France: La commission d’enquête sénatoriale sur l’affaire Benalla entend jouer les prolongations

Alors que les auditions reprennent ce mercredi au Sénat, Emmanuel Macron continue de pâtir des effets de l’affaire… même si l’Elysée veut croire que le pire est passé et que les Français ont la tête ailleurs.
Comme promis avant la pause estivale, la commission d’enquête sénatoriale sur l’affaire Benalla entend jouer les prolongations façon été indien. Avec, confie l’un de ses rapporteurs Jean-Pierre Sueur (PS), la ferme intention de « poursuivre imperturbablement la quête de la vérité, l’analyse des dysfonctionnements ». Et ce après s’être heurté à « beaucoup de contradictions, de non-dits, de silences », ajoute le sénateur du Loiret.
Le feuilleton Benalla reprend donc ce mercredi, avec, entre autres, l’audition de François-Xavier Lauch, chef de cabinet du président de la République. Les sénateurs tiennent en outre mordicus à entendre Alexandre Benalla lui-même. Potentiellement explosif.

« Il a été sanctionné par l’Élysée dès le lendemain. Il n’a pas été protégé, a martelé Emmanuel Macron, pris à partie par un passant vendredi à Marseille. On n’a rien caché. Il n’y a pas eu obstruction de la justice. » Voilà pour la réaction officielle. Et en coulisses ? « Cela n’inquiète pas, cela agace, confie un conseiller du gouvernement. Là-haut, on s’en passerait bien. Nous sommes dans une logique de faire une rentrée sociale, cela parasite. »
La macronie touchée au cœur
Au sein de la majorité, on cherche à dédramatiser, et à se rassurer, en soulignant que « les Français sont plutôt préoccupés par la rentrée des classes, les impôts », qu’il n’y a « plus d’appétence pour ce sujet », ni « de grands rebondissements à attendre ». Qu’« avec les contraintes liées à l’enquête en cours, le contenu va être déceptif pour les téléspectateurs ».
Terminés les records d’audience pour les retransmissions en direct des auditions ? Certes, juge Bruno Cautrès, chercheur CNRS au Cevipof, « le plus gros » de la tempête « est passé ». Mais « les dégâts sont déjà faits et ils sont plus importants que ce que l’entourage présidentiel dit ».
Et pas seulement parce que cette affaire a touché la macronie au cœur, braquant les projecteurs sur les « dysfonctionnements » du château. Le chef de l’État entend y remédier grâce à la réorganisation de ses équipes élyséennes, avec notamment le remaniement de sa communication et la nomination d’un directeur général des services, l’actuel numéro 2 de Pôle emploi, Jérôme Rivoisy.
«Moins nouveau monde… plus vulnérable»
Si un familier du pouvoir estime qu’il ne s’agit pas là d’une « tragédie mondiale », il relève toutefois que « le prix est cher » : « Cela a écorné les valeurs associées à cette majorité, car cela trahit une philosophie de commando, de vieilles fidélités. Ce n’est pas bon pour la majorité parlementaire, qui se sent moins exemplaire, moinsnouveau monde… plus vulnérable. »
Ce n’est pas sans conséquences sur l’image du président, élu sur une promesse de renouvellement, observe Bruno Cautrès, qui relève toutefois que « sa baisse de popularité était enregistrée bien avant ». Outre l’image « d’une dérive monarchiste, d’un pouvoir arrogant et d’un bruit de fond sur le thème Il protège ses proches », les enquêtes d’opinion montrent, selon le chercheur à Sciences-po, que « cela a normalisé, banalisé » le président. Or, poursuit-il, c’est justement en cette période de doutes sur l’efficacité de sa politique que son « capital image » pourrait être « précieux ».

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