Algérie: Le FCE a rejoint l’ensemble des partis appellant Bouteflika à briguer un cinquième mandat

Au sein de l’organisation patronale, on évoque d’abord le besoin de « stabilité » et de « visibilité » des chefs d’entreprise. « Chacun peut avoir une opinion politique qui est la sienne. Cependant, en tant qu’entreprise, la première problématique est d’avoir un peu de visibilité et surtout de la stabilité », indique au Point Afrique Salah Eddine Abdessamad, vice-président du Forum des chefs d’entreprise (FCE), principale organisation patronale. « Les entreprises ont vécu des années d’instabilité [décennie noire du terrorisme, NDLR]. On a vu ses conséquences sur l’économie algérienne », rappelle-t-il.

Faire dans la continuité
À l’issue d’une réunion de son conseil exécutif tenue le 5 septembre dernier, le FCE a donc rejoint l’ensemble des partis et autres organisations nationales qui appellent, depuis des mois, Abdelaziz Bouteflika à briguer un cinquième mandat. « Il nous faut souligner, en effet, que notre action tire son essence même du programme de Son Excellence, Monsieur le Président de la République Abdelaziz Bouteflika », avance l’association dans son communiqué, avant d’appeler « avec sincérité, respect et déférence » le chef de l’État « à poursuivre son œuvre en se présentant aux élections présidentielles de 2019 ».

Au FCE, on vante aussi les acquis du secteur privé durant les quatre mandats du président Bouteflika. Un bilan a été dressé lors de la réunion de son conseil exécutif. « Le président Haddad nous a listé les réalisations de Son Excellence, Monsieur le Président de la République pour l’entreprise. Il y a une évolution extraordinaire », pense Mohamed Baïri, également vice-président de l’organisation. « On a donc appelé à la continuité pour l’émancipation et le développement de l’entreprise », poursuit cet homme d’affaires, qui ne retient aucun grief contre le potentiel candidat .

Ali Haddad a résumé le choix de son organisation dans un discours prononcé à l’occasion du lancement de l’opération « Un cartable pour l’avenir ». « Notre appel résulte de notre conviction inébranlable en un avenir prospère pour notre pays sous la conduite de Son Excellence, Monsieur le Président de la République Abdelaziz Bouteflika », a lancé le président du FCE. Le patron des patrons a estimé en son « âme et conscience » que le « président de la République a le très grand mérite d’avoir remis l’Algérie sur la voie du développement » après la « période sanglante des années 1990 ».

Un soutien qui pose questions en interne
La position du FCE ne constitue pas une surprise. L’association avait fait le même choix à la veille de la présidentielle de 2014. Elle a toutefois procédé différemment « en organisant une assemblée générale extraordinaire », fait remarquer un membre du FCE qui a requis l’anonymat. « Le conseil exécutif est également un organe élu et souverain qui est habilité à prendre des décisions », assure M. Baïri. L’appel du FCE au cinquième mandat arrive aussi au moment où Abdelaziz Bouteflika ne s’est toujours pas exprimé sur sa volonté de se représenter ou non à la prochaine élection.

Certains membres du FCE y voient donc une précipitation. « Il [Ali Haddad] a des difficultés aujourd’hui sur le plan politique. Il n’arrive toujours pas à obtenir l’agrément pour la transformation du FCE en syndicat [décidée en janvier 2018, NDLR] », croit savoir un autre membre du FCE. « Quand vous voyez tout ce qui se passe ailleurs, on constate que le FCE n’est pas dans la précipitation, surtout si on le compare avec d’autres organisations », précise Salah Eddine Abdessamad. Le FLN, le RND, l’UGTA et plusieurs autres partis politiques et organisations nationales appellent, depuis des mois, le président à briguer un cinquième mandat.

Dans la logique du FCE
L’appel du FCE intervient surtout dans un contexte différent. En 2014, la tenue d’une assemblée générale extraordinaire portant sur la présidentielle a provoqué une grande tension au sein de l’organisation patronale. Interrogé sur le report de la première réunion autour de cette question qui a été boudée par les patrons, l’ancien président du Forum avait notamment évoqué « une raison politique ». « Une raison qui est peut-être liée à l’appréciation qu’ils font de l’objet de cette convocation : la présidentielle », avait-il reconnu.

Prévue initialement au début du mois de février, elle s’est finalement tenue le 13 mars. Deux jours plus tard, une des figures de l’association patronale, Slim Othmani, annonce sa démission. « Ils ne respectent pas le point de vue individuel de certains membres qui peuvent être neutres et qui ne sont pas dans des logiques politiques. On ne respecte pas leur choix », souligne le patron de NCA Rouiba.

Certes, le FCE s’est toujours inscrit dans cette logique. « Mais cette logique a toujours été contestée en interne. Certains membres ne trouvent pas normal qu’une association patronale se mette au service d’un politique », avance notre interlocuteur. Cette contestation n’est plus de vigueur aujourd’hui après la restructuration du Forum. Si elles existent encore au sein de l’organisation, les voix discordantes sont complètement inaudibles.

Cette fois, l’opposition est plus divisée
Au-delà de la contestation au sein de l’organisation, 2014 avait également été une année marquée par une opposition plus soutenue contre le quatrième mandat d’Abdelaziz Bouteflika qui venait de rentrer au pays après plusieurs semaines d’hospitalisation en France à la suite d’un AVC. Aujourd’hui, l’opposition est plus divisée que jamais. Et l’option de la candidature du président Bouteflika n’a, pour nombre d’observateurs, jamais été aussi évidente.

Dans cette période préélectorale, l’appel du Forum des chefs d’entreprise s’inscrit dans une « dynamique » plus globale. « On cherche à créer une dynamique pour un cinquième mandat à laquelle le président de la République pourrait répondre, ou pas d’ailleurs », résume un ancien haut fonctionnaire. Car, pour ses partisans, le chef de l’État est d’ores et déjà candidat tant qu’il n’a pas encore annoncé son retrait.

L’organisation patronale n’a pas une grande marge de manœuvre. « Certes, le FCE est devenu peu à peu la plus importante organisation patronale du pays qui influence les politiques publiques et qui arrive même à placer ses hommes dans les institutions », souligne Nacer Djabi. « Mais cette puissance reste toute relative dans un système économique basé sur la rente. Son soutien au cinquième mandat n’est pas étonnant », analyse le sociologue.

Pour lui, les patrons du secteur privé sont obligés d’apporter leur soutien. « Ils ne peuvent pas faire autrement. Une bonne partie d’entre eux est tenue par les marchés publics, les prêts, etc. Ils ne peuvent pas se permettre le luxe de se séparer de la rente. Ils sont instruits pour s’exprimer et apporter leur soutien. Ils savent et ils comprennent seuls qu’ils doivent le faire. Tout ça est lié à l’histoire d’un secteur privé algérien issu du public et resté sous la tutelle de la rente », décrypte Nacer Djabi.

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