Le président turc Recep Tayyip Erdogan a présidé samedi 29 septembre à Cologne l’inauguration d’une des plus grandes mosquées d’Europe, un déplacement marqué par des manifestations sous haute protection policière. Il s’agit de l’ultime étape de la visite d’État du président turc, qui tente de tourner la page de deux années de tension avec l’Allemagne.

Plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées à Cologne derrière une banderole « Erdogan n’est pas le bienvenu », mot d’ordre des manifestations, comme vous pouvez le voir dans la vidéo en tête d’article.

« Je peux comprendre qu’il aille à Berlin. Mais qu’il vienne à Cologne est une provocation », s’insurge un manifestant, Thomas, un Allemand de 22 ans venu manifester pour défendre la liberté de la presse. « Je veux être la voix des gens qui ne peuvent pas descendre dans la rue en Turquie », explique un autre manifestant, Cansu, venu de Suisse pour ce rassemblement. « Erdogan pense que tout ce qui diffère de son opinion est du terrorisme. Je suis ici pour montrer ma solidarité » avec les opposants.

Vendredi 28 septembre, Recep Tayyip Erdogan s’était entretenu avec Angela Merkel, avant d’être l’invité d’un banquet boudé par une partie de la classe politique allemande, dont la chancelière. Les deux dirigeants, qui tentent avec cette visite de tourner la page de deux années de tensions, se sont toutefois retrouvés samedi matin pour un petit-déjeuner, avant qu’Erdogan ne gagne Cologne.

Le très croyant dirigeant turc, doté de pouvoirs accrus depuis le début de son nouveau mandat en juillet, y a inauguré une gigantesque mosquée, financée par l’Union des affaires turco-islamiques (Ditib), étroitement liée au pouvoir turc.

4500 m2

Le chantier avait débuté en 2009 et, malgré de nombreuses oppositions et controverses locales, de premiers fidèles ont pu aller y prier dès 2017, avant l’inauguration officielle par Recep Tayyip Erdogan samedi.

Avec ses minarets de 55 mètres de haut et une grande coupole de 36 mètres, cet édifice de béton et de verre, censé incarner l’ouverture, selon son architecte Paul Böhm, est une des plus imposantes mosquées d’Europe. Sa superficie atteint 4500 m2.

Située dans le quartier d’Ehrenfeld, non loin de la tour de télévision de Cologne, elle est susceptible d’accueillir des milliers de fidèles. La police veut limiter l’accès samedi à 5000 personnes mais Ditib en attend beaucoup plus.

Comme le banquet offert vendredi soir par le président Frank-Walter Steinmeier, l’inauguration est boudée par une partie des dirigeants politiques du Land de Rhénanie du Nord-Westphalie, dont la maire de la ville, Henriette Recker, et le chef du gouvernement régional. L’édile de Cologne reproche à Ditib l’opacité qui a entouré le déroulement du chantier et le fonctionnement de la mosquée.

Pratiques nazies

Des élus accusent aussi cet organisme d’être un bras du régime de Recep Tayyip Erdogan car elle gère 900 lieux de cultes en Allemagne avec des imams venant de Turquie. L’organisation est aussi accusée par ses détracteurs d’espionner les opposants au président turc.

Les opposants à la mosquée, en particulier l’extrême droite, craignant un afflux de musulmans qui aurait fait de Cologne une réplique du « Londonistan », avaient intenté des recours contre la construction qui ont finalement échoué.

Après Berlin vendredi, où ont manifesté quelques milliers de Kurdes, Recep Tayyip Erdogan était attendu de pied ferme à Cologne, où au moins deux manifestations étaient prévues. Le chef de la police locale a présenté l’événement comme l’un des plus grands déploiements policiers dans l’histoire de la ville.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here