Alors que le parti tunisien Nidaa Tounes, vainqueur des élections de 2014, est secoué par des démissions successives, l’apparition d’un nouveau groupe, proche du chef du gouvernement, Youssef Chahed, a donné lieu à la recherche d’un nouvel équilibre politique, en vue des élections de 2019.

La Tunisie, lieu de naissance du « Printemps Arabe » et seul pays où le pouvoir a changé de mains à la suite d’élections démocratiques, se prépare aux élections présidentielles et législatives, prévues fin 2019, avec un nouveau tableau politique.

Vainqueur des dernières élections, le parti Nidaa Tounes, avait remporté 86 sièges au sein du Parlement tunisien qui en compte 217. Toutefois, suite à la démission de trente députés, au cours de la période 2015-2016, Nidaa Tounes était alors devenu le second parti du pays.

Représenté par 56 députés au début de l’année 2018, le parti Nidaa Tounes a vu, cette semaine, 17 députés démissionner. Il est désormais le troisième parti du pays avec au total 39 députés.

La « Coalition nationale », nouveau bloc parlementaire connu pour sa proximité avec le chef du gouvernement, Youssef Chahed et créé courant août, a atteint 47 sièges, grâce aux anciens membres du parti Nidaa Tounes qui ont rejoint les rangs de la Coalition.

– Fin de l’alliance avec le mouvement Ennahdha

Pendant ce temps, Béji Caïd Essebsi, fondateur du parti tunisien Nidaa Tounes et actuel président du pays, a rapporté lors d’une émission télévisée, la fin de l’alliance entre son parti et le mouvement Ennahdha.

Indiquant que son parti a payé le prix de sa coalition avec le mouvement Ennahdha, Essebsi a ajouté sans hésiter que l’alliance entre les deux partis a pris fin en raison de la discorde au sujet de l’avenir du premier ministre, Youssef Chahed.

Soulignant la nécessité pour ce dernier de renouveler sa légitimité au sein du Parlement, Essebsi a confié qu’Ennahdha et la Coalition nationale obtiendront au Parlement la majorité nécessaire lors du vote de confiance.

– Ennahdha et Nidaa: L’Union de deux pôles opposés

En août 2013 à Paris, Béji Caïd Essebsi, fondateur du parti tunisien Nidaa Tounes et Rached Ghannouchi, chef du mouvement tunisien Ennahdha , étaient parvenus à un consensus pour la négociation des deux partis.

Le consensus entre Nidaa Tounes, représentant la fraction tunisienne « laïque et nationaliste » avec le mouvement Ennahdha, représentant la fraction islamique conservatrice, avait permis de surmonter, grâce au dialogue, de nombreuses crises politiques et économiques au sein du pays.

En dépit de leur rivalité idéologique, l’union des deux partis représentant les deux pôles sociaux de la Tunisie, a apporté une stabilité relative à la politique du pays, constituant l’épine dorsale du gouvernement de consensus national dirigé par le premier ministre, Youssef Chahed.

Des tensions au sein du parti Nidaa Tounes

La concurrence entre le fils de Béji Caïd Essebsi, Hafedh Caïd Essebsi, et le premier ministre, Youssef Chahed, a contribué à une crise de long terme conduisant à des blocages tant au sein du parti que dans la politique étatique.

La tension entre les deux parties a occasionnellement donné lieu à des déclarations et des accusations réciproques.

En mai dernier, le chef du parti tunisien Nidaa Tounes, Hafedh Caïd Essebsi, a accusé le gouvernement actuel d’être « le gouvernement de la crise nationale et non du consensus » et a exigé la démission de Chahed.

Dans son discours à la nation, le premier ministre Chahed a défié le fils Essebsi accusant ce dernier et ses partisans de « vouloir anéantir » le parti Nidaa Tounes et de « mener le pays dans la crise ».

Les appels à la démission formulés par l’Union générale tunisienne du travail, plus important syndicat tunisien, ont fait vaciller Chahed, premier ministre indésirable au sein de son propre parti.

Toutefois, le mouvement Ennahdha, plus grand parti du Parlement, a soutenu Chahed afin de « protéger la stabilité » du pays et à condition que ce dernier tienne sa promesse de ne pas se présenter lors des élections présidentielles et législatives de 2019.

De la même manière, les suggestions des institutions financières internationales à l’instar de l’Union européenne et du Fonds monétaire international (FMI), en vue du maintien de la stabilité, ont renforcé la place de Chahed.

Toutefois, l’administration du fils Essebsi a causé une faille au sein du parti et plus particulièrement dans la gestion de la crise gouvernementale.

Les critiques à l’encontre du chef du parti de Nidaa Tounes et des personnalités qui lui sont proches ont été formulées de vive voix provoquant ainsi des démissions au sein du groupe.

– Nouveau bloc soutenant Chahed

À la fin du mois d’août, un nouveau bloc parlementaire, la « Coalition nationale », a été créé avec la participation de députés démissionnaires de nombreux petits partis, dont principalement Nidaa Tounes.

Alors que le parti Nidaa Tounes a beaucoup souffert de la démission de 17 de ses députés, depuis le mois de mai, la Coalition nationale, qualifiée dans la presse de « groupe de Chahed » a pris de l’élan avec la participation de nouveaux députés.

Au regard de l’actuel tableau du Parlement tunisien, le mouvement Ennahdha maintient sa première place avec 68 sièges. La Coalition nationale, récemment formée, compte 47 députés, et obtient ainsi la seconde place. Enfin, Nidaa Tounes qui a vu son nombre de députés chuter en raison des démissions, est devenu le troisième parti.

Afin d’obtenir un vote de confiance, le gouvernement doit acquérir la majorité simple, soit remporter 109 voix sur 217.

La Tunisie, dans une nouvelle ère

Selon les déclarations faites à l’Agence Anadolu (AA) par des experts tunisiens, la fin de l’alliance entre le parti du Président Essebsi et le mouvement Ennahdha marque le « début d’une nouvelle ère » en Tunisie.

Abdelwaheb Hanachi, académicien tunisien, a confié que les deux partis de l’alliance Nidaa-Ennahdha, n’étaient pas d’une puissance équitable et que l’affaiblissement de Nidaa Tounes a complètement rompu l’équilibre.

Selon l’académicien, le président Essebsi, conscient qu’ils se sont éloignés des principes fondamentaux de leur parti, mènera une campagne électorale idéologique afin de recueillir les voix anti-Ennahdha et ainsi revenir aux anciennes normes de Nidaa Tounes.

En outre, le journaliste tunisien et analyste politique, Hisham El Hajj, a également constaté un affaiblissement de Nidaa Tounes avant d’ajouter qu’Ennahdha préférera, de façon pragmatique, la coalition avec le premier ministre Chahed. Enfin, ce dernier a également souligné le début d’une nouvelle ère dans la politique tunisienne.

Une coopération malgré les différences idéologiques

Le Président du groupe parlementaire d’Ennahdha, Noureddine Bhiri, a signalé que son parti n’est pas complètement fermé à l’idée d’une coopération, et ce, quand bien même les idéologies seraient complètement opposées.

« Le mouvement Ennahdha est prêt à coopérer avec le nouveau groupe (la Coalition nationale), d’autres plus petits ou encore Nidaa. Ce qui compte est le développement du pays », a-t-il partagé laissant ainsi la porte ouverte à d’éventuelles coopérations.

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