Les prévisions se sont confirmées pour la présidentielle brésilienne. Avec 46% des suffrages, le candidat d’extrême droite Jair Bolsonaro s’est largement imposé au premier tour de l’élection ce dimanche 7 octobre. Il devance ainsi largement Fernando Hadad le candidat du Parti des travailleurs (gauche) qui a obtenu 29% des votes.

Celui qui avait été poignardé en pleine rue sera opposé le 28 octobre à Fernando Haddad, du parti de l’ex-président de gauche Luiz Inacio Lula da Silva.

En dépit de cette avance confortable, Bolsonaro et ses soutiens ont dénoncé des « problèmes dans les urnes », qui ont empêché une victoire dès le premier tour.

« Le Brésil veut du changement »

Les Brésiliens ont voté en masse pour le candidat d’extrême droite, portés par l’espoir d’un changement dans ce pays en crise. Des quartiers chics de Sao Paulo aux favelas de Rio de Janeiro, 147 millions d’électeurs se sont rendus aux urnes dans ce pays où le vote est obligatoire. Tous ont exprimé l’espoir que ce scrutin apporte le « changement » dans un Brésilrongé par une crise économique et politique aigüe, une violence endémique et d’innombrables scandales de corruption.

Pour nombre d’entre eux Jair Bolsonaro, 63 ans, est apparu comme l’homme de la situation. »Le Brésil veut du changement », a déclaré à l’AFP Roseli Milhomem, dans un bureau du centre de Brasilia, où elle a voté pour l’ex-militaire. « On en a assez de la corruption ».

A Rocinha, une immense favela de Rio, Antonio Pereira Moraes, 49 ans, a aussi voté pour l’ex-militaire : « Le Brésil a besoin d’un changement, il y a beaucoup de choses à faire que les autres n’ont pas faites, surtout dans le domaine de la santé », dit-il.

Fort sentiment anti-PT

Ex-capitaine de l’armée, Jair Bolsonaro, devenu un phénomène électoral depuis qu’il a frôlé la mort dans un attentat le 6 septembre, a voté en début de matinée à Rio. « Ça va se terminer aujourd’hui », a-t-il assuré devant des journalistes. « Le 28, on va à la plage! ». Un scénario qui fait trembler les démocrates dans le grand pays latino-américain, mais que certains analystes n’excluaient pas.

Même sur la place Sao Salvador, un des fiefs de la gauche à Rio, certains électeurs affichaient leur enthousiasme pour Jair Bolsonaro. « Notre pays a besoin de changement, ça ne peut plus continuer comme ça », affirme Terezinha Diniz.

Député pendant 27 ans, ce catholique pro-armes qui admire le président américain Donald Trump n’a jamais été impliqué dans une affaire de corruption et ses électeurs se recrutent dans toutes les couches sociales, et parmi les jeunes.

Bolsonaro, qui a cultivé une image d' »outsider » malgré sa longue carrière politique, a aussi prospéré sur un fort sentiment anti-PT, le Parti des travailleurs de l’ex-président de gauche Lula. Une partie de la population juge le PT responsable de tous les maux du pays, où la crise économique a fait près de 13 millions de chômeurs.

Denise Rangel, secrétaire de 59 ans, qui avait voté pour Lula en 2002, veut désormais faire barrage au PT qui l’a « tellement déçue ». « Je ne suis pas une électrice convaincue de Bolsonaro, mais je suis convaincue que le PT ne peut pas revenir au pouvoir », déclare-t-elle.

Le candidat du PT, Fernando Haddad, 55 ans, principal rival de Bolsonaro, a voté à Sao Paulo, ville dont il fut maire, entouré de militants chantant à pleins poumons pour couvrir un concert de casseroles. « Le Brésil court un grand risque de fouler au pied 30 ans de conquêtes » sociales et démocratiques, a-t-il averti.

« Ça serait une catastrophe si (Bolsonaro) passait », estime José Dias, un électeur de gauche, dans un bureau de vote du nord de Brasilia. « Beaucoup de jeunes votent pour lui, ils ne savent pas ce qu’a été la dictature » (1964-85). Camila Silva, 18 ans, habitante de Rocinha, ne veut pas non plus du candidat d’extrême droite. »Comme femme, comme Brésilienne, j’espère qu’il ne va pas gagner », confie la jeune femme, qui vote pour la première fois et craint les propositions « patriarcales » du favori.

Le duel qui se profile au second tour pour succéder au très impopulaire Michel Temer sera le résultat d’une attraction des électeurs vers les extrêmes, concomitante à l’effondrement du centre, notamment le grand parti PSDB de Geraldo Alckmin. Ciro Gomes (PDT, centre gauche) n’avait que 13 à 15% des intentions de vote, alors qu’il est le mieux à même de battre Bolsonaro au 2e tour.

Les élections des gouverneurs et des assemblées des 27 Etats, des 513 députés de la Chambre basse et des deux tiers des 81 sénateurs ont également eu lieu dimanche. Elles ne devraient toutefois pas transformer radicalement le paysage politique.

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