Nommé il y a dix jours, le nouveau ministre en charge du dossier, Dominic Raab, sera cantonné aux préparatifs «internes» de la sortie de l’UE.

Theresa May tape du poing sur la table. Le dossier du Brexit bloqué dans une impasse et objet de déchirements dans la classe politique britannique, elle décide de reprendre les négociations en direct. L’annonce surprise a été faite par un communiqué adressé au Parlement, au moment même, mardi, où le tout nouveau ministre de la Sortie de l’UE, Dominic Raab, y était interrogé par une commission de députés. Il est aussi censé se rendre à Bruxelles jeudi pour rencontrer à nouveau le négociateur européen Michel Barnier. Or la mise au point de la première ministre ressemble à une mise à l’écart polie.

«Je conduirai les négociations avec l’Union européenne, le secrétariat d’État chargé de la sortie de l’UE me secondera», affirme clairement Theresa May. Le ministère, poursuit-elle, «continuera d’élaborer les préparatifs nationaux», la «législation nécessaire» et la mise en œuvre des «modalités du cadre futur». Il lui reviendra dans ce cadre de mettre au point les plans pour parer toutes les situations résultant d’un échec éventuel des négociations et d’une sortie sans accord le 29 mars 2019. Dès son arrivée, Dominic Raab, europhobe convaincu, avait d’ailleurs annoncé qu’il consacrerait l’été à sensibiliser les Britanniques aux conséquences d’un «no deal», dont la probabilité ne cesse d’augmenter, à en croire Londres comme Bruxelles.

Risques de pénuries de médicaments et de carburants

Cela consistera notamment, a-t-il précisé, à «s’assurer qu’il y aura suffisamment d’approvisionnements en denrées alimentaires» dans ce cas de figure. Le scénario d’un «no deal» fait craindre des perturbations massives du trafic routier, des échanges de marchandises et même des voyages individuels. Selon des analyses du gouvernement, cela pourrait aussi se traduire par des pénuries de médicaments et de carburants quelques jours après la date du Brexit.

Sur le plan politique, Theresa May cherche à réaffirmer son autorité, malmenée par les démissions de deux poids lourds de son gouvernement, les attaques quotidiennes de son propre camp contre ses projets et des votes au Parlement affaiblissant sa position. Son «livre blanc» proposant un compromis à l’Union européenne au sein d’un partenariat douanier rapproché a été taillé en pièces par les «hard brexiters» du Parti conservateur.

Des «hard brexiters» dénoncent un «coup d’État»

Ce texte avait provoqué la démission de David Davis, précédent occupant du ministère du Brexit. Ce dernier avait été lui aussi court-circuité depuis des mois par le cabinet de Theresa May à Downing Street qui pilotait les négociations avec les Vingt-Sept. Il n’avait passé que quatre heures à Bruxelles depuis le début de l’année. Son jeune successeur Dominic Raab, issu, comme lui, de l’aile eurosceptique du Parti conservateur, entendait redonner tonus et fermeté aux pourparlers. N’hésitant pas à agiter la menace face aux Européens. Il a ainsi déclaré ce week-end que Londres refuserait de payer son dû de 39 milliards de livres (44 milliards d’euros) soldant les engagements du passé, faute d’accord commercial avec l’UE, reniant la parole donnée à l’issue de la première étape des négociations de séparation.

C’en était trop pour May, soucieuse de préserver une vision modérée afin de ne pas précipiter le pays vers l’abîme à force de postures martiales. Dans cette veine, le gouvernement n’a pas hésité à hérisser de nouveau les poils des brexiters en annonçant mardi que la législation européenne continuerait d’avoir force de loi au Royaume-Uni pendant toute la durée de la période de transition après la date de sortie, prévue pour durer jusqu’à la fin 2020. Certains d’entre eux, comme le député tory Craig Mackinlay, dénoncent un «coup d’Etat tranquille» sur le Brexit par les hauts fonctionnaires de Downing Street, au détriment des élus.

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