lundi, octobre 26, 2020

Trump envoie ses troupes au Moyen-Orient

Les États-Unis sont-ils à l’aube d’une guerre contre l’Iran  ? Le président américain Donald Trump a fait savoir vendredi qu’il allait envoyer 1 500 soldats supplémentaires au Moyen-Orient dans un contexte de tensions croissantes avec la République islamique. À en croire le pensionnaire de la Maison-Blanche, les troupes seront essentiellement chargées d’assurer des missions de protection.

D’après l’agence Associated Press (AP), qui cite des responsables américains anonymes, l’administration Trump a prévenu jeudi le Congrès de sa décision. D’après l’acte de notification, consulté par AP, ces forces seront déployées au Moyen-Orient au cours des prochaines semaines, « ses responsabilités et activités principales étant de nature défensive ». Ce même jour, le Pentagone avait présenté à la Maison-Blanche un plan prévoyant l’envoi de 10 000 hommes face aux « menaces » iraniennes.

D’après les chiffres du Pentagone, les États-Unis disposeraient aujourd’hui de 70 000 troupes dans la zone couverte par le Centcom, dont 14 000 en Afghanistan, 5 000 en Irak, et moins de 2 000 en Syrie. Durant la campagne présidentielle, Donald Trump avait pourtant promis de « mettre fin aux guerres interminables », avant de joindre le geste à la parole en entamant un retrait des troupes américaines en Syrie et en Afghanistan. Une stratégie qu’a publiquement regrettée le général Kenneth McKenzie, commandant du Centcom. « Nous n’avons pas les effectifs suffisants pour être où nous voulons être en nombre adéquat, partout, tout le temps », a-t-il souligné lors d’une conférence organisée ce mois-ci.

Le revirement américain semble avoir été motivé par la révélation, le 3 mai, de « nouveaux renseignements inquiétants » faisant état d’une aggravation de la menace iranienne, notamment des « attaques imminentes » contre les intérêts et soldats américains au Moyen-Orient. D’après le New York Times, ce rapport, qui comprend notamment des interceptions téléphoniques et des imageries satellites, indiquerait que Téhéran a ordonné à ses milices en Irak de se préparer à attaquer les forces américaines. En outre, les photographies obtenues par les Américains montreraient que des Gardiens de la révolution, l’armée d’élite de l’Iran, ont chargé des missiles à bord de boutres naviguant dans le golfe Persique pour attaquer des embarcations militaires et commerciales américaines.

Ces nouveaux éléments ont été déterminants dans la décision américaine d’envoyer le 5 mai dans le Golfe le porte-avions américain USS Abraham Lincoln, le navire de guerre USS Arlington, une force de bombardiers B-52, ainsi qu’une batterie de missiles Patriot. Or, une semaine plus tard, deux attaques ont visé l’Arabie saoudite, principal allié arabe des États-Unis dans la région et farouche adversaire de la République islamique d’Iran. Le 12 mai, Riyad a dénoncé, photo à l’appui, des « actes de sabotage » contre quatre navires, dont trois pétroliers (deux saoudiens et un norvégien), au large du port émirien de Fujairah. Si les dégâts se sont avérés minimes et que l’attaque n’a pas été revendiquée, les soupçons se sont dirigés vers Téhéran, suspecté d’avoir voulu envoyer un « message » à Washington.

Deux jours plus tard, le royaume Al Saoud a annoncé que deux stations de pompage d’un oléoduc majeur reliant l’est à l’ouest du pays avaient été endommagées après avoir été visées par des attaques de sept « drones armés ». Cette fois, celles-ci ont été revendiquées par les rebelles yéménites houthis, soutenus par l’Iran, que l’Arabie saoudite accuse d’avoir commandité l’attaque. Mardi, pour la première fois, le secrétaire d’État Mike Pompeo a estimé « assez probable que l’Iran soit derrière » ces sabotages. Considéré comme un faucon, opposé de longue date à la République islamique d’Iran, le chef de la diplomatie américaine a déclaré baser ses allégations sur « la forme de ces attaques », et sur « tous les conflits régionaux de la dernière décennie ».

Cette soudaine recrudescence des tensions au Moyen-Orient a suscité de nombreuses interrogations auprès des élus du Congrès, certains sénateurs démocrates rappelant les « mensonges » sur les armes de destruction massive qui ont poussé les Américains à intervenir en Irak en 2003. Pour lever leurs doutes, le secrétaire américain à la Défense et le secrétaire d’État ont organisé mardi une réunion à huis clos avec les parlementaires américains. « Il s’agit de faire de la dissuasion, pas la guerre », a assuré, à l’issue de la rencontre, le chef du Pentagone Patrick Shanahan, précisant que les dispositions prises par Washington avaient permis d’« éviter des attaques » contre « les forces américaines » dans la région.

En effet, d’après le New York Times, les Gardiens de la révolution auraient retiré la semaine dernière plusieurs missiles de leurs boutres en signe d’apaisement. Toutefois, les responsables américains n’ont pas révélé aux sénateurs les fameux « nouveaux renseignements inquiétants » à l’origine des tensions actuelles. Selon des responsables militaires américains, cités par l’AFP, le Pentagone subirait en réalité les conséquences de la politique de « pression maximale » menée par Donald Trump vis-à-vis de l’Iran.

« Pas besoin d’eux » (Donald Trump)

Après le retrait américain unilatéral de l’accord sur le nucléaire iranien en mai 2018, pourtant conclu avec cinq autres « grandes puissances » (Chine, Russie, France, Royaume-Uni et Allemagne), le président américain a prononcé deux salves de sanctions drastiques contre le système bancaire et le pétrole iranien en août et novembre 2018. Le 8 avril dernier, le pensionnaire de la Maison-Blanche est allé encore plus loin en désignant comme « organisation terroriste » les Gardiens de la révolution, une première pour un corps armé appartenant à un État. « C’est après le retrait américain de l’accord sur le nucléaire et les menaces des États-Unis que l’Iran a élevé le niveau d’alerte de ses forces de sécurité », affirme au Point Hamzeh Safavi, professeur de sciences politiques à l’université de Téhéran. De son côté, Téhéran a également fait monter la pression en annonçant le 8 mai dernier qu’il renonçait à limiter ses stocks d’uranium enrichi et d’eau lourde, comme il s’y était pourtant engagé en vertu de l’accord sur le nucléaire.

En l’absence de canal de communication désormais entre les deux camps, Gardiens de la révolution et soldats américains, qui se côtoient chaque jour en Irak, en Syrie et dans les eaux du Golfe persique, ne sont plus à l’abri d’une dangereuse escalade. Qu’elle soit provoquée ou non.

SourceLe Point

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