Le Liban est secoué depuis le 17 octobre par un vaste mouvement populaire contre la corruption de la classe politique et la crise économique et sociale. Dans cette contestation, les réseaux sociaux jouent un rôle important dans la mobilisation des contestataires, mais aussi dans la diffusion de rumeurs alarmistes ou fantaisistes.

Les rumeurs qui se répandent comme une traînée de poudre sur tous les réseaux sociaux ont contribué au vent de panique qui s’est emparé des Libanais. Par exemple, une information attribuée à la chaine de télévision américaine CNN a annoncé que la plus grande banque du Liban, Audi, était sur le point de déclarer sa faillite. La direction de l’établissement a dû publier un démenti dénonçant une « fake news ».

Un autre établissement bancaire, Byblos, a aussi été la cible d’une rumeur. Une affiche qui annonçait que les clients ne seraient plus servis par des employés mais par des distributeurs intelligents de billets a fait le tour de la Toile. Résultat, l’établissement a dû préciser que cette mesure ne concernait qu’une seule branche, totalement automatisée.

Couplées à la pénurie de dollars qui sévit dans le pays depuis des semaines, ces rumeurs ont provoqué une ruée des clients aux guichets pour retirer leurs dépôts. Clientèle au bord de la crise de nerfs, empoignades entre des déposants et des employés incapables de répondre à la forte demande de retraits de liquidités… Des vidéos filmées à l’intérieur des banques ont montré des scènes dramatiques. Devant la gravité des incidents, le syndicat des employés de banques a menacé d’entrer en grève.

De son côté, le président de la République Michel Aoun a convoqué les ministres concernés, le gouverneur de la banque centrale et le président de l’Association des banques à une réunion urgente pour tenter de rassurer les Libanais sur le fait que leurs dépôts bancaires ne risquent pas de disparaître. Mais malgré des propos rassurants, les rumeurs continuent de se répandre, d’autant que des restrictions pour protéger les banques d’une vague de retraits massifs et pour éviter la fuite de capitaux hors du pays, ont été adoptées.

Personne n’est épargné

Aux premiers jours de la contestation, une nouvelle annonçant le transfert du président Aoun à l’étranger pour se faire soigner après un grave problème de santé a semé la panique parmi ses partisans. Autre « fake news », l’annonce de la fuite de nombreuses personnalités politiques soupçonnées de s’être servies dans les caisses de l’État, comme Fouad Sinioran, alors qu’il se trouvait à Beyrouth et a même été entendu par un juge.

L’armée libanaise a eu aussi son lot de rumeurs, comme celle qu’elle a démentie qui annonçait l’instauration de l’état d’urgence et de la loi martiale, après le blocage des routes et la paralysie du pays par les manifestants pendant près de deux semaines.

Enfin, un article attribué au Washington Post a fait le tour des réseaux sociaux. Écrit en anglais avec une traduction en arabe, le texte affirme que le Liban pourrait être placé sous le chapitre VII de la Charte des Nations unies si les manifestations étaient réprimées. Pourtant, il n’y a aucune trace de cet article sur le site du journal américain.

D’autres rumeurs, plutôt fantaisistes, font davantage rires les Libanais. C’est le cas de celle selon laquelle l’actrice pornographique américaine d’origine libanaise, Mia Khalifé, aurait participé aux manifestations alors qu’elle n’a jamais mis les pieds au Liban. Ou encore, une vidéo montrant un groupe de jeunes gens en train de faire tranquillement une partie de cartes avec en arrière-plan, une route coupée avec des pneus brûlés.

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