Déférés fin août devant la justice, les deux moines accusés d’avoir tué Mgr Anba Epiphanius, père abbé de l’imposant monastère Saint-Macaire, au nord du Caire, doivent comparaître jeudi 27 septembre devant une cour d’assises du Delta.
Alors que le corps sans vie de ce moine réputé proche du pape Tawadros II et fer de lance de plusieurs projets de réformes du monachisme copte, avait été retrouvé fin juillet dans un couloir de l’édifice, ils encourent tous deux la peine de mort.

Ébranlée depuis des semaines par le scandale, l’Église copte-orthodoxe retient son souffle en attendant le verdict. Quatre jours après la tentative avortée de l’ouverture de leur procès, reporté in fine à la fin de la semaine, les deux moines accusés d’avoir tué Mgr Anba Epiphanius, évêque copte-orthodoxe et père abbé de l’imposant monastère Saint-Macaire, au nord du Caire, doivent comparaître jeudi 27 septembre devant une cour d’assises du Delta.

Déférés fin août devant la justice sur ordre du bureau du procureur égyptien, les deux principaux suspects, Isaïe al-Makari et Philotheos al-Makari, risquent tous deux la peine de mort, au terme d’un procès complexe qui risque de s’éterniser. Le parquet entend bien faire la lumière sur leur mobile, une somme de « différends » encore non spécifiés, qui pourraient être à l’origine fin juillet de l’assassinat de l’éminent père-abbé.

Deux complices
Blessé à la tête « par un objet tranchant », le corps sans vie de ce dernier, réputé proche du pape Tawadros II et fer de lance de plusieurs projets de réformes du monachisme copte, avait alors été retrouvé dans un couloir de l’édifice, à quelques pas de sa cellule, en travers du chemin pour se rendre à la chapelle. Sa mort, dans des conditions restées mystérieuses pendant de longues semaines, avait ému nombre de fidèles restés depuis sous le choc.

Les circonstances de son assassinat pourraient devraient s’éclaircir dans les semaines à venir. La cour d’assises du Delta tient en effet devant elle deux suspects plus que crédibles en ces moines Isaïe al-Makari et Philotheos al-Makari. Alors que le premier aurait, selon les hypothèses avancées par la police locale, frappé à trois reprises la tête de Mgr Anba Epiphanius avec un tube métallique, le second aurait surveillé la scène du crime. Ils sont tous deux de jeunes partisans de l’ancien pape conservateur Chenouda III, le prédécesseur de Tawadros II qui prône depuis 2012 une ligne légèrement plus moderne que par le passé.

Quelques jours après la mort du père abbé de Saint-Macaire, la presse locale avait déjà révélé que l’un des deux suspects, Isaïe, avait tenté de se suicider après avoir été renvoyé pour « des comportements inappropriés ». Depuis le 11 août, il était placé en détention provisoire et « avait été présenté au parquet » où « l’accusation de meurtre lui avait été signifiée pour la première fois », avait alors déclaré à l’AFP son avocat. Tous deux inculpés, les deux hommes seraient ensuite rapidement passés aux aveux.

Une série de mesures restrictives
À la suite de la mort de l’évêque, l’Église avait annoncé une série de mesures restrictives liées aux activités des moines. Ces derniers avaient notamment un mois pour désactiver tous leurs comptes sur les réseaux sociaux, selon les médias d’État. « Son décès a pu être l’occasion d’essayer de faire taire ceux qui critiquent depuis longtemps les décisions du pape Tawadros II sur les réseaux sociaux ou sur leurs propres sites Internet », expliquait début août à La Croix le père Rafic Greiche, curé de la paroisse melkite Saint-Cyril d’Héliopolis, au Caire, et responsable de l’hebdomadaire catholique Le Messager.

Le pape copte-orthodoxe Tawadros II avait lui-même fermé sa page officielle Facebook. Toutes ces nouvelles mesures semblent suggérer l’existence de profondes dissensions au sein de l’Église, qui pourraient être à l’origine du meurtre de l’évêque. Malgré les récentes avancées de l’enquête, les autorités ecclésiastiques d’Alexandrie continuent de garder le silence sur cette affaire. Dans ce procès très politique, beaucoup de questions demeurent. Ce geste n’est-il pas une menace, directement adressée au pape Tawadros II ? Faut-il chercher, derrière l’acte des deux moines défroqués, le nom de commanditaires bien plus haut placés ?

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