de l’année 2018. Le secteur automobile, qui a dû s’adapter à de nouveaux standards d’émissions en Chine et dans l’Union européenne, a même vu ses ventes mondiales baisser de 3 % en 2018. Les nouveaux droits de douane sur les importations américaines en provenance de Chine et l’issue incertaine des négociations entre Washington et Pékin ont incité les entreprises à limiter ou reporter leurs achats de biens d’équipement. La baisse de la demande en produits intermédiaires, qui représentent la moitié des échanges dans le monde, a pesé sur le commerce mondial dont la croissance n’a pas dépassé 1 % au premier semestre 2019, son rythme le plus faible depuis 2012.

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L’activité des services, dont les échanges sont moins soumis aux aléas du commerce mondial, a bien résisté, permettant au marché de l’emploi de conserver son dynamisme et aux salaires d’augmenter dans les économies avancées. « Cette trajectoire divergente entre les activités manufacturières et de services s’est poursuivie sur une durée inhabituellement longue, et nous nous préoccupons de savoir si la faiblesse du secteur manufacturier pourrait se propager à celui des services et à quel moment », note Gita Gopinath.

Le FMI plaide pour une relance budgétaire

Pour protéger les économies des risques liés aux tensions commerciales et des incertitudes de la conjoncture actuelle, le FMI appelle les gouvernements à « désamorcer les tensions commerciales, à redynamiser la coopération multilatérale, et à soutenir l’activité économique là où nécessaire ». Constatant que la relance budgétaire en Chine et aux Etats-Unis a permis de minimiser l’impact de la hausse des barrières douanières, l’institution internationale recommande aux pays qui disposent d’une marge de manœuvre suffisante de suivre leurs exemples. Le cas de l’Allemagne est cité : « le pays devrait tirer profit des emprunts à taux négatif pour investir dans le capital humain et les infrastructures, ne serait-ce que d’un point de vue de rapport coûts bénéfices ».

Dans son rapport, le FMI souligne aussi que la réduction des émissions de gaz à effet de serre et la résilience aux conséquences de la hausse des températures et des événements climatiques dévastateurs sont devenus des « impératifs mondiaux urgents ». Selon l’institution, « l’augmentation des prix du carbone doit figurer au cœur des efforts » menés dans le cadre de lutte contre le changement climatique, et doit s’accompagner de la promotion de l’énergie à faible intensité carbone et de la diffusion des technologies vertes. « L’avenir du changement climatique se joue maintenant et ses risques vont s’intensifier considérablement si on n’y répond pas d’urgence », s’inquiète Gita Gopinath.

SourceLe Monde

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