Le bras de fer entre les Etats-Unis et la Turquie est en train de faire une victime collatérale : la devise turque. La livre a connu une chute brutale vendredi, alimentée par l’intensification de la crise entre Ankara et Washington, mais le président Recep Tayyip Erdogan a affirmé qu’il sortirait vainqueur de cette « guerre économique » qui inquiète dans le monde.

Le président américain a annoncé sur Twitter la hausse des taxes à l’importation sur l’acier et l’aluminium turcs, désormais de 50 % et 20 % respectivement, notant que les relations entre les Etats-Unis et la Turquie, alliés au sein de l’Otan, n’étaient « pas bonnes en ce moment ».

50 % de baisse depuis janvier

La devise turque, qui a perdu près de la moitié de sa valeur face au billet vert depuis le début de l’année, a enregistré une baisse vertigineuse jusqu’à des plus bas historiques. Elle s’échangeait à 6,43 livres pour un dollar à la clôture de Wall Street, soit une baisse de 13,7 % après avoir perdu jusqu’à 24 % au cours de la journée.

Face à cette déroute, Erdogan, qui fait face à l’un de ses plus difficiles défis économiques depuis son arrivée au pouvoir en 2003, a appelé ses concitoyens à la « lutte nationale » en échangeant leurs devises étrangères pour soutenir leur monnaie. Le ministère des Affaires étrangères a averti que « le seul résultat de telles sanctions (…) est d’affecter nos relations d’alliés », dans un communiqué.

Un moyen de presse pour obtenir la libération d’un pasteur

Cet effondrement qui pousse la Turquie vers une crise monétaire survient sur fond de fortes tensions diplomatiques entre Ankara et Washington et de défiance croissante des marchés envers l’équipe économique de M. Erdogan.

La crise turque a envoyé une onde de choc planétaire, faisant baisser les actions de plusieurs banques européennes tandis que Wall Street ouvrait en baisse, ce qui illustre la crainte d’une contagion à l’économie mondiale. La chute de la livre vendredi « montre que les investisseurs sont de plus en plus inquiets de l’imminence d’une crise monétaire totale », souligne dans une note David Cheetham, analyste chez XTB.

La devise turque connaît une érosion inexorable depuis plusieurs années, mais l’hémorragie s’est aggravée ces derniers jours en raison de la grave crise diplomatique avec les Etats-Unis liée à la détention en Turquie d’un pasteur américain. Washington réclame sa libération mais Ankara refuse, l’accusant d’être un espion soutenant le mouvement de Fethullah Gülen, l’imam exilé aux Etats-Unis accusé d’être derrière le coup d’Etat manqué de 2016.

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