Les autorités saoudiennes ne se contentent pas de mener de vastes campagnes d’arrestations contre les activistes politiques et les militantes des droits de l’homme, mais aussi elles placent des dizaines d’entre eux dans des prisons secrètes à l’insu de leurs proches. Certains soupçonnent même que des détenus ont été tués dans ces prisons sous la torture comme l’a affirmé des organisations saoudiennes de défense des droits humains actives en dehors de l’Arabie saoudite.

En début d’année, un rapport réalisé par l’organisation saoudienne « al-Qist » a recensé cinq cas de disparitions forcées dans le royaume. L’organisation européenne de défense a également abordé à plusieurs reprises la question des disparitions forcées. Human Rights Watch à son tour avait indiqué que la détention arbitraire a touché des milliers de Saoudiens.

Depuis l’arrivée au pouvoir du prince héritier Mohammed ben Salmane, le conseiller auprès de la Cour royale Saoud al-Qahtani a commencé à mettre en place un système pénitentiaire secret par le biais de « la Présidence de la sûreté de l’État » qui est un appareil sécuritaire créé spécialement pour gérer les questions de sécurité liées au prince héritier, loin du Département de prisons du ministère de l’Intérieur.

Plusieurs détenus ont assuré à leurs proches qu’ils ont été longuement incarcérés dans des prisons secrètes, tels que le médecin saoudien ayant la nationalité américaine Walid Fitaihi et la militante Loujain Al-Hadhloul.

La frangine de Loujain Al-Hadhloul, Alia Al-Hadhloul a écrit un article dans le New York Times dans lequel elle a signalé que sa sœur avait été menacée de viol, d’assassinat et du jet de son corps dans les eaux usées par Saoud al-Qahtani dans une prison secrète. Les autorités ont ensuite transféré Loujain Al-Hadhloul à la prison de Dhahban, puis à celle d’Al-Hair à Riyad, révélant ainsi son sort et faisant d’elle une prisonnière officielle.

Toutefois, des centaines d’autres détenus dépérissent toujours dans les prisons secrètes du pays. Cheikh Salman al-Duwaish est l’une des principales victimes des disparition forcées soupçonné d’avoir été tué sous la torture.

Al-Duwaish a été arrêté en avril 2016 à la suite d’une série de tweets dans lesquels le prédicateur avait appelé le roi Salman de ne pas placer sa confiance dans son fils, le qualifiant « d’adolescent » et de « gâté ».

En mars 2018, « la Présidence de la sûreté de l’État » avait arrête Turki Al-Jasser, un journaliste et un écrivain de l’opposition et l’un des plus éminents penseurs du mouvement « Réveil », le plus grand courant religieux dans le pays. Les autorités saoudiennes l’ont arrêté après avoir découvert le compte Twitter fictif que Jasser gérait sous le nom de « Kachkoul ». Il a été immédiatement transféré dans un centre de détention secret où il a subi des tortures selon le militant saoudien Omar ben Abdel Aziz al-Zahrani.

Un éminent opposant saoudien résidant aux États-Unis, qui a préféré garder l’anonymat a expliqué au site « Al-Araby Al-Jadeed »:  » les centres de détention secrets sont divisés en deux sections: la première consiste en un complexe résidentiel appartenant entièrement à l’État, et c’est là où les actes de torture sont pratiqués. Quant à la deuxième section, elle est utilisée uniquement pour maintenir les détenus dans un lieu secret, comme c’est le cas pour le prédicateur islamique Abdul Aziz al-Tarifi et le prince de la tribu des Shammar, Nawaf al-Rashid.

En ce qui concerne les raisons pour lesquelles les autorités détiennent des détenus dans des prisons secrètes et pas dans des prisons officielles, un opposant ayant quitté le pays après l’arrivée de Ben Salmane au pouvoir, a affirmé au site Al-Araby Al-Jadeed: « la bureaucratie gouvernementale et l’existence d’un profil officiel pour chaque prisonnier au ministère de l’Intérieur peuvent entraîner la fuite d’informations sur les détenus. En outre, des clips de torture risquent d’êtres divulgués par les sympathisants des détenus populaires étant donné que les principales prisons dans le pays détiennent des caméras de surveillance ».

Il est à rappeler que depuis l’arrivée du prince héritier Mohammed Ben Salmane au pouvoir en juin 2017, une campagne de répression féroce a été lancée contre les opposants qui ont subi toutes sortes de violations des droits humains tels que les arrestations arbitraires, les tortures et les exécutions à l’issue de procès inéquitables.

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