Le 27 août 2016, Youssef Chahed, fraîchement désigné chef du gouvernement d’union nationale, s’engageait à redresser le pays et suscitait une vague d’optimisme. Deux ans plus tard, la Tunisie semble n’avoir jamais été aussi mal.

La tâche semblait aisée puisque qu’il bénéficiait dès le départ d’une large bénédiction politique. Sa feuille de route, elle, avait été préétablie par les représentants de six partis et de trois institutions nationales, signataires de l’accord de Carthage 1. Elle semblait également simple puisqu’elle ne comportait que six points : juguler le terrorisme, créer de la croissance et de l’emploi, éradiquer la corruption et moderniser le secteur public, redresser les équilibres budgétaires, vitaliser les villes et les communautés, renforcer l’efficacité gouvernementale et parachever l’édification d’institutions démocratiques.
En un mot, engager des réformes en matière de fiscalité, de mise à niveau de l’administration, des entreprises publiques, des caisses sociales et de la caisse de compensation dans le but de redresser l’économie en corrigeant les déséquilibres macroéconomiques : déficit budgétaire et commercial, endettement et recul de la productivité. Des objectifs qui avaient déjà été inscrits au plan de développement 2016-2020, élaboré par le gouvernement précédent.

Indicateurs négatifs
Deux ans plus tard, le constat est lourd. Aucun de ces points n’a été mené à terme et la Tunisie décline. Le dinar a perdu 25 % de sa valeur, l’inflation grimpe à près de 8 %, la dette publique à hauteur de 70 milliards soit 70 % du PIB, le taux directeur de la Banque centrale de Tunisie a pris un point et s’affiche à 6,75 % et les réserves en devises sont à 71 jours d’importations, bien en deçà du seuil de sécurité de 90 jours.

Face à tous ces indicateurs négatifs, Youssef Chahed plaide le legs du gouvernement précédent, dont il était lui-même membre, et présente comme une prouesse les 2,8 % de croissance réalisés sur le premier semestre 2018, qui n’ont néanmoins pas eu d’effet sur les 15,4 % de chômage.

Méfiance des Tunisiens
En matière sociale, ce n’est guère mieux. La lutte contre la corruption a été un échec et s’est perdue dans un imbroglio juridique avec des affaires montées de toutes pièces. Les tiraillements avec l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), principal syndicat du pays, les pénuries d’eau et de médicaments, les couacs au niveau des versements des retraites et les tensions récurrentes dans les régions du sud ont marqué également les derniers mois.
« J’avais donné à Youssef Chahed un a priori positif mais sa conduite des affaires devient de plus en plus aléatoire », assène un retraité dont la pension a été versée avec du retard. Dans les faits, les banques privées semblent ne plus vouloir suivre le gouvernement qui emprunte régulièrement pour couvrir les salaires.

Gouvernance contre-productive
Une gouvernance contre-productive, assortie de discordes politiques. Chahed, faute de soutien de sa famille politique Nidaa Tounes, s’est tourné vers Ennahdha qui aujourd’hui exige qu’il quitte la primature s’il compte être candidat à l’élection présidentielle de 2019. À sa décharge, Chahed n’a jamais annoncé être candidat à quoi que ce soit. Mais les manœuvres de son entourage, la création d’un groupe parlementaire en sa faveur et ses attaques aux dirigeants de son parti d’origine et ses dissensions avec Carthage laissent entendre qu’il brigue un avenir politique. L’opinion, pourtant, n’est pas dupe et s’indigne qu’une ambition personnelle puisse prendre le pas sur les intérêts du pays.

En attendant, Youssef Chahed s’est engagé le 28 juillet à présenter à l’Assemblée, seule instance qui peut exercer un contrôle du gouvernement, un bilan de sa gestion. Il a demandé à ses ministres une évaluation de leur département. « Les autoévaluations n’ont aucun sens d’autant plus qu’on ne connaît pas les objectifs assignés à chaque membre de l’équipe gouvernementale », souligne Slim Tlatli, ancien ministre du Tourisme.
Mais Youssef Chahed pourrait éviter une confrontation houleuse avec les élus du peuple en présentant sa démission. Il serait alors libre de choisir son avenir politique. Quoi qu’il en soit, en ayant bouclé deux années de gouvernance, Youssef Chahed recevra son salaire à vie, comme le prévoit la loi tunisienne.

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