« Nous, nous ne tirions pas sur des manifestants non armés, explique cet ancien spécialiste en élimination de l’armée israélienne, ce n’était pas autorisé. Mais ces dernières semaines, ces derniers mois, l’armée a tiré sur des dizaines, des centaines de Palestiniens non armés, et certains ont été tués. »

Depuis six mois, selon Médecins sans frontières, 5 000 Palestiniens auraient été blessés par les balles de soldats israéliens lors des « marches du retour », ces manifestations hebdomadaires dans la bande de Gaza. La plupart ont été touchés aux jambes. S’agit-il d’une stratégie délibérée ? L’armée réfute tout abus. Mais en Israël, des voix s’élèvent contre ses méthodes. A Tel Aviv, « Envoyé spécial » a posé la question à Nadav Weiman, qui représente une organisation de 1 200 anciens soldats. Ancien sniper, il a eu à tirer sur des Palestiniens.

Des snipers postés à 60 ou 70 mètres
Le journaliste d' »Envoyé spécial » lui montre des images tournées près des barbelés posés devant la grille qui sépare Israël de la bande de Gaza. On y voit un homme visiblement désarmé s’affaisser au sol, touché par une balle à la jambe. « Depuis la butte, la ligne de tir est bien dégagée, commente-t-il. Un sniper, ça tire à 200, 300, 400, 500 mètres. Là, il tire à 60 ou 70 mètres. Ça veut dire que dans sa lunette, il peut choisir de tirer sur le genou, la cheville, le tibia… Il est tellement proche qu’il peut tirer où il veut. Ça veut dire aussi qu’il voit très clairement que cet homme n’a pas d’arme, que c’est juste un manifestant. »

« Le meneur de la manifestation, on peut lui tirer dessus, dans la jambe »
Mais l’ancien soldat va plus loin. « Dans nos règles d’engagement, il est dit que le meneur de la manifestation, on peut tirer dessus – dans la jambe. (…) Personne ne remet ça en cause, ce sont les instructions de l’armée. » Les soldats israéliens seraient formés pour tirer sur le leader d’une manifestation, même s’il ne porte pas d’arme ? « Oui », affirme Nadav Weiman.

« Ces gens qui manifestent côté Gaza ne sont pas une menace, poursuit-il. Vous pourriez les éloigner avec des balles en caoutchouc, plus de gaz lacrymogène… les forces israéliennes auraient bien d’autres possibilités. »

Extrait de « Gaza, une jeunesse blessée », un reportage à voir dans « Envoyé spécial » le 11 octobre 2018.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here