mardi, octobre 20, 2020

Mort du chef d’Aqmi « ne règle pas le problème du Sahel »

La mort mercredi du leader d’Aqmi, Abdelmalek Droukdal, dans le nord du Mali, au cours d’une opération française, est « un beau résultat » mais « ne règle pas le problème du Sahel », explique un spécialiste de la région.

Il était l’un des principaux chefs de la nébuleuse islamiste sahélo-saharienne depuis une vingtaine d’années, la mort du chef d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), l’Algérien Abdelmalek Droukdal, est un « coup de pied dans la fourmilière » jihadiste dont l’impact reste encore à déterminer.

Tout a été très rapide mercredi soir, le 3 juin, dans la zone de l’oued (lit de rivière) de Ourdjane, à deux kilomètres au sud du village de Talhandak, dans l’immense étendue désertique du grand Nord malien.

Les circonstances de l’opération 

Situé à 80 km à l’est de Tessalit à vol d’oiseau et à 20 km de la frontière algérienne, l’oued abritait « une réunion » entre chefs d’Aqmi, selon une source locale interrogée par l’AFP. Cet oued, loin des habitations, est un endroit où s’abreuvent les animaux des éleveurs de la zone, selon la même source.

En début de soirée, « entre 18H00 et 21H00 » (heure locale et GMT), indique à l’AFP un habitant, « il y a eu une frappe et des combats » dans cet oued. Il raconte : une frappe contre un véhicule, « suivie de l’intervention d’une demi-douzaine d’hélicoptères, et des hommes au sol ».

Parmi les jihadistes tués : Abdelmalek Droukdal (également orthographié Droukdel), le leader d’Aqmi, mais aussi, selon l’état-major français, Toufik Chaib, « un haut cadre d’Aqmi chargé de la coordination et de la propagande de cette organisation terroriste ».

Un autre « jihadiste a préféré se rendre sans combattre » et a été placé en détention, a ajouté le colonel Barbry. L’habitant évoque le même bilan: deux morts et un prisonnier.

La zone de Talhandak, un carrefour pour les transporteurs routiers qui y attendent parfois plusieurs semaines l’ouverture de la frontière avec l’Algérie, « est un haut lieu du trafic de migrants » au Sahara, selon un membre du groupe d’experts de l’ONU au Mali joint par l’AFP.

Quelles conséquences dans la lutte antijihadiste au Sahel ?  

Cette opération, menée avec du renseignement des Etats-Unis, selon l’armée américaine, est un « coup de pied dans la fourmilière » jihadiste, explique à l’AFP Denis Tull, spécialiste Afrique de l’Ouest à l’IRSEM (Institut de recherche stratégique de l’Ecole militaire) à Paris.

Mais, pense-t-il « on ne résoudra pas les problèmes uniquement en coupant des têtes. C’est très bien de neutraliser certains leaders, ça va affaiblir les structures dans une certaine mesure mais on a vu sur d’autres terrains que la décapitation des chefs n’était jamais suffisante ».

Car Abdelmalek Droukdal est loin d’être le seul leader jihadiste au Sahel : la région, endeuillée depuis 2012 par des violences qui ne cessent de s’aggraver, est la zone d’opérations de plusieurs groupes jihadistes.

Il y a d’abord le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM, ou JNIM selon ses initiales en arabe), lié à Al-Qaïda, dont fait partie Aqmi. Cette alliance formée en 2017 réunit aussi d’autres groupes, parmi lesquels les principaux sont Ansar Dine, dirigé dans le nord du Mali par Iyad Ag Ghaly, et la katiba Macina, fondée dans le centre du pays par Amadou Koufa.

« Ça ne règle pas le problème du Sahel »

Dans la zone dite des « trois frontières » entre Niger, Burkina Faso et Mali, un autre groupe est très présent : l’État islamique au Grand Sahara (EIGS, affilié à l’EI), dirigé par Adnan Abou Walid Sahraoui.

Depuis de nombreux mois, c’est dans cette région des trois frontières, dans le Centre malien et l’Est burkinabè que se concentrent les violences. « Sur le terrain, aujourd’hui, les groupes qui agissent le plus (ceux de Koufa et de Sahraoui, NDLR) ne sont pas sous la coupe de Droukdel », note Ibrahim Maïga, de l’Institut d’études de sécurité (ISS) à Bamako.

« La position insurrectionnelle va être maintenue par ces groupes-là, même si la mort de Droukdel leur montre que personne n’est à l’abri, que Barkhane peut frapper dans leurs rangs », ajoute-t-il.

« C’est un beau résultat » mais « ça ne règle pas le problème du Sahel », résume un expert de l’antiterrorisme en France interrogé par l’AFP, sous couvert d’anonymat.

Car ces problèmes sont légion : attaques récurrentes souvent à dimension intercommunautaire – au moins 26 villageois ont encore été tués vendredi dans le centre du Mali -, problèmes politiques – soupçons de détournements de fonds au Niger, contestation grandissante du pouvoir au Mali –, et des accusations d’exactions contre les armées nationales qui se multiplient. « Tout cela risque peut-être d’éclipser cette mort », observe Ibrahim Maïga.

SourceAgences

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