Des dizaines d’étrangers travaillant sur l’un des chantiers de la Coupe du monde de football 2022 au Qatar n’ont pas reçu de salaires depuis des mois, dénonce Amnesty International dans un rapport sur cet émirat du Golfe rendu public mercredi.
Après les « horribles conditions de travail » dénoncées en 2016 sur les chantiers du Mondial-2022, Amnesty International affirme dans un rapport, publié mercredi 26 septembre, que des dizaines d’étrangers travaillant sur l’un des chantiers au Qatar n’ont pas été payés depuis des mois.
Des ressortissants du Népal, d’Inde et des Philippines ont des arriérés de salaires de 1 700 euros, non payés par la compagnie d’ingénierie Mercury MENA, et pour certains, cela représente l’équivalent de 10 mois de salaire. L’organisation de défense des droits de l’Homme estime que le non-paiement des salaires a « ruiné des vies » et appelle le gouvernement du Qatar à verser à ces travailleurs leurs salaires.
Dans son enquête, Amnesty affirme « avoir constaté que les retards dans le versement des salaires par Mercury MENA ont débuté aux environs de février 2016 et sont devenus plus récurrents et définitifs en 2017 ». Et elle poursuit : « En outre, l’entreprise n’a pas fourni de permis de séjour aux travailleurs comme l’exige la loi, ce qui a donné lieu à des amendes et a encore restreint leurs possibilités de changer de travail ou de quitter le pays. »
« En rien lié à la Coupe du monde 2022 », selon la Fifa
« En veillant à ce qu’ils reçoivent leurs salaires, le Qatar peut (…) montrer qu’il est sérieux dans (sa volonté affichée) d’améliorer les droits des travailleurs », a déclaré Steve Cockburn, directeur des questions mondiales à Amnesty International. L’ONG a établi son rapport après avoir interrogé 78 travailleurs de l’entreprise, mais elle estime qu’il pourrait y avoir des centaines de personnes concernées.
La Fédération internationale de football (Fifa) a aussitôt dénoncé un rapport « fallacieux », estimant qu’il n’est «  »en rien lié à la Fifa et à la Coupe du monde 2022 ».
Dans un communiqué, le ministère qatari du Travail a déclaré, pour sa part, que Mercury MENA ne travaillait plus dans le pays et qu’une enquête était en cours avec de possibles conséquences juridiques. Les pratiques soulignées par Amnesty International « ne sont pas tolérées par l’État du Qatar », a affirmé le ministère.
Selon Amnesty, le système dit de la « kafala » – qui permet aux entreprises d’interdire à ses employés de changer d’employeur ou de quitter le pays – a rendu possible l’exploitation de ces employés étrangers. Les autorités qataries affirment de leur côté avoir fait beaucoup d’efforts pour l’amélioration des conditions de travail des ouvriers immigrés, notamment au niveau de la « kafala » que le gouvernement a déclaré commencer à démanteler.
Des « problèmes de trésorerie »
Début septembre, le Qatar a ainsi annoncé qu’il supprimerait les visas de sortie pour les travailleurs étrangers désirant quitter le pays, mais aucune date d’entrée en vigueur de cette mesure n’a été communiquée. Selon Amnesty International, certains travailleurs ont été autorisés à quitter le pays, mais à leurs propres frais.
L’un d’eux, Ernesto, un contremaître en tuyauterie des Philippines, qui n’a pas reçu de salaires pendant quatre mois, a déclaré qu’il était maintenant plus endetté qu’à son arrivée dans le Golfe. Certains Népalais non rémunérés ont aussi dû retirer leurs enfants de l’école, faute de pouvoir payer leur scolarité, déclare encore Amnesty International.
En novembre dernier, l’ONG s’était entretenue avec le PDG de Mercury MENA qui avait reconnu des « problèmes de trésorerie ». Pour May Romanos, l’auteure principale de l’enquête d’Amnesty International, « il y a quelques améliorations, quelques réformes, mais c’est lent (…) et le temps presse ».

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