mardi, octobre 20, 2020

Macron considère la guerre d’Algérie comme « l’un des facteurs de fragmentation de la société française »

Le président, qui poursuit son action mémorielle sur le conflit, tend cette fois la main à cette communauté délaissée par la France. Des gestes forts sont à venir, mais peut-être pas le «pardon» qu’elle attend.
Dix jours après la demande de pardon à la veuve et la famille du mathématicien communiste Maurice Audin, un geste pour les harkis. Sur le dossier toujours sensible, presque 60 ans après, de la guerre d’Algérie, Emmanuel Macron (1954-1962) avance à pas soigneusement calibrés. Mais pourquoi donc ce dossier travaille-t-il à ce point ce jeune président né après les accords d’Evian ?
« Il considère ce conflit comme l’un des facteurs de fragmentation de la société française, décrypte un proche. Cette histoire qu’on a laissée souterrainement courir, sans vraiment jamais essayer de clore un certain nombre de chapitres, elle nous empoisonne, elle crée du clivage ».

Avec l’affaire Audin, c’est la responsabilité de l’Etat dans un système couvrant la torture et la disparition physique qui est reconnue. La main tendue aux harkis, ces auxiliaires algériens de l’armée française, c’est la reconnaissance par la France de l’abandon de cette communauté.
Abandon ? Durant les huit années de ce que l’on appelait alors « les événements d’Algérie », quelque 150 000 supplétifs algériens furent recrutés par l’armée française. Environ 60 000 purent gagner la France avec les pieds-noirs rapatriés après la guerre, mais furent accueillis dans des conditions déplorables, souvent de rudes camps de toiles et de tôle où grandirent leurs enfants. Quant aux autres, tenus pour des traîtres par le nouveau régime d’Alger, ils subirent de sanglantes représailles.
Un nouveau « plan harkis » et une loi
Concrètement, cette réparation – encore loin du « pardon » en bonne et due forme que réclament les associations de harkis – se déroulera en deux temps. Ce mardi, à l’occasion de la journée nationale des harkis célébrée aux Invalides, Geneviève Darrieussecq, secrétaire d’Etat auprès de la ministre des Armées, présentera des mesures mémorielles et, surtout, une enveloppe de 40 millions d’euros sur quatre ans.
« Ce fonds de solidarité cible la deuxième génération, précise-t-on au ministère. Beaucoup d’enfants de harkis, quadras ou quinquagénaires, stigmatisés et traumatisés par cette histoire familiale, sont en situation d’exclusion durable. Il faut les identifier, puis les accompagner grâce à une somme d’argent et une aide personnalisée au retour à l’emploi ».
Depuis la présidence Chirac, il y a déjà eu trois « plans harkis » visant les anciens combattants (désormais au minimum octogénaires) et leurs descendants. La différence, cette fois, assure le gouvernement, « c’est qu’on va faire du sur-mesure ».
« Le plus jeune harki a 80 ans. C’est un peu tard »
Deuxième volet, un « geste mémoriel » de Macron en décembre. Après la promotion, la semaine dernière, d’anciens combattants harkis et des représentants d’associations dans l’ordre de la Légion d’honneur, il s’agira, selon l’Elysée, de « dire que la mémoire des harkis fait partie du récit national ». Ce geste, nous confie-t-on, « s’apparentera à l’hommage rendu aux Justes (NDLR : les Français ayant aidé les juifs sous l’Occupation) par Jacques Chirac » en janvier 2007. Selon nos informations, cela pourrait se traduire par une loi, ou plutôt par une résolution de l’Assemblée nationale.
Cela apaisera-t-il enfin les plaies ? Pas sûr, à entendre Boaza Gasmi, président du Comité national de liaison des harkis (CNLH), qui déclarait sur France Info : « Aujourd’hui le plus jeune harki a 80 ans. C’est un peu tard ». Et d’exiger un « pardon » clair et net. Comme pour Maurice Audin.

SourceAgences

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