jeudi, mars 4, 2021

Libye : Kubiš, un nouvel émissaire onusien en mission délicate

Contrairement à plusieurs noms proposés pour succéder au libanais, Ghassan Salamé, en tant qu’émissaire onusien pour la Libye, le consensus autour du nom du slovaque, Ján Kubiš, a été trouvé assez facilement entre les quinze membres du Conseil de sécurité de l’ONU.

En effet, le Conseil de sécurité ne souffrait pas de gaspiller plus de temps après qu’il a été dans l’incapacité à désigner un nouvel émissaire pour la Libye pendant près d’une année, ce qui a grandement détérioré l’image des Nations Unies et sa capacité à résoudre les crises internationales.

Le bulgare Nikolaï Mladenov s’était, soudainement, excusé de présider la Mission onusienne en Libye, à peine une semaine après sa nomination, en date du 15 décembre dernier, prétextant des « raisons familiales » peu convaincantes.

Depuis la démission, le 2 mars 2020, du libanais Salamé, le Conseil de sécurité n’était pas parvenu à un consensus autour des noms des candidats proposés à ce poste par le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres.

En effet, Washington s’était opposé à la nomination du diplomate algérien, Ramtane Lamamra, ancien chef de la diplomatie de son pays, puis de la ministre ghanéenne des Affaires étrangères, Hanna Tetteh, pour conduire la mission onusienne en Libye.

Cette attitude avait suscité la déception de l’Union africaine (UA), qui dispose de trois sièges sur les 15 que compte le Conseil de sécurité, ce qui a permis à l’organisation panafricaine d’avorter la candidature portée par Washington de l’ancienne Première ministre danoise, Helle Thorning-Schmidt.

Cependant, le différend entre les Etats-Unis d’Amérique et l’UA avait été surmontée, après l’acceptation par Washington du partage de la présidence de la mission onusienne en deux postes, dont l’un échouerait à une personnalité africaine, s’agissant d’un diplomate zimbabwéen.

Un diplomate chevronné qui avait provoqué l’ire des Libanais

Selon plusieurs observateurs, Kubiš, né en 1952, est un diplomate onusien réputé, qui avait déjà été chargé par le Conseil de sécurité d’accomplir une série de missions, au plan international, ce qui explique la rapidité du processus qui avait abouti à son choix, en dépit de réserves formulées par certains au sujet de son efficacité et de son franc-parler.

En effet, les médias libanais avaient accusé que Kubiš, alors qu’il occupait le poste de Coordonnateur spécial de l’ONU au « pays du Cèdre », de décembre 2019 à janvier 2021, d’avoir critiqué les hommes politiques libanais, d’être intervenu dans les affaires intérieures du pays et d’avoir dépassé le champ de ses prérogatives en tant qu’ambassadeur.

Kubiš avait, également, conduit la mission onusienne en Irak pendant trois ans, de 2015 à 2018, et auparavant en Afghanistan, de 2011 à 2015. Ainsi, il s’agit d’un fin connaisseur de la situation dans la région du « Grand Moyen-Orient », qui comprend de vastes parties du Monde musulman.

Kubiš avait détenu également le portefeuille des Affaires étrangères de son pays, de 2006 à 2009, ainsi que le poste de Secrétaire général de l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE), pendant 6 ans auparavant (1999 -2005).

Bien qu’ayant séjourné en Irak et au Liban, pendant six ans, il n’en demeure pas moins que Kubiš ne parle pas la langue arabe, mais il maîtrise en revanche les langues anglaise, française et russe ainsi que le Slovaque et le tchèque.

Mission difficile

Kubiš sera investi prochainement lorsque l’américaine Stéphanie Williams lui transmettra le dossier libyen, après avoir occupé le poste d’envoyé spécial par intérim depuis le mois de mars dernier.

Le mandat de Williams aurait dû être achevé, au mois d’octobre 2019, mais sa mission a été prolongée, en raison de l’échec enregistré par le Conseil de sécurité à nommer un nouvel émissaire durant plusieurs mois.

La première mission que Kubiš doit réussir, est celle de former un pouvoir exécutif unifié et de convenir d’un accord sur le déroulement des élections à leur date, soit le 24 décembre prochain. Nombre d’acteurs politiques libyens mettent en doute la possibilité de respecter cette date, au vu des échecs du Forum de dialogue, en dépit de la mise sur pied de deux comités consultatifs, un politique et un second juridique, composés des membres du Forum, l’objectif étant de soumettre des propositions concrètes pour surmonter le blocage qui s’articule autour du mécanisme de choix d’un pouvoir exécutif unifié.

Kubiš devrait, également, rapidement mobiliser le plus grand appui international possible autour de l’Initiative des Nations Unies, afin d’éviter et d’empêcher le parasitage exercé par les initiatives parallèles, aussi bien celles lancées par des parties internes qu’extérieures. Au plan militaire, Kubiš, aura besoin de stabiliser l’accord de cessez-le-feu et de persuader les Européens d’appuyer l’initiative du Secrétaire général de l’ONU, aux fins de déployer des observateurs internationaux au niveau des lignes de fronts en Libye.

Le nouvel émissaire onusien aura, par ailleurs, besoin d’un appui solide de la part de la nouvelle Administration américaine de Joe Biden, afin de faciliter sa mission, compte tenu de l’influence que peuvent exercer les Américains sur plusieurs parties impliquées dans la scène libyenne, et qui ont attisé, des années durant, le conflit dans ce pays riche en pétrole.

SourceAgences

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