Par dizaines de millions, les Pakistanais votaient mercredi pour des élections législatives sous haute tension. Elles pourraient voir l’ex-champion de cricket Imran Khan accéder au pouvoir. Quelque 106 millions d’électeurs, sur une population de 207 millions de personnes, sont appelés aux urnes ce mercredi pour élire leurs députés nationaux et provinciaux pour une législature de cinq ans. Mais l’issue paraît incertaine et les premiers résultats sont attendus dans la soirée.

Au moins 28 personnes ont été tuées et des dizaines blessées par un kamikaze qui a fait exploser sa charge mercredi matin près d’un bureau de vote de Quetta (sud-ouest), confirmant les menaces sur le scrutin. Le kamikaze « a essayé d’entrer dans le bureau de vote et quand la police a tenté de l’arrêter, il s’est fait exploser », a déclaré à l’AFP un haut responsable de l’administration locale, Hashim Ghilzai.

800.000 forces de l’ordre déployées

Quelque 800.000 militaires et policiers ont été déployés pendant la journée pour assurer la sécurité du vote. Une série d’attentats a endeuillé plusieurs meetings électoraux à la mi-juillet, tuant quelque 180 personnes dont trois candidats. Elle pourrait affecter la participation au vote, même si la situation sécuritaire globale du pays demeure bien meilleure qu’il y a quelques années.

Outre Imran Khan, chef du parti PTI, l’autre principal prétendant au poste de Premier ministre est Shahbaz Sharif, frère de l’ancien chef du gouvernement Nawaz Sharif, à la tête du parti PML-N. Le scrutin de mercredi ne représente que la seconde transition démocratique d’un gouvernement civil à un autre dans ce jeune pays à l’histoire ponctuée de coups d’Etat militaires et d’assassinats politiques.

Les électeurs, parmi lesquels près de 20 millions de jeunes primo-votants, doivent choisir un successeur au parti PML-N. Aux manettes depuis 2013, il espère remporter un nouveau mandat sous la houlette de Shahbaz Sharif. Son principal rival est le parti Pakistan Tehreek-e-Insaf (PTI) d’Imran Khan. Connu comme ancien playboy en Occident, il se présente dans son pays sur un programme qualifié de populiste et très axé sur la lutte contre la corruption, mais flirtant parfois avec des thèses extrémistes. Une troisième formation, le PPP de Bilawal Bhutto Zardari, fils de l’ex-Première ministre assassinée Benazir Bhutto, pourrait être appelée à former une coalition avec le vainqueur.

Interférences de l’armée

La campagne a aussi été marquée par un bras-de-fer entre deux acteurs pourtant censés ne pas y participer : l’ancien Premier ministre Nawaz Sharif, destitué pour corruption il y a un an et depuis interdit de se représenter, et la puissante armée pakistanaise. Nawaz Sharif accuse les forces armées et la justice pakistanaises d’avoir tout fait pour nuire à son parti, y compris en forçant ses candidats à changer d’allégeance, en particulier dans son fief du Pendjab, province-clé.

La saga a atteint son point culminant début juillet avec sa condamnation à dix ans de prison alors qu’il se trouvait à Londres, et son retour au Pakistan une semaine plus tard pour se livrer à la justice, qui l’a aussitôt mis sous les verrous. Mais Nawaz Sharif n’est pas le seul à incriminer l’armée : plusieurs grands médias pakistanais et militants politiques se sont plaints ces derniers mois d’avoir subi enlèvements, censure et menaces.

Certains analystes ont par ailleurs exprimé la crainte de voir une partie de l’électorat rejeter le résultat du vote et descendre dans la rue pour protester, faisant planer un risque de turbulences, voire de violences dans le pays.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here